Le discours rapporté

Un article rédigé par Nino Kies

Introduction

Tout récit - romans, autobiographies, nouvelles - dépend d’un acte d’énonciation produit par un locuteur. Ce locuteur est toujours le narrateur de l’histoire racontée. Toutefois, on constatera que ces récits, notamment depuis le XVIIe siècle, sont rarement dépourvus d’interventions d’autres actes de paroles, soit par des dialogues, des monologues… Dans ce cas, le narrateur dit « locuteur primaire » relate un acte d’énonciation d’un autre locuteur dit « locuteur secondaire ».
Le discours rapporté met en place un minimum de deux situations d’énonciations différentes, imbriquées l’une dans l’autre.
Ce procédé possède une grande pérennité dans le roman, et il est intéressant de constater l’importance qu’on lui accorde selon les périodes littéraires. Ainsi, La Fontaine au XVIIe siècle utilise souvent le discours rapporté, mais c’est à partir de Madame de Scudéry, puis avec Diderot qu’il va être théorisé. Le réalisme l’utilisera beaucoup, mais pas autant que le naturalisme, et l’on estime que pas moins de 35% de l’œuvre de Zola sont du discours rapporté.

Les différents types de discours rapporté

Le discours narrativisé

  • Le discours narrativisé est le plus difficile à reconnaître. Le narrateur relate les paroles comme un événement du récit sans réelle importance. Le texte nous indique qu’il y a eu acte de parole par un locuteur secondaire, mais le contenu n’est pas descriptible ni transposable.
  • Exemple : Elle annonça à ses parents son départ pour le Brésil. → On ne connaît pas le contenu de son annonce - par quelles paroles et de quelle manière.

Le discours direct

  • Le discours direct donne l’illusion de l’objectivité, et permet de relayer l’information en toute neutralité. C’est apparemment la forme la plus littérale de la reproduction de la parole d’autrui. Toutefois le rapporteur peut influencer le discours, notamment avec des éléments tels que les verbes de paroles.
  • Exemple : « J’ai appelé Max hier. », (préten)dit / reconnut / cria Elsa.

Le discours indirect

  • Le discours indirect perd son indépendance syntaxique, et se construit donc comme une subordonnée, complément d’un verbe principal signifiant « dire » ou « penser ». Il est généralement bien intégré au discours dans lequel il s’insère et n’est pas marqué par une rupture énonciative.
  • Exemple : Robespierre a dit que Danton était un traître.

Le discours indirect libre

  • Le discours (ou style) indirect libre est essentiellement un procédé littéraire qui se rencontre peu dans la langue parlée. Il permet au romancier de s’affranchir du modèle théâtral qui imposait le mimétisme du discours direct. L’auteur peut rapporter les paroles et les pensées au moyen d’une forme qui s’intègre parfaitement au récit, ouvrant des perspectives narratives nouvelles, notamment au XIXe siècle.
  • Exemple : Pierre le disait toujours. S’il était riche, il ne travaillerait plus !

Tableau synthétique des caractéristiques propres à chaque type de discours rapporté

Le tableau suivant indique de manière synthétique les caractères spécifiques à chaque type de discours rapporté. La croix marque un caractère obligatoirement présent, tandis que le rond et la croix indiquent un caractère non obligatoire mais parfois présent.

       Sans objet.

Caractéristiques grammaticales Discours direct Discours indirect Discours indirect libre
Verbes de paroles / pensées ×O × ×O
Dépendance syntaxique   ×  
Frontière marquée (tirets, majuscules, etc.) ×    
Modalité (assertion, exclamation, interrogation, etc.) × C’est la principale qui la conditionne. ×
Marque de l’oralité (interjection, jargon, etc.) ×   ×
Transposition × × ×

Conseils de lecture

- A. Banfield, Phrases sans parole. Théorie du récit et du style indirect libre, Seuil.
- J. Authier-Revuz, « Repères dans le champ du discours rapporté », L’information grammaticale, 55, 1992, p. 38-42 et 56.
- B. Combettes, « Discours rapporté et énonciation : trois approches différentes. », Pratiques, 64, 1989, p. 111-122.


Grammaire méthodique du français  Grammaire du français
M. Riegel, J.-C. Pellat et R. Rioul, Grammaire méthodique du français, P.U.F.
D. Denis et A. Sancier-Chateau, Grammaire du français, Le Livre de Poche.

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