Schéma narratif des Lettres d’une Péruvienne de Françoise de Graffigny
Une étude de Jean-Luc.
📖 (Début des Lettres 1 à 9)
1. Situation initiale (équilibre)
L’histoire débute au Pérou, à Cusco, au XVIe siècle. Zilia, une jeune princesse inca et « vierge du soleil », vit dans le Temple du Soleil. Elle s’apprête à épouser Aza, le prince héritier de l’Empire. À ce stade, sa vie est réglée par les rites religieux et une soumission totale à sa culture, une situation qu’elle perçoit alors comme un bonheur stable.
2. Élément perturbateur (déclenchement de l’action)
L’équilibre est brutalement rompu le matin même des noces par l’arrivée des conquistadors espagnols. Ces « barbares » pillent le temple pour son or et capturent Zilia, la séparant de son fiancé. Ce traumatisme marque le début de son déracinement et de sa perte de liberté.

3. Action (péripéties)
Cette étape constitue le cœur du roman et suit l’évolution géographique et psychologique de l’héroïne :
- La traversée maritime : Zilia est d’abord prisonnière sur un navire espagnol où elle communique avec Aza via des quipos (cordons de couleurs), seul lien restant avec sa culture. Son vaisseau est ensuite attaqué par un navire français.
- La protection de Déterville : elle est récupérée par le capitaine français Déterville, qui s’éprend d’elle et l’emmène en France.
📖 (Fin des Lettres 1 à 9)
📖 (Début des Lettres 10 à 18)
L’acculturation en France :
- L’arrivée en France : Zilia débarque dans une ville côtière (probablement Marseille) avant de rejoindre Paris dans une « chambre roulante » (carrosse).
- Le choc culturel : elle découvre avec stupeur des objets inconnus comme le miroir ou les hautes maisons parisiennes qu’elle prend pour des phénomènes naturels.
- L’installation chez les Déterville : son sauveur la loge dans sa famille, mais Zilia doit affronter le mépris de la mère de Déterville. Elle noue cependant une amitié sincère avec Céline, la sœur du capitaine. Elle commence l’apprentissage du français, ce qui transforme sa perception du monde. Elle quitte le langage des nœuds (quipos) pour l’écriture alphabétique et découvre les mœurs de la société des Lumières.
📖 (Fin des Lettres 10 à 18)
📖 (Début des Lettres 19 à 33)
Le séjour au couvent : profitant du départ de Déterville à la guerre, la mère du capitaine enferme Zilia et Céline dans un couvent. C’est là que Zilia perfectionne son écriture alphabétique et dénonce l’inutilité de l’éducation donnée aux femmes.
Zilia affirme son jugement : ses lettres deviennent plus longues et analytiques. Elle critique l’hypocrisie de la société française, les inégalités de richesse et le dogmatisme religieux après sa rencontre avec un prêtre.
Zilia refuse Déterville : à son retour, Déterville lui déclare son amour. Bien qu’elle lui en soit reconnaissante, Zilia refuse ses avances, affirmant qu’elle restera éternellement fidèle à Aza. Elle espère toujours des retrouvailles.
📖 (Fin des Lettres 19 à 33)
📖 (Début des Lettres 34 à 41)
La quête de fidélité : malgré les avances de Déterville, Zilia reste obstinément fidèle à Aza.
Le cadeau de l’indépendance : grâce au trésor inca récupéré par Déterville, le capitaine achète pour Zilia une maison à la campagne. Elle en devient légalement propriétaire, s’assurant ainsi une autonomie financière rare pour une femme de l’époque.
4. Résolution (dénouement)
La résolution survient avec l’arrivée d’Aza en France. Ces retrouvailles ont été organisées par Déterville. Cependant, ce retour à l’équilibre espéré se transforme en désillusion : Zilia découvre qu’Aza lui a été infidèle. Il s’est converti au catholicisme et compte, par intérêt, épouser une Espagnole. Ce choc détruit chez la jeune femme les dernières illusions sur son ancienne vie.
Brisée par cette infidélité, Zilia sombre d’abord dans la maladie avant de se reconstruire dans la solitude qu’elle a choisie.
5. Situation Finale (nouvel équilibre)
Contrairement aux romans sentimentaux classiques, le récit ne se termine pas par un mariage. Zilia refuse une dernière fois d’épouser Déterville.
La situation finale : elle trouve un nouvel équilibre fondé sur :
- L’étude et la connaissance : elle se consacre à la lecture et aux arts.
- L’amitié : elle propose à Déterville une relation purement amicale.
- Le « plaisir d’être » : elle atteint un état de plénitude intellectuelle et spirituelle, affirmant son existence propre indépendamment d’un homme.
Cette conclusion marque la transformation complète du personnage, passée du statut de princesse captive à celui de femme philosophe émancipée.
📖 (Fin des Lettres 34 à 41)
Voir aussi
Illustration (modifiée) : archive.org