Grammaire

Accord des participes passés avec l’auxiliaire « avoir »

Une contribution de Michel.
  • Le participe passé employé avec l’auxiliaire « avoir » s’accorde en genre et en nombre avec le complément d’objet direct quand celui-ci est placé avant le participe. Il ne s’accorde pas si le COD est placé après le participe ou n’existe pas. Cette règle est énoncée par Clément Marot, au seizième siècle, puis reprise par Descartes, Vaugelas et Voiture. Ainsi, on écrira « Ils dirent de plus que Sa Majesté ayant donné pouvoir à M. le duc d’Orléans de travailler à l’accommodement de cette affaire, elle avait fort agréable la prière que le parlement lui avait faite de s’en entremettre » (Mme de Motteville, Mémoires, chapitre 44), « Je n’y trouvai point ce fonds inépuisable de charmes que la nature avait prodigués à la perfide Manon » (1, page 134), « Elle me dit qu’elle connaissait de longue main M. de G…M… ; qu’il l’avait envoyé chercher à cinq heures, et qu’ayant suivi le laquais qui l’avait avertie, elle était allée dans une grande maison, où elle l’avait trouvé qui jouait au piquet avec une jolie dame, et qu’ils l’avaient chargée tous deux de me rendre la lettre qu’elle m’avait apportée, après lui avoir appris qu’elle me trouverait dans un carrosse au bout de la rue Saint-André. Je lui demandai s’ils ne lui avaient rien dit de plus. Elle me répondit, en rougissant, qu’ils lui avaient fait espérer que je la prendrais pour me tenir compagnie » (1, page 135), « Le Gouverneur était avec son aumônier. Je m’abaissai, pour le toucher, à des soumissions qui m’auraient fait mourir de honte si je les eusse faites pour toute autre cause » (1, page 181), « Je vis combien il [le Ciel] a rassemblé de sentiments et de vertus autour de moi pour rendre mes remords plus amers et ma bassesse plus méprisable » (Rousseau, La Nouvelle Héloïse, partie 2, lettre 10), « Combien n’a-t-on pas vu de familles divisées par la frayeur que causaient les moindres rapports avec les exilés » (Mme de Staël, Considérations sur la Révolution française, volume 2, chapitre 8), « Mme de Genlis avait fait un voyage à Spa en 1774. Ce voyage l’ayant fort intéressée, elle avait toujours eu le désir d’y retourner » (4, page 30), « Il serait superflu d’entrer dans le détail des discussions auxquelles donna lieu le compte rendu par les ministres, en réponse aux questions que l’Assemblée leur avait faites relativement aux mesures que le Roi devait avoir prises pour remplacer l’exécution des deux décrets » (5, page 58), « Combien de milliers d’années Buffon n’eût-il pas ajoutés à tous ces milliers-là, s’il eût prévu ce que penseraient les géologues un siècle après lui » (Pierre Flourens, Des manuscrits de Buffon, Journal des Savants, 1858), « Combien de choses n’ai-je pas apprises en exerçant ma charge ? » (Balzac, Le Colonel Chabert), « Emma n’eut point l’air d’accueillir cet espoir avec autant de joie qu’il l’avait imaginé » (8, partie 3, chapitre 7), « Les feuilles avaient jauni » (9, chapitre 20), « Je dis à leur frère combien de joies il m’avait données en me recommandant la lecture de Bergotte […] » (Proust, À l’ombre des jeunes filles en fleurs), « Il disait que si les prélats avaient brûlé tant de juifs et de savants, ils l’avaient fait les larmes aux yeux » (chapitre 2), « Combien de centaines de millions avons-nous dépensés pour n’avoir pas voulu en consacrer quelques-uns à l’exécution de la carte demandée dès 1820 » (Annales de Géographie, 1924), « Combien de kilomètres avez-vous parcourus ? » (Louis-François Vanderstraeten, Histoire d’une mutinerie, 1985). Les nuances de sens peuvent entraîner des changements dans l’accord des participes : « Le peu de confiance que vous m’avez témoigné m’a ôté le courage » (Littré), « Le peu de confiance que vous m’avez témoignée m’a rendu le courage » (Littré).
  • Le participe passé suivi d’un attribut d’objet direct s’accorde souvent avec cet objet si celui-ci précède le participe. On écrira donc : « Le 21 août on s’assembla pour délibérer sur les justifications du prince de Condé que le duc d’Orléans, par son écrit, avait rendues plus aisées qu’elles ne l’avaient paru à ses ennemis » (Mme de Motteville, Mémoires, chapitre 46), « Elles m’ont trouvée prosternée à cette porte » (3, page 115), « Je vous ai faite ma tante pour pouvoir vous épouser un jour » (7, partie 3, chapitre 3), « Cette figure, qu’on eût crue scellée dans la dalle, paraissait n’avoir ni mouvement, ni pensée, ni haleine » (Hugo, Notre-Dame de Paris, livre 6, chapitre 3), « Pour vous avoir trouvée belle, un soir sur ce canapé, j’ai été assailli d’une nuée de pensées violentes » (Anatole France, Le Lys rouge, chapitre 19), « Venez voir des boucles et des éventails que mesdemoiselles vos nièces ont trouvés très jolis » (Anatole France, La Pierre Gravée). Cependant, on trouve aussi : « En même temps elle prenait les mains du peintre dans ses petites mains blanches et qu’on eût dit moulées par Coustou » (Hugo, Choses vues), « Il avait un peu l’air d’un prêtre ou d’un acteur, les cheveux longs rejetés en arrière, des manières polies, et autour de la bouche deux grands plis circulaires descendant des joues au menton et qu’on eût dit creusés par l’habitude de parler en public » (Maupassant, Fort comme la mort, chapitre 1), « La journée dénouait son masque de faux printemps, et c’était une aigre bise qui m’apportait des échos de la fête, et ces sons du cor que jamais je n’ai trouvé tristes […] » (Mauriac, Préséances).
  • Voici ce qu’écrivent E. et O. Bled dans leur cours supérieur d’orthographe : « en », pronom personnel, peut être équivalent à « de cela », « cela » remplace un nom; lorsque le complément d’objet direct du verbe est « en », le participe passé reste invariable ; lorsque le verbe précédé de « en » a un complément d’objet direct autre que « en », le participe passé s’accorde avec ce complément seulement si ce dernier est placé avant le participe. On lit donc : « Après avoir soupé avec plus de satisfaction que je n’en avais jamais ressenti, je me retirai pour exécuter notre projet » (1, page 42), « Sa tristesse eut bien plus de force pour m’affliger, que ma joie feinte n’en avait eu pour l’empêcher d’être trop abattue » (1, page 77), « Elle y apporta plus de soins que je ne lui en avais jamais vu prendre » (1, page 123), « Elles me trouvèrent plus de présence d’esprit qu’elles ne s’y attendaient et qu’elles ne m’en auraient voulu » (3, page 110), « Trouvant la place bonne, ils en avaient fait quelque chose comme un quartier général » (A. Daudet, Installation), « Et des mouches ! des mouches ! jamais je n’en avais tant vu » (A. Daudet, Les Deux Auberges), « Je rêvais de voir des montagnes. J’en avais vu dans plusieurs tableaux, j’en avais même peint dans des décors de Peau d’Ane. Ma sœur, pendant un voyage autour du lac de Lucerne, m’en avait envoyé des descriptions, m’en avait écrit de longues lettres » (9, chapitre 36), « Des chardons bleus… j’en ai vu dans un vase de cuivre chez Mme Dalleray » (Colette, Le Blé en herbe, chapitre 9), « Et comme un soir mon père lui disait : “Tu n’as donc jamais eu d’ambition ? — Oh mais si ! dit-il, j’en ai eu ! Pense qu’en vingt ans, mon prédécesseur a vu guillotiner six de ses élèves. Moi, en quarante ans, je n’en ai eu que deux, et un gracié de justesse” » (chapitre 2), « Ces bêtes là, je n’en ai eu que quatre plumes » (chapitre 32), « Tu as eu deux très grands mois de vacances. Si tu étais Président de la République, tu n’en aurais pas eu autant ! » (14, chapitre 9). Par contre, on lit : « Et de ce peu de jours, si longtemps attendus, Ah ! malheureux, combien j’en ai déjà perdus » (Racine, Bérénice, Acte IV, scène 4 ; [« perdus » s’accorde avec « combien de jours »]), « Il me demanda ensuite pourquoi je n’avais pas encore pensé à donner de mes nouvelles à ma famille, puisqu’elle n’avait point eu de part à ma captivité. Je satisfis à cette objection par quelques raisons prises de la douleur que j’avais appréhendé de causer à mon père, et de la honte que j’en aurais ressentie moi-même » (1, page 92), « Oh ! que je l’ai aimée cette cour ! Les plus pénétrants premiers souvenirs que j’en aie gardés, sont, je crois, ceux des belles soirées longues de l’été »(9, chapitre 8), « Ses parents voyaient nos relations d’un mauvais œil, trouvant mal à propos sans doute qu’elle eût pour camarade un garçon. Il a fallu que je devinsse presque un jeune homme pour pardonner à son père et à sa mère les humiliations que j’en avais ressenties »(9, chapitre 35), « Nous avons cueilli des lilas dans le parc ; les brassées que nous en avons rapportées, nous les avons mises dans les vases. La maison en a été embellie et parfumée ».
  • Cela dit, lorsque le COD du verbe est « en », certains auteurs accordent le participe passé avec le genre et le nombre du nom que ce « en » représente. L’invariabilité du participe s’impose quand « en » est complément d’un COD situé après le participe : « On demandait à un homme qui faisait profession d’estimer beaucoup les femmes s’il en avait eu beaucoup. Il répondit : “Pas autant que si je les méprisais” » (Chamfort, Caractères et anecdotes).
  • Le participe passé des verbes employés à la forme impersonnelle reste invariable. On écrira donc : « Les chaleurs qu’il y a eu ont tout brûlé », « Les évènements que je cherchais ne vinrent pas aussi grands qu’il me les eût fallu » (Vigny, Servitude et grandeur militaires, livre 1, chapitre 1).
  • Lorsqu’un verbe qui n’est pas transitif direct, comme durer ou marcher, admet un complément de durée, de distance, de valeur ou de mesure, ce complément est circonstanciel ; l’accord du participe passé se fera donc en conséquence. On écrira donc, par exemple, « Pendant les cinq premières années qu’a duré cette intrigue, elle ne fut jamais soupçonnée » (Stendhal, Mémoires d’un touriste). Certains verbes, comme attendre, courir, coûter, dormir, mesurer, peser, régner, souffrir, valoir, vivre, etc., sont tantôt transitifs, tantôt intransitifs, selon le sens qu’on leur attribue ; leur participe passé ne s’accorde qu’avec un complément direct d’objet, suivant la règle générale. On écrira donc: « Les deux heures que j’ai attendu »,« Les dix minutes qu’il a couru », « Les deux mille euros que ce meuble m’a coûté », « Que de millions elle nous a coûté » (Zola, Rome), « Les douze heures que nous avons dormi », « Les cinquante kilos qu’il a pesé », «Les soixante-douze ans qu’il a régné », « Les années qu’il a souffert », « La somme que cette robe a valu », « Les soixante ans qu’il a vécu ». Par contre, on écrira : « Que de soins m’eût coûtés cette tête charmante ! » (Racine, Phèdre, Acte II, scène 5), « Chacun de nous se vantait des dangers qu’il avait courus pendant la grande bataille» (Erckmann-Chatrian, Madame Thérèse), « Un jour, comme elle reprochait amèrement à son aîné les sommes d’argent que lui avait coûtées son instruction, il lui dit […] » (Zola, La Fortune des Rougon), « Sa simplicité et son bon cœur lui avaient fait perdre partout la considération que lui avaient value sa science d’archiviste, sa grosse fortune, et la famille distinguée dont il sortait » (11), « Mes amours je les ai vécus, je les ai sentis » (Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe, deuxième partie), « Les dix années de misère qu’il a vécues ». On écrira évidemment : « Les cent euros que j’ai dépensés (respectivement, déposés, distribués, donnés, gagnés, pariés, perdus, récoltés, reçus, recueillis… ».
  • Lorsqu’un participe passé est suivi d’un infinitif (ou d’une préposition puis d’un infinitif), on doit se demander quel est le COD du verbe conjugué. Si le complément d’objet direct, est placé avant le participe et fait (respectivement, subit) l’action exprimée par l’infinitif, alors le participe s’accorde usuellement avec ce COD (respectivement, reste invariable) ; quand on peut remplacer l’infinitif par un participe présent, c’est que le COD fait l’action exprimée par l’infinitif. Si le véritable COD est l’infinitif, alors le participe reste invariable. On écrira « Les enfants que j’ai vus jouer formaient un groupe joyeux » [car j’ai vu les enfants jouer] et « La pièce que j’ai vu jouer m’a ému » [car le COD est jouer]. De même, on écrira : « Nous ayant entendus parler de notre retour à Chaillot, il voulut absolument nous tenir compagnie » (1, page 65), « Elle se mit dans mes bras. Je ne lui avais pas entendu prononcer un mot depuis le premier moment de l’arrivée de G.M. » (1, page 152), « Mes larmes, que vous avez vues couler si souvent depuis notre départ de France, n’ont pas eu une seule fois mes malheurs pour objet » (1, page 176), « Je lui ai entendu souvent parler [=J’ai entendu souvent parler par Mme de Genlis] du refus que fit Rousseau de s’occuper de l’éducation des enfants du Prince Louis Eugène de Wurtemberg » (4, page 23), « Cette vérité n’était que trop bien sentie par les adversaires du ministère. Ceux-ci se composaient de deux partis bien distincts et dont les principes et les opinions étaient tellement opposés, qu’on ne les a guère vus se rapprocher que dans cette circonstance » (5, page 5), « Quand, en venant ici, je vous ai entendu nommer un des cinq Hochons, j’ai fermé le bec à celui qui t’appelait ainsi, mon cher François » (7, partie 2, chapitre 3), « Ils ont quitté la Touraine vers 1813, à la suite de revers de fortune, pour se fixer en Auvergne, et je n’en ai plus entendu parler » (10, chapitre 3), « Dès qu’elle se fut brisée sur le sol de pierre, le vieux mendiant, qui l’avait vue passer, descendit à petits pas à travers les ronces » (10, chapitre 10), « Le petit était sur la barre. C’est lui qui les a vues tomber» (chapitre 32), « Mon père m’administrait, chaque matin, une dictée de six lignes, dont chaque phrase était minée comme une plage de débarquement : Les gendarmes que nous avons vus, et les soldats que nous avons vus passer » (14, chapitre 17), « Ma foi, dit Joseph, je les ai vus jouer l’année dernière » (16, chapitre 4). On écrira « On me dit qu’elle était sortie avec son frère, qui l’était venu prendre dans un carrosse de louage » (1, page 78), « Nous résolûmes d’attendre l’entière explication du projet de G.M., dans une lettre qu’il avait promis de lui écrire » (1, page 131). C’est le bon sens qui détermine l’accord, comme dans « Vous verrez cette déclaration toute d’une vue, si il vous plaît de vous ressouvenir des propositions que je vous ai marqué de temps en temps, dans la suite de cette histoire, avoir été faites dans le Parlement » (Retz, Mémoires, page 119), « Cependant, je considérai que j’étais cause en partie de sa faute, par la complaisance que j’avais eue d’entrer aveuglément dans le plan téméraire de son aventure » (1, page 144), dans « J’avais même appris quelques-unes de leurs coutumes dans les diverses occasions que j’avais eues de les voir » (1, page 183), ou dans « Et j’admire, en le voyant si court, combien de choses ton cœur m’a su dire en si peu d’espace » (Rousseau, La Nouvelle Héloïse, partie 2, lettre 16). Parfois, l’accord est facultatif : « Quels problèmes cette famille a-t-elle eu (ou eus) à surmonter ? », « Les poulets que j’ai vus (ou vu) rôtir ».
  • L’arrêté Haby du 28 décembre 1976 admet l’accord (sauf pour le verbe « faire ») ou le non accord du participe passé suivi d’un infinitif, mais il ajoute « Cette disposition ne concerne pas les concours de recrutement du personnel enseignant ».
  • Les participes passés cru, désiré, dit, dû, pensé, permis, prévu, pu, su, voulu… sont invariables quand ils ont pour complément d’objet direct un infinitif exprimé ou sous-entendu. On lit : « Je ne m’offensai pas même de lui entendre lâcher quelques railleries sur les petites chapelles dont il supposait, me dit-il, que j’avais faire un grand nombre à Saint-Lazare » (1, page 90), « C’était une peine que j’aurais pu m’épargner, si j’avais su que mon père devait arriver le lendemain à Paris » (1, page 153), « Les deux chambellans firent de grands éclats de rire des bons mots qu’Irax avait dits ou qu’il avait dire »(Voltaire, Zadig,chapitre Le Ministre ), « Voilà un de ces mystères que je n’ai jamais pu pénétrer » (6, livre 1, chapitre 17), « Le souvenir des fautes commises dans une carrière qu’il n’aurait pas abandonner avait fini par dessiller les yeux de Joseph » (7, partie 1, chapitre 7), « Ce silence reposait évidemment sur des circonstances bizarres que des parents, autres que Joseph et Agathe, auraient depuis longtemps voulu connaître » (ibidem, partie 2, chapitre 1), « La petite montra soudain au docteur une des plus belles têtes de vierge que jamais un peintre ait pu rêver » (ibidem, chapitre 4), « Dessous ce papier était tordue et rattachée, par un peigne à peigner la queue des chevaux, la plus belle chevelure blonde qu’ait pu souhaiter une fille d’Eve » (ibidem, chapitre 4), « Dans les collines de l’Etoile, qu’il n’a jamais voulu quitter, il menait son troupeau de chèvres » (14, chapitre 36), « Au pied du mur, il y avait l’horrible porte noire, celle qui n’avait pas voulu s’ouvrir sur les vacances » (14, chapitre 37), « Vous avez triomphé des épreuves que j’ai vous imposer » (15, chapitre 21), « Ils y retrouvent l’émotion qui les inspira et qu’ils ont cru mettre dans les mots » (16, chapitre 5), « Je n’ai pas fait toutes les démarches que j’aurais  », « Certaines choses que nous avions longtemps désirées ne nous ont pas procuré, quand nous les avons obtenues, toute la joie que nous avions pensé », « Lesenfants ont mangé tous les fruits qu’ils ont voulu ».
  • Le participe passé fait suivi d’un infinitif est toujours invariable, quand cet infinitif peut être interprété comme un COD du verbe « faire ». Ainsi, on lit : « Votre fuite d’Amiens m’a causé tant de douleur, que je n’ai pas goûté, depuis, un seul moment de satisfaction. Jugez-en par les démarches qu’elle m’a fait faire » (1, page 55), « Je craignais mortellement qu’il ne manquât à la promesse qu’il m’avait faite de ne rien découvrir à Manon » (1, page 69), « Il l’avait fait servir par les nouveaux domestiques qu’il avait pris pour elle » (1, page 142), « Pendant toute l’absence de Julien, elle avait été en proie à un malheur extrême, qui l’avait fait réfléchir » (6, livre 1, chapitre 11), « Cet accueil, si différent de celui qu’on venait de faire à Maxence, acheva de dissiper dans l’esprit de ce garçon quelques idées de couardise, de sagesse si vous voulez, que les instances et surtout les tendresses de Flore avaient fait naître, une fois qu’il s’était trouvé seul avec lui-même » (7, partie 3, chapitre 2), « Je les ai fait combattre, et voilà qu’ils sont morts ! » (Hugo, Hernani, Acte III, scène 2), « Je relevai moi-même un joli brigadier que j’avais couché à la maison et qui nous avait fait rire tout le temps avec ses histoires » (A. Daudet, L’Agonie de la Sémillante), « Alors me revint en mémoire une phrase que mon père m’avait fait copier plusieurs fois » (chapitre 30), « Elle lui a fait fermer les yeux, et puis ouvrir la bouche, et puis elle lui a mis dedans une sauterelle » (15, chapitre 21). Le participe passé laissésuivi d’un infinitif peut s’accorder ou rester invariable : « Mon collet est taché de diverses sauces que j’y ai laissé couler »(Anatole France, La Rôtisserie de la reine Pédauque, chapitre 10), « Pourquoi l’as-tu laissée partir ? » (Colette, Le Blé en herbe, chapitre 1), « Vous auriez pu peut-être en toucher une, si vous les aviez laissé passer » (chapitre 27). Le Conseil supérieur de la langue française a recommandé, en 1990, l’invariabilité du participe laissé lorsqu’il est suivi d’un infinitif.
  • Lorsque le participe passé est suivi d’un participe présent, l’accord se fait sans tenir compte de ce participe présent : « Je les ai entendus causant pendant la nuit au sortir d’un cabaret » (7, partie 3, chapitre 1), « Les enfants qu’on a trouvés errant dans les rues souffrent tous de problèmes psychosociaux ».
  • Dans sa « Grammaire des grammaires », Charles Pierre Girault-Duvivier écrivait : « Les anciens grammairiens avaient encore cherché à établir une exception bien singulière : ils voulaient que le participe passé employé dans les temps composés d’un verbe actif, quoique précédé de son régime direct, ne s’accordât point avec ce régime, lorsque le sujet était énoncé par le démonstratif cela. Ils étaient d’avis de dire “les soins que cela a exigé”, “les peines que cela a donné”, au lieu de “les soins que cela a exigés”, “les peines que cela a données”. Mais depuis longtemps cette exception n’est plus admise. » On écrira donc, par exemple, « La liberté que cela m’a offerte ».

Lectures suggérées

Grammaire  Grammaire méthodique du français
Grammaire, Le Robert & Nathan.
M. Riegel, J.-C. Pellat et R. Rioul, Grammaire méthodique du français, PUF.

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