Un généalogiste prouve à un prince qu’il descend en droite ligne d’un comte dont les parents avaient fait un pacte de famille, il y a trois ou quatre cents ans avec une maison dont la mémoire même ne subsiste plus. Cette maison avait des prétentions éloignées sur une province dont le dernier possesseur est mort d’apoplexie : le prince et son conseil concluent sans difficulté que cette province lui appartient de droit divin. Cette province, qui est à quelques centaines de lieues de lui, a beau protester qu’elle ne le connaît pas, qu’elle n’a nulle envie d’être gouvernée par lui ; que, pour donner des lois aux gens, il faut au moins avoir leur consentement : ces discours ne parviennent pas seulement aux oreilles du prince, dont le droit est incontestable. Il trouve incontinent un grand nombre d’hommes qui n’ont rien à perdre ; il les habille d’un gros drap bleu à cent dix sous l’aune, borde leurs chapeaux avec du gros fil blanc, les fait tourner à droite et à gauche et marche à la gloire.
Les autres princes qui entendent parler de cette équipée y prennent part, chacun selon son pouvoir, et couvrent une petite étendue de pays de plus de meurtriers mercenaires que Gengis Khan, Tamerlan, Bajazet n’en traînèrent à leur suite.
Des peuples assez éloignés entendent dire qu’on va se battre, et qu’il y a cinq à six sous par jour à gagner pour eux s’ils veulent être de la partie : ils se divisent aussitôt en deux bandes comme des moissonneurs, et vont vendre leurs services à quiconque veut les employer.
Ces multitudes s’acharnent les unes contre les autres, non seulement sans avoir aucun intérêt au procès, mais sans savoir même de quoi il s’agit.
Il se trouve à la fois cinq ou six puissances belligérantes, tantôt trois contre trois, tantôt deux contre quatre, tantôt une contre cinq, se détestant toutes également les unes les autres, s’unissant et s’attaquant tour à tour ; toutes d’accord en seul point, celui de faire tout le mal possible. Le merveilleux de cette entreprise infernale, c’est que chaque chef des meurtriers fait bénir ses drapeaux et invoque Dieu solennellement avant d’aller exterminer son prochain.
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À la fin de cette lecture, procéder à un questionnement systématiquement du texte :
4e lecture : étude des sons et des rythmes (surtout dans les poèmes mais pas exclusivement)
En 1749, Voltaire décide de répondre à l’invitation de Frédéric II, et part pour la Prusse. Il demeure cinq ans au château de Sans-Souci. La coopération entre un homme de pouvoir et un homme de lettres, d’abord idyllique, tourne court rapidement. Finalement les deux hommes se brouillent, et Voltaire doit quitter l’Allemagne. Voltaire n’a pas apprécié l’autoritarisme et le bellicisme du souverain. Cette expérience malheureuse servira à illustrer les malheurs de Candide dans le chapitre III du conte éponyme ainsi que dans l’article "Guerre" du Dictionnaire philosophique.
Ce texte présente l’intérêt d’une argumentation au travers d’un récit. Il vise à dénoncer les horreurs et surtout l’absurdité de la guerre. Il est un exemple de la fameuse ironie voltairienne.
Dans un premier temps Voltaire détourne habilement les principes du conte classique. Par la dénonciation il le transforme ensuite en un conte philosophique. Il affirme son jugement dans un apologue final.
Ce texte présente donc un triple intérêt : d’abord il apparaît comme un conte, une belle histoire, mais très vite le lecteur se rend compte qu’une argumentation se profile derrière la narration, et que ce conte est un récit philosophique. Enfin Voltaire utilise l’ironie pour faire entendre subtilement sa voix : il peut convaincre et persuader son lecteur, en l’invitant dans l’apologue notamment à reconsidérer des idées toutes faites.
Nous avons ici un bon exemple du combat philosophique : Voltaire critique avec virulence le pouvoir absolu et ses liens avec la religion. Peut-être plus que le thème, c’est la manière qui caractérise l’engagement de l’auteur. Cette ironie mordante trahit l’indignation, l’intelligence blessée devant tant de mauvaise foi et de stupidité. Cette ironie est l’arme de la raison militante. C’est elle qui peut entraîner le lecteur à réagir en lui montrant avec humour la déraison des puissants.
i Gengis Khan, né Temüjin, (v.1162 - 1227) fut le premier empereur mongol. Il utilisa son génie politique et militaire pour unifier les tribus turques et mongoles de l’Asie centrale et ainsi fonder son empire, le plus vaste de tous les temps. Il mena pour cela la conquête de la majeure partie de l’Asie, incluant la Chine, la Russie, la Perse, le Moyen-Orient et l’Europe de l’Est. Son petit-fils, Kubilai Khan, fut le premier empereur de la dynastie Yuan en Chine.
Source : Wikipédia.
ii Tamerlan (ou Timur Lang, « Timur le boiteux »), parent éloigné de Gengis Khan, se considéra comme son fils spirituel. Son prénom, Timur, signifie "fer" en turco-mongol (cf. mongol tömör et turc demir) et se rapproche de celui de Gengis Khan, Temüdjin.
Né près de Samarcande en Ouzbékistan en 1336 et devenu émir de Transoxiane, il se révéla un redoutable chef de guerre, bâtissant un immense empire reposant sur la force et la terreur. Il se montra cependant aussi protecteur des arts et des lettres qui firent la grandeur de sa capitale, Samarcande.
Mort en 1405, son empire, gouverné par ses descendants (les Timourides), fut grignoté par les puissances voisines jusqu’à l’assaut final des Ouzbeks de la dynastie des Chaybanides.
Source : Wikipédia.
iii Bayazid Ier, en français Bajazet, (v. 1354-1403), 4e sultan ottoman de Turquie (1389-1402). Il succéda à son père, Murat Ier, et fut le premier de sa dynastie à adopter le titre de sultan. Bayazid commença le blocus de Constantinople en 1394, conquit la Bulgarie, la Serbie et la Thessalie. Il fut vainqueur des croisés occidentaux envoyés grâce au roi de Hongrie Sigismond de Luxembourg, au secours des Byzantins, lors de la bataille de Nicopolis (septembre 1396). Bayazid en profita pour conquérir Athènes (1397) puis le Péloponnèse pendant qu’en Asie Mineure, il se rendait maître des dernières possessions de l’Empire byzantin. Il était sur le point de prendre Constantinople lorsque le conquérant mongol Tamerlan attaqua les possessions ottomanes en Asie Mineure. Ce dernier triompha du sultan le 20 juillet 1402, à la bataille d’Angora (Ankara). Bayazid mourut prisonnier des Mongols.
Source : Encyclopédie Microsoft Encarta 2001.
iv La volonté de l’Autriche de récupérer la riche province de Silésie, qu’elle avait cédée à la Prusse en 1748 (traité d’Aix-la-Chapelle et fin de la guerre de Succession d’Autriche), fut le principal motif du conflit. Marie-Thérèse, archiduchesse d’Autriche et reine de Hongrie et de Bohême, bénéficiait en 1756, au terme d’une crise diplomatique dite du « renversement des alliances » du soutien de la Russie, de la Suède, de la Saxe, de l’Espagne et de la France. Ce fut Frédéric II de Prusse qui ouvrit toutefois les hostilités en attaquant et en s’emparant de la Saxe en août 1756.
Durant la première moitié de la guerre, les Prussiens accumulèrent les victoires. Ils battirent les Français à Rossbach et les Autrichiens à Leuthen, en 1757, puis les Russes à Zorndorf, en 1758. Cependant, depuis l’entrée en guerre de la Suède (mars 1757), la Prusse se trouvait seule face à pratiquement toute l’Europe, son allié concentrant ses forces dans la guerre coloniale. Frédéric II fut dès lors contraint à une guerre défensive. En 1759, la Prusse-Orientale tomba aux mains des Russes et Berlin fut conquise. La situation des Prussiens était désespérée, mais deux facteurs importants contribuèrent à relancer leur puissance. L’un fut le soutien actif des Britanniques et des Hanovriens ; tous deux, restés jusqu’alors passifs, attaquèrent avec succès les Français. L’autre, plus important encore, fut le retrait de la guerre, en 1762, de la Russie et de la Suède. Ce revirement découlait de la mort d’Élisabeth Petrovna, impératrice de Russie ; son héritier, Pierre III, admirateur de Frédéric, signa rapidement (5 mai 1762) un traité de paix avec le souverain prussien. Frédéric II put se consacrer à la reconquête de la Silésie et battit les Autrichiens (Burkersderf, 1762), contraints à engager les pourparlers de paix.
Source : Encyclopédie Microsoft Encarta 2001.
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