Grammaire

Valeur du subjonctif

Une contribution de Michel.

Il est difficile, particulièrement pour ceux dont la langue maternelle n’est pas le français, de comprendre pourquoi le subjonctif figure dans une proposition et pas dans une autre. Je vais donner quelques explications, couvrant un assez grand nombre de cas, et tirées en partie du site Wikipedia.org et de cette discussion du forum langue française.

Considérons les deux phrases : « L’idée que vous restiez ici ce soir me plaît » et « L’idée que vous resterez ici ce soir me plaît ». Dans la première phrase, la présence de « vous », le soir, n’est que désirée, virtuelle, tandis que dans la seconde phrase elle est d’ores et déjà acquise car « vous » a donné son accord.

On voit donc que mettre une proposition au subjonctif revient à exprimer une « restriction quant à la réalité du fait ».

On comparera de même les phrases « Mais il ne s’ensuit pas de ce que le Roi n’était pas libre d’aller où il voulait qu’il fût en captivité, c’est-à-dire dans une position semblable à celle de son aïeul Saint Louis, lorsqu’il fut pris par les Sarrasins » (4, page 209) et « il s’ensuit nécessairement que la vraie date de leur seconde lettre était celle du 30 [septembre 1792] à sept heures du matin » (5, page 199). On voit, dans la première citation s’exprimer un doute, qui ne se retrouve pas dans la seconde.

Quand une proposition rectrice est pourvue d’un sujet se référant à une personne physique (ou des personnes physiques), mettre une subordonnée au subjonctif conduit cette personne (ou ces personnes) à envisager comme possible la réalisation de la subordonnée. L’emploi du subjonctif dans une phrase comme « Quel imbécile : il doute que ce soit vrai ! » s’explique donc par le fait que la personne à laquelle se réfère le sujet de la proposition principale envisage comme incertaine la réalisation de la subordonnée ; que l’énonciateur ne partage pas cet avis n’a rien à voir avec l’emploi du mode. De même, l’emploi de l’indicatif dans « Eh bien ! ces Parisiens s’imaginaient que nous sommes des imbéciles » (7, partie 2, chapitre 10) s’explique par le fait que « ces Parisiens » regardaient comme quasi-certaine l’imbécillité des habitants d’Issoudun.

Examinons de même quelques subordonnées relatives. Dans « J’offre mon fusil de chasse à quiconque trouvera les moyens de jouer un tour à ces Parisiens qui les mette si mal avec monsieur et madame Hochon, qu’ils soient renvoyés par ces deux vieillards, ou qu’ils s’en aillent d’eux-mêmes » (7, partie 2, chapitre 7), la réalisation de la subordonnée n’est envisagée par l’énonciateur que comme possible. La phrase « Avant tout indiquez-moi les militaires de l’ancienne armée revenus ici, qui ne sont point du parti de ce Maxence Gilet, et avec lesquels je puisse me lier » (7, partie 2, chapitre 11), vise à connaître les militaires qui, à la connaissance du sujet « vous » [à savoir, les capitaines Mignonnet et Carpentier] ne sont à coup sûr point du parti de Maxence Gilet et avec lesquels Philippe Bridau pourrait se lier.

Le subjonctif sert aussi à exprimer un fait réel, mais dépendant de l’affectivité de quelqu’un, c’est-à-dire en ne le présentant pas de manière neutre. Dans ce cas, l’affectivité prime sur la réalité de l’action. Alors que l’indicatif servirait à rapporter un fait en tant que tel. Exemples : « Cela désole sa sœur qu’il se soit fâché avec ses parents » – il s’agit d’un fait réel, mais il est d’emblée présenté comme envisagé par quelqu’un qui a une émotion à son sujet –, « Il s’est fâché avec ses parents, cela désole sa sœur » – le fait est tout d’abord rapporté objectivement, puis une émotion est exprimée à son sujet.

Si l’on compare des phrases telles que « Il ne fut pas douteux qu’en abandonnant Loménie, la cour n’avait fait que sacrifier aux circonstances » (Sallier, Annales françaises, page 201) et « Il ne fut pas douteux qu’en abandonnant Loménie, la cour n’eût fait que sacrifier aux circonstances », on voit clairement la différence de sens que peut induire parfois le passage de l’indicatif au subjonctif. On peut de même comparer « Je comprends qu’il est mécontent » (= Je saisis qu’il est mécontent) et « Je comprends qu’il soit mécontent » (= Je m’explique qu’il soit mécontent).

On tiendra compte du fait que le subjonctif imparfait et le subjonctif plus-que-parfait tendent à disparaître de la langue orale, et que bien des citations des chapitres suivants illustrent le français de jadis. Je reviendrai sur ce problème dans le chapitre sur l’évolution du subjonctif.

Conseils de lecture

Grammaire  Le français de A à Z
Grammaire, Le Robert et Nathan.
Pratique du français de A à Z, Hatier.

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