Bac français 2010

Séries technologiques, corrigé du commentaire

Le Clézio, Désert

Lalla, née dans le désert, a vécu une enfance heureuse dans le bidonville d’une grande cité marocaine.
Adolescente, elle est obligée de fuir et se rend à Marseille. Elle y découvre la misère et la faim, « la vie chez les esclaves ».

Lalla continue à marcher, en respirant avec peine. La sueur coule toujours sur son front, le long de son dos, mouille ses reins, pique ses aisselles. Il n’y a personne dans les rues à cette heure-là, seulement quelques chiens au poil hérissé, qui rongent leurs os en grognant. Les fenêtres au ras du sol sont fermées par des grillages, des barreaux. Plus haut, les volets sont tirés, les maisons semblent abandonnées. Il y a un froid de mort qui sort des bouches des soupirails, des caves, des fenêtres noires. C’est comme une haleine de mort qui souffle le long des rues, qui emplit les recoins pourris au bas des murs. Où aller ? Lalla avance lentement de nouveau, elle tourne encore une fois à droite, vers le mur de la vieille maison. Lalla a toujours un peu peur, quand elle voit ces grandes fenêtres garnies de barreaux, parce qu’elle croit que c’est une prison où les gens sont morts autrefois ; on dit même que la nuit, parfois, on entend les gémissements des prisonniers derrière les barreaux des fenêtres. Elle descend maintenant le long de la rue des Pistoles, toujours déserte, et par la traverse de la Charité, pour voir, à travers le portail de pierre grise, l’étrange dôme rose qu’elle aime bien. Certains jours elle s’assoit sur le seuil d’une maison, et elle reste là à regarder très longtemps le dôme qui ressemble à un nuage, et elle oublie tout, jusqu’à ce qu’une femme vienne lui demander ce qu’elle fait là et l’oblige à s’en aller.
Mais aujourd’hui, même le dôme rose lui fait peur, comme s’il y avait une menace derrière ses fenêtres étroites, ou comme si c’était un tombeau. Sans se retourner, elle s’en va vite, elle redescend vers la mer, le long des rues silencieuses.

Faites le commentaire de ce texte en vous aidant du parcours de lecture suivant :

  • Montrez comment se met en place la description de la « vieille ville » et ses caractéristiques.
  • Analysez comment se traduit le sentiment de malaise et de peur qu’elle inspire à Lalla.
Ce corrigé a été rédigé par Jean-Luc.

Commentaire

Le corrigé est fourni sous forme de plan détaillé.

Introduction

Le Clézio est un auteur atypique dans les lettres françaises d’aujourd’hui. Connu très jeune, à vingt-trois ans pour son premier roman, Le Procès-verbal (1963), il poursuit sa carrière littéraire jusqu’au milieu des années 1970 dans la mouvance formelle du Nouveau Roman. Puis il s’oriente vers une expression plus classique qui réserve une large part à l’onirisme, au mythe et aux grands espaces. Cette veine lui vaut le prix Nobel de littérature en 2008, en tant qu’ « écrivain de nouveaux départs, de l’aventure poétique et de l’extase sensuelle, explorateur d’une humanité au-delà et en dessous de la civilisation régnante » comme on peut le découvrir sur le site officiel des prix Nobel. Désert est un roman de 1980 qui appartient à cette seconde manière. Le récit raconte comment Lalla, née dans le désert, a vécu une enfance heureuse dans le bidonville  d’une grande cité marocaine, puis comment elle a été obligée de fuir et d’émigrer à Marseille où elle découvre la misère et la faim, « la vie chez les esclaves ».
L’extrait à commenter rapporte comment la jeune descendante des hommes bleus est heurtée par la grande ville portuaire du Sud de la France. Il s’agit d’un texte narratif et descriptif qui appartient au genre romanesque. Exprimant les émotions et les sentiments d’une adolescente étrangère, ce récit relève du registre lyrique. Il peut intéresser le lecteur d’aujourd’hui par la présentation vivante du « choc des cultures » dans le bassin méditerranéen.
Nous nous attacherons à montrer les impressions et les réactions d’une jeune Sahraouie dans une grande ville étrangère. D’abord nous examinerons comment elle se représente les lieux, puis ce qu’ils provoquent en elle.

La ville menaçante

La ville étrange se révèle menaçante. Ses dangers sont exprimés en particulier par deux métaphores filées : celles de la prison et du tombeau.

Une ville abandonnée

Champ lexical de la solitude : « Il n’y a personne dans  les  rues », « les  maisons  semblent abandonnées », « déserte », « rues silencieuses ».

Un paysage livré à  « seulement  quelques  chiens au  poil  hérissé »,  qui « grogn[e]nt ».

La ville paraît donc hostile à l’étrangère qui nous communique son angoisse au moyen de deux métaphores filées.

La prison

Champ lexical de l’enfermement : « fermées », « tirés », « grillages », « barreaux » (2 fois), « prison » (2 fois avec la variante « prisonniers »).

Les hauts murs « gris » limitent le regard, les intérieurs restent inaccessibles. Il faut un porche pour que la vue puisse s’échapper.

À cause de l’absence de personnes visibles, Lalla passe de la geôle au tombeau. En effet, « elle croit que c’est une prison où les gens sont morts ».

Le tombeau

Champ lexical de la mort et des ténèbres : « os », « mort » (3 fois) , connotée par « froid », « noires », « pourris », « nuit », « caves » (qui évoque le caveau funéraire), le tout condensé dans le « tombeau » du dernier paragraphe.

Ainsi Lalla se sent-elle menacée dans sa liberté de voir et de se mouvoir.

Les peurs ataviques de Lalla

Lalla, en fille du désert habituée aux grands espaces où le regard peut se déployer, éprouve très vite une peur irrépressible.

Les origines physiques

La chaleur étouffante réverbérée par les murs et l’asphalte : « La sueur coule toujours sur son front, le long de son dos, mouille ses reins, pique ses aisselles. » Allitération de S qui renforce l’agressivité de l’air surchauffé.
Paradoxalement, cette chaleur fait ressortir le froid mortel des sous-sols.
C’est une nouveauté étrange exprimée par une hyperbole : « une haleine de mort qui souffle le long des rues, qui emplit les recoins pourris ».
Lalla ne peut supporter cette solitude déjà étudiée plus haut. Tout concourt à produire une atmosphère irrespirable.

L’asphyxie

En effet Lalla s’asphyxie, elle « respir[e] avec peine ». Allitération de R et de P qui traduit l’oppression. Sa marche devient celle d’un automate. Lalla ne peut plus trouver d’apaisement passager auprès de « l’étrange dôme rose qu’elle aime bien » et dont la forme de « nuage » lui rappelle sans doute le ciel de son pays. Il ne peut en résulter qu’une angoisse terrible qui évolue en peur panique.

La fuite irrépressible

Si au début « Lalla continue à marcher, en respirant avec peine », quand elle est parvenue au paroxysme de son angoisse, elle se lance dans une fuite éperdue vers le seul horizon libre : « sans se retourner, elle s’en va vite, elle redescend vers la mer, le long des rues silencieuses ».
Accumulation de verbes d’action, accélération du rythme.

Conclusion

Ce passage du roman rapporté selon une focalisation interne, nous permet de voir la grande ville étrangère au travers des yeux de l’héroïne. C’est la cité de la peur. Enserrée dans ses hauts murs, écrasée par le soleil, elle paraît abandonnée des hommes au point de sembler une prison, voire un tombeau. Lalla, asphyxiée, angoissée, ne peut que s’enfuir à toutes jambes vers le vaste horizon de la mer qui l’a portée jusqu’ici.
L’adolescente éprouve la nostalgie d’une terre pauvre, mais libre. Le titre du roman est Désert. Le Clézio nous fait comprendre où réside la souffrance de Lalla. La jeune fille languit de se retrouver dans le désert du grand port. Le terme est ici bien évidemment péjoratif, il signifie lieu désespérément vide. Il s’oppose à la terre aride et sauvage dont est issue l’adolescente. En effet, implicitement les grandes étendues sahariennes inondées de soleil se révèlent habitées d’une vie intense, cachée et mystérieuse.
Le Clézio prend à rebours la conception occidentale du désert. Là où la raison, la richesse et la puissance n’y perçoivent que le rien et l’absence au point de mépriser le peuple sahraoui1 En fait la présence de pétrole et de richesses minières a pu un moment intéresser les puissances riveraines ou occidentales., l’auteur-poète, à la suite de Psichari, de Charles de Foucault ou de Théodore Monod, y voit l’occasion de nourrir la plénitude de l’être dans le dénuement et la contemplation mystiques.

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