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Prévost et des Grieux : les parallèles autobiographiques de Manon Lescaut

Prévost et des Grieux : les parallèles autobiographiques de Manon Lescaut

Une étude de Jean-Luc.

L'abbé Prévost Le roman Manon Lescaut de l’Abbé Prévost est largement considéré comme étant partiellement inspiré par les expériences de l’auteur. L’œuvre prend l’allure d’une autobiographie astucieusement camouflée en raison des nombreuses ressemblances entre la vie mouvementée de l’auteur, Antoine-François Prévost, et le parcours du Chevalier des Grieux, le narrateur de l’histoire.
Il est toutefois difficile de distinguer la fiction de la vérité autobiographique, notamment parce que les “papiers” de Prévost ont été brûlés par son héritier.
Les ressemblances entre l’auteur et son personnage sont multiples :

I. Parallèles biographiques et sociologiques

Le Chevalier des Grieux et l’Abbé Prévost partagent des origines et une éducation similaires :

  • Lieu et date de naissance : l’auteur est né à Amiens en 1697. Des Grieux est également d’Amiens (où a lieu la rencontre initiale avec Manon) et l’on peut supposer, par recoupements chronologiques (il a 17 ans en 1715), qu’il est né la même année que Prévost.
  • Statut social : Prévost était un homme de qualité, et la première rencontre de l’auteur avec le Marquis de Renoncour (le narrateur-cadre) est fondée sur cette connivence de classe. Des Grieux est lui aussi issu de la noblesse, il est un « homme de qualité ».
  • Formation religieuse : Prévost a fait ses études chez les jésuites à Amiens et à Paris, il est entré dans les ordres (il fut ordonné prêtre en 1726). De même, des Grieux fait ses études à Amiens / Paris, et entre au séminaire pour devenir abbé.
  • Contexte familial : Des Grieux ne parle jamais de sa mère, et Prévost lui-même a été orphelin de mère très jeune.

II. Parallèles dans la déchéance et le libertinage

La vie aventureuse de Prévost correspond aux déboires moraux et judiciaires de des Grieux, typiques du libertinage de la Régence :

  • Vie de débauche : la vie de Prévost fut très aventureuse, mélangeant vie religieuse et vie mondaine, avec de la débauche, des délits et des dettes. Des Grieux, malgré son éducation, choisit une vie « obscure et vagabonde », se livrant à la triche, aux vols et aux escroqueries pour vivre avec Manon.
  • Dettes et manque d’argent : l’un et l’autre ont eu des dettes et ont manqué d’argent.
  • Incarcération : les deux hommes ont fait de la prison.
  • Meurtre/Duel : Prévost aurait tué en duel (une pratique interdite à l’époque). Des Grieux est également responsable d’un meurtre (celui du portier lors de son évasion de Saint-Lazare) et d’un affrontement où il laisse le neveu du gouverneur, Synnelet, pour mort en Louisiane.
  • Amante mystérieuse : il existe une ressemblance étrange entre une maîtresse de Prévost nommée Lenki (Eckhart) et Manon.

III. L’intention du « Traité de Morale » comme camouflage

Prévost a délibérément intégré cette histoire, écrite en 1731, comme le septième et dernier tome de ses Mémoires et aventures d’un homme de qualité qui s’est retiré du monde.

  • Le roman est un texte narratif transcriptif : l’auteur raconte au lecteur ce qu’un homme, des Grieux, lui a raconté. Ce procédé littéraire (le récit dans le récit) permet à Prévost d’enrober probablement son histoire personnelle.
  • Bien que le roman soit audacieux et qu’il ait causé un scandale, Prévost l’a présenté comme un « traité de morale réduit agréablement en exercice ». Cette affirmation didactique permettait de justifier l’œuvre en la présentant comme un « exemple terrible de la force des passions », masquant ainsi la dimension personnelle et la transgression des codes moraux.

Conclusion

Ainsi, la vie de des Grieux — homme de qualité devenu libertin, étudiant la théologie mais s’adonnant à la débauche, et contraint à l’exil — reflète indirectement les contradictions et les expériences aventureuses d’Antoine-François Prévost.