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Lyrisme

Le lyrisme est l’expression d’une émotion personnelle intense. La poésie lyrique traite des sentiments du poète (les thèmes récurrents sont l’amour, la mort, la nostalgie, la fuite du temps, la communion avec la nature, le destin, le sacré, etc.). Le registre lyrique peut se rencontrer aussi dans les textes en prose.

Les marques du registre lyrique :

Termes liés : l’élégie, le pathétique, le pathos (émouvoir les passions du lecteur).

Le lyrisme dans l’histoire littéraire

La poésie lyrique se définit avant tout comme l’expression libre du moi : épanchement des sentiments, célébration de l’amour, méditation sur la mort et la fuite du temps, communion avec la nature. Cette tendance traverse toute l’histoire littéraire, en s’opposant parfois à une poésie davantage centrée sur la rigueur de la forme et les règles strictes.

Le lyrisme au XVe et au XVIe siècle

Le XVe siècle met en avant une poésie personnelle avec des auteurs comme Charles d’Orléans et François Villon, qui s’illustrent dans des formes fixes comme la ballade et le rondeau. Au XVIe siècle, les poètes de la Pléiade (Ronsard, du Bellay) célèbrent l’amour, la nature et le carpe diem. En s’appuyant sur les modèles grecs et latins, ils posent les bases du lyrisme français.

Le lyrisme romantique (XIXe siècle)

Le XIXe siècle est le grand siècle du lyrisme. Le romantisme place le moi souffrant au cœur de la poésie. Lamartine, Hugo, Vigny, Nerval ou Musset font de leurs tourments intimes, de leurs deuils et de leurs désillusions le matériau premier de leur œuvre.

La réaction parnassienne et symboliste

En réaction contre un lyrisme jugé trop débordant, les poètes parnassiens (Gautier, Leconte de Lisle) défendent une poésie impersonnelle et formelle : c’est « l’Art pour l’Art ». Plus tard, les symbolistes (Mallarmé, Verlaine, Rimbaud) préfèrent suggérer des états d’âme par des symboles et des images, plutôt que par des confidences directes. Verlaine prône la « musique avant toute chose » ; Rimbaud cherche une vision nouvelle par le « dérèglement de tous les sens ».

Le lyrisme au XXe siècle

Au XXe siècle, le lyrisme se renouvelle profondément. Apollinaire mêle les grands thèmes lyriques traditionnels à une écriture moderne : vers libre, absence de ponctuation, décors urbains. Enfin, les surréalistes (Éluard, Aragon, Breton) libèrent le lyrisme par l’écriture automatique et l’exploration des rêves. Le lyrisme devient ainsi un moyen d’explorer son inconscient autant qu’une forme d’engagement poétique.

Quelques textes

Chateaubriand (1768-1848), René (1802)

Chateaubriand « Mais comment exprimer cette foule de sensations fugitives que j’éprouvais dans mes promenades ? Les sons que rendent les passions dans le vide d’un cœur solitaire, ressemblent au murmure que les vents et les eaux font entendre dans le silence d’un désert : on en jouit, mais on ne peut les peindre.
« L’automne me surprit au milieu de ces incertitudes : j’entrai avec ravissement dans les mois des tempêtes. Tantôt j’aurais voulu être un de ces guerriers errant au milieu des vents, des nuages et des fantômes ; tantôt j’enviais jusqu’au sort du pâtre1 que je voyais réchauffer ses mains à l’humble feu de broussailles qu’il avait allumé au coin d’un bois. J’écoutais ses chants mélancoliques, qui me rappelaient que dans tout pays, le chant naturel de l’homme est triste, lors même qu’il exprime le bonheur. Notre cœur est un instrument incomplet, une lyre où il manque des cordes, et où nous sommes forcés de rendre les accents de la joie sur le ton consacré aux soupirs.
« Le jour, je m’égarais sur de grandes bruyères terminées par des forêts. Qu’il fallait peu de choses à ma rêverie ! une feuille séchée que le vent chassait devant moi, une cabane dont la fumée s’élevait dans la cime dépouillée des arbres, la mousse qui tremblait au souffle du nord sur le tronc d’un chêne, une roche écartée, un étang désert où le jonc flétri murmurait ! Le clocher solitaire, s’élevant au loin dans la vallée, a souvent attiré mes regards ; souvent j’ai suivi des yeux les oiseaux de passage qui volaient au-dessus de ma tête. Je me figurais les bords ignorés, les climats lointains où ils se rendent ; j’aurais voulu être sur leurs ailes. Un secret instinct me tourmentait ; je sentais que je n’étais moi-même qu’un voyageur ; mais une voix du ciel semblait me dire : “Homme, la saison de ta migration n’est pas encore venue ; attends que le vent de la mort se lève, alors tu déploieras ton vol vers ces régions inconnues que ton cœur demande.”
« “Levez-vous vite, orages désirés, qui devez emporter René dans les espaces d’une autre vie !” Ainsi disant, je marchais à grands pas, le visage enflammé, le vent sifflant dans ma chevelure, ne sentant ni pluie ni frimas2, enchanté, tourmenté, et comme possédé par le démon de mon cœur.


1 « Celui qui garde, fait paître le bétail. » (Le Petit Robert)
2 « Brouillard froid et épais qui forme du givre en tombant. » (Dictionnaire de l’Académie)


Victor Hugo (1802-1885), Les Contemplations (1856), Livre V, XXIV :

En 1843, Victor Hugo perd sa fille Léopoldine, qui s’est noyée dans la Seine à Villequier.

J’ai cueilli cette fleur pour toi sur la colline.
Dans l’âpre escarpement qui sur le flot s’incline,
Que l’aigle connaît seul et seul peut approcher,
Paisible, elle croissait aux fentes du rocher.
L’ombre baignait les flancs du morne promontoire ;
Je voyais, comme on dresse au lieu d’une victoire
Un grand arc de triomphe éclatant et vermeil,
À l’endroit où s’était englouti le soleil,
La sombre nuit bâtir un porche de nuées.
Des voiles s’enfuyaient, au loin diminuées ;
Quelques toits, s’éclairant au fond d’un entonnoir,
Semblaient craindre de luire et de se laisser voir.
J’ai cueilli cette fleur pour toi, ma bien-aimée.
Elle est pâle, et n’a pas de corolle embaumée,
Sa racine n’a pris sur la crête des monts
Que l’amère senteur des glauques goémons ;
Moi, j’ai dit : Pauvre fleur, du haut de cette cime,
Tu devais t’en aller dans cet immense abîme
Où l’algue et le nuage et les voiles s’en vont.
Va mourir sur un cœur, abîme plus profond.
Fane-toi sur ce sein en qui palpite un monde.
Le ciel, qui te créa pour t’effeuiller dans l’onde,
Te fit pour l’océan, je te donne à l’amour. —
Le vent mêlait les flots ; il ne restait du jour
Qu’une vague lueur, lentement effacée.
Oh ! comme j’étais triste au fond de ma pensée
Tandis que je songeais, et que le gouffre noir
M’entrait dans l’âme avec tous les frissons du soir !


→ À relever dans ce poème : les pronoms personnels, les comparaisons et les métaphores), l’expression des sentiments, les verbes, le temps des verbes, le lexique et les adjectifs, le rythme, etc.


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Voir aussi :

Foire aux questions

Qu’est-ce que le lyrisme en littérature ?

Le lyrisme est l’expression d’une émotion personnelle intense. La poésie lyrique traite des sentiments du poète : l’amour, la mort, la nostalgie, la fuite du temps, la communion avec la nature. Le registre lyrique peut se rencontrer aussi bien en poésie qu’en prose.

Quelles sont les marques du registre lyrique ?

Le registre lyrique se reconnaît à l’emploi de la première personne du singulier, un vocabulaire des émotions et des sentiments, une ponctuation expressive (points d’exclamation, d’interrogation), des figures de style (comparaisons, métaphores, hyperboles) et des adverbes d’intensité.

Quelle différence entre lyrisme et élégie ?

L’élégie est un genre poétique qui exprime la plainte, le deuil ou la mélancolie : c’est une forme particulière du lyrisme. Le lyrisme est plus large : il désigne tout mode d’expression fondé sur les émotions personnelles du poète, quel que soit le genre ou le support (poème, roman, théâtre).

Le lyrisme existe-t-il en dehors de la poésie ?

Oui. Le registre lyrique peut se rencontrer dans les textes en prose : un roman peut être lyrique si l’auteur y exprime ses émotions personnelles de façon intense. Chateaubriand dans René ou Rousseau dans Les Rêveries du promeneur solitaire en sont des exemples classiques.

Pourquoi Hugo est-il le maître du lyrisme romantique ?

Hugo allie lyrisme personnel et engagement historique. Il révolutionne la forme poétique (trimètre romantique, enjambements) et fait de la poésie un combat pour la liberté.