Vocabulaire littéraire

Naturalisme

(mouvement / école littéraire) Le naturalisme est un mouvement littéraire (vers 1860-1890) qui prolonge le réalisme et qui s’attache à peindre la réalité en s’appuyant sur un travail minutieux de documentation1 et en s’inspirant notamment de la méthode expérimentale du physiologiste Claude Bernard (1813-1878).
Le chef de file du naturalisme est Émile Zola.

La doctrine naturaliste en résumé

  • Déterminisme : l’homme est déterminé par son hérédité et par son environnement. Ainsi, la psychologie et le caractère des personnages peuvent s’expliquer par les « lois de l’hérédité ».
  • L’importance de la documentation et la fidélité au réel : l’écrivain naturaliste se veut objectif et s’appuie sur une documentation précise des milieux sociaux et professionnels pour décrire la réalité le plus fidèlement possible. Le projet naturaliste a pour ambition de faire de la littérature une véritable science capable d’analyser la nature humaine et la société.

Quelques procédés narratifs récurrents et caractéristiques du naturalisme

Notions proches : réalisme, positivisme  « Doctrine qui (…) admet (…) pour principe que seule la connaissance des faits positifs (= qui sont imposés à l’esprit par l’expérience) est féconde et que (…) l’esprit humain doit (…) chercher à établir sa certitude sur l’expérience en se gardant des raisonnements a priori. »
(H. Bénac et B. Réauté, Vocabulaire de la dissertation et des études littéraires, Hachette)
, scientisme « Croyance étroite, naïve et dogmatique dans les pouvoirs de la science. »
(M. Adam-Maillet, Réalisme et naturalisme, Ellipses)
.

Quelques textes

  • Edmond et Jules de Goncourt, extrait de la préface de Germinie Lacerteux (1865) :

Le public aime les romans faux : ce roman est un roman vrai. […]
Vivant au dix-neuvième siècle, dans un temps de suffrage universel, de démocratie, de libéralisme, nous nous sommes demandé si ce qu’on appelle « les basses classes » n’avait pas droit au roman ; si ce monde sous un monde, le peuple, devait rester sous le coup de l’interdit littéraire et des dédains d’auteurs qui ont fait jusqu’ici le silence sur l’âme et le cœur qu’il peut avoir. […]
Aujourd’hui que le roman s’élargit et grandit, qu’il commence à être la grande forme sérieuse, passionnée, vivante, de l’étude littéraire et de l’enquête sociale, qu’il devient, par l’analyse et par la recherche psychologique, l’Histoire morale contemporaine, aujourd’hui que le roman s’est imposé les études et les devoirs de la science, il peut en revendiquer les libertés et les franchises. Et qu’il cherche l’Art et la Vérité ; qu’il montre des misères bonnes à ne pas laisser oublier aux heureux de Paris ; qu’il fasse voir aux gens du monde ce que les dames de charité ont le courage de voir, ce que les reines autrefois faisaient toucher de l’œil à leurs enfants dans les hospices : la souffrance humaine, présente et toute vive, qui apprend la charité ; que le Roman ait cette religion que le siècle passé appelait de ce large et vaste nom : Humanité ; — il lui suffit de cette conscience : son droit est là.

  • Émile Zola (1840-1902), préface de Thérèse Raquin (1867) :

Dans Thérèse Raquin, j’ai voulu étudier des tempéraments et non des caractères. Là est le livre entier. J’ai choisi des personnages souverainement dominés par leurs nerfs et leur sang, dépourvus de libre arbitre, entraînés à chaque acte de leur vie par les fatalités de leur chair. […]

  • Préface de La Fortune des Rougon (1871) :

Je veux expliquer comment une famille, un petit groupe d’êtres, se comporte dans une société, en s’épanouissant pour donner naissance à dix, à vingt individus qui paraissent, au premier coup d’œil, profondément dissemblables, mais que l’analyse montre intimement liés les uns aux autres. L’hérédité a ses lois, comme la pesanteur.
Je tâcherai de trouver et de suivre, en résolvant la double question des tempéraments et des milieux, le fil qui conduit mathématiquement d’un homme à un autre homme. […]


 Pour Zola, l’homme est déterminé par les « lois de l’hérédité » et par son milieu.

  • Zola, Le Roman expérimental (1880) :

Émile Zola Eh bien ! en revenant au roman, nous voyons également que le romancier est fait d’un observateur et d’un expérimentateur. L’observateur chez lui donne les faits tels qu’il les a observés, pose le point de départ, établit le terrain solide sur lequel vont marcher les personnages et se développer les phénomènes. Puis, l’expérimentateur paraît et institue l’expérience, je veux dire fait mouvoir les personnages dans une histoire particulière, pour y montrer que la succession des faits y sera telle que l’exige le déterminisme des phénomènes mis à l’étude. C’est presque toujours ici une expérience « pour voir » comme l’appelle Claude Bernard. Le romancier part à la recherche d’une vérité. […] (I)


 Le romancier n’est pas seulement un observateur des mœurs, il est aussi un « expérimentateur » : c’est lui qui « fait mouvoir les personnages dans une histoire particulière ». Zola résume plus loin sa méthode et son but : « En somme, toute l’opération consiste à prendre les faits dans la nature, puis à étudier les mécanismes des faits, en agissant sur eux par les modifications des circonstances et des milieux, sans jamais s’écarter des lois de la nature. Au bout, il y a la connaissance de l’homme, la connaissance scientifique, dans son action individuelle et sociale. ». → la littérature devient un instrument d’analyse scientifique.

On peut rapprocher l’extrait ci-dessus avec celui-ci, tiré de l’Introduction à l’étude de la médecine expérimentale (1865) de Claude Bernard :

Dans les sciences d’observation, l’homme observe et raisonne expérimentalement, mais il n’expérimente pas ; et dans ce sens on pourrait dire qu’une science d’observation est une science passive. Dans les sciences d’expérimentation, l’homme observe, mais de plus il agit sur la matière, en analyse les propriétés et provoque à son profit l’apparition de phénomènes, qui sans doute se passent toujours suivant les lois naturelles, mais dans des conditions que la nature n’avait souvent pas encore réalisées. (I, 1)

Le mot « naturalisme »

Avant de désigner le mouvement littéraire, le terme « naturalisme » a été employé au XVIIIe siècle au sens de « système qui considère la nature comme principe fondamental, pour lequel rien n’existe en dehors de la nature »a. Le terme s’est ensuite appliqué à la peinture : « L’école naturaliste affirme que l’art est l’expression de la vie sous tous ses modes et à tous ses degrés, et que son unique but est de reproduire la nature en l’amenant à son maximum de puissance et d’intensité : c’est la vérité s’équilibrant avec la science ».b


a Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert.
b J.-A. Castagnary (1830-1888), Salon de 1863, tome 1, pages 104 et 105. Document disponible sur Gallica.

Quelques œuvres naturalistes

1865Edmond et Jules de Goncourt, Germinie Lacerteux
1867Zola, Thérèse Raquin
1871Zola, préface de La Fortune des Rougon
1872Zola, La Curée
1877Zola, L’Assommoir
1880Zola, Nana
1882Huysmans, À vau-l’eau
1883Maupassant, Une Vie
1885Zola, Germinal ; Maupassant, Bel-Ami
1891Zola, L’Argent

Note :
1 Voir par exemple ces notes de Zola sur le site de la BnF : Germinal et L’Assommoir.
2 Zola, Le Roman expérimental, chapitre « De la description ».

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Conseils de lecture

Réalisme et naturalisme Les mouvements littéraires du XIXe et du XXe siècle Écoles et courants littéraires
M. Adam-Maillet, Réalisme et naturalisme.
Les mouvements littéraires du XIXe et du XXe siècle
Y. Stalloni, Écoles et courants littéraires

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