Généralités sur l’article dans la langue du XVIIe siècle

L’article défini

Au XVIIe siècle, l’emploi de l’article se généralise. Pourtant, certains mots n’avaient pas besoin d’article (noms géographiques, fleuves, pays, montagnes, etc.).

  • L’omission est possible devant amour, fortune, nature, mort (notamment dans le cas de personnification).
  • L’omission est également possible devant un substantif précédé d’un déterminant indéfini :

Ta funeste valeur m’instruit par ta victoire ;
Elle a vengé ton père et soutenu ta gloire :
Même soin me regarde, et j’ai, pour m’affliger,
Ma gloire à soutenir, et mon père à venger.
Corneille, Le Cid.


Oui, je deviens tout autre avec son entretien ;
Il m’enseigne à n’avoir affection pour rien,
De toutes amitiés il détache mon âme ;
Et je verrais mourir frère, enfants, mère et femme,
Que je m’en soucierais autant que de cela.
Molière, Le Tartuffe.

  • Il n’y a pas d’article non plus lorsque le superlatif relatif (le plus / le moins) est postposé au substantif : le lieu plus commode.
  • Vaugelas : « Tout adjectif mis après le substantif avec ce mot plus, entre deux, veut toujours avoir son article, & cet article se met immédiatement devant plus […] ».
  • Au XVIIe siècle, certaines locutions verbales n’ont pas d’article non plus : avoir permission, avoir gage, mais certaines prennent l’article : donner la carte blanche, lâcher le pied, prendre la vengeance, etc.
  • L’article tend à s’imposer mais quelques traces de l’ancienne langue demeurent.

L’article indéfini

Il permet d’actualiser un être qui n’a pas été nommé, que l’on ne connaît pas. On observe l’absence d’article dans :

  • les constructions attributives : c’est chose cruelle, c’est crime, etc.
  • les locutions verbales : faire habitude, etc.
  • lorsque le substantif est précédé d’un autre déterminant défini : autre, tel, même, tout.
  • dans certains tours prépositionnels (qui se construisent aujourd’hui sans article indéfini), on peut trouver le déterminant indéfini : si par un malheur, etc.
Les articles indéfinis pluriels (de / des)
  • De et des sont en concurrence. Au tout début du XVIIe siècle, on emploie de au lieu de des devant les adjectifs s’ils précèdent les substantifs : de bons rois.
  • Des est formé de DE + LES.
Tous les éléments d’un ensemble LES : tous les éléments d’un ensemble (perspective globalisante).
Sélection d’une partie d’un ensemble DES : sélection d’une partie d’un ensemble (vision particularisante).

L’omission de de ou des est fréquente :

  • devant le substantif déterminé par tel ou semblable ;
  • dans les constructions attributives.

Cas particuliers : devant divers, différent, certain :

  • de certaines gens ;
  • de différents emplois ;
  • etc.

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