Voyage au bout de la nuit de Céline

Littérature

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Bonsoir tout le monde !
J’aimerais savoir ce que vous pensez de Céline. J’ai lu Voyage au bout de la nuit il y a quelques temps, je trouve que c’est un auteur passionnant, il a fait couler beaucoup d’encre et soulevé bien des controverses, mais je ne pense pas avoir bien « cerné » ses idées, quel genre de personnage il était. Peut-être parce que justement, il sortait du commun.
Comment expliquer, par exemple, qu’il soit devenu un violent antisémite, alors que rien ne le laissait deviner dans son passé ? J’ai vu plusieurs explications à cela, par exemple des liens faits avec sa petite enfance et son père, mais aucune n’est vraiment convaincante.
Ou bien, pensez-vous que Céline soit « humain » ? Dans son livre, il est médecin, il a de la tendresse pour l’enfant malade, Bébert, mais il est assez méprisant et pessimiste.
Il y a encore plein d’autres choses à dire sur lui, mais je ne m’y connais pas du tout !
Enfin, peut-être que la particularité de Céline, c’est qu’on ne peut pas l’expliquer si facilement. Et pourtant, j’ai l’impression que beaucoup le considèrent comme un très grand auteur, et j’ai senti dans son livre un je ne sais quoi de grandiose (ce n’est qu’une intuition, et je n’arrive pas à expliquer pourquoi).
En quoi est-il un si grand auteur ?
Ou bien peut-être connaissez-vous un livre intéressant sur Céline (qui ne soit pas seulement une biographie, mais qui explique aussi ses idées et autres).
Merci d’avance à tous ceux qui pourront "m'éclairer" un peu sur lui, ou qui donneront leurs points de vue! Voir aussi :

Bonsoir Gump,

Ce coffret de deux DVD est absolument passionnant : [url]https://www.amazon.fr?&linkCode=ll2&tag=bac0805-21&linkId=8652ad7ff8292fdc1bb601c792c0312e&language=fr_FR&ref_=as_li_ss_tl/C%C3%A9line-vivant-Louis-Ferdinand/dp/B000UVVZVC[/url]. Il répondra en partie à tes questions.

Muriel

Oups, excusez-moi je n'avais pas vu qu'il y avait déjà des discussions sur Céline
Merci beaucoup pour les références! 🙂
Bonjour,

A la lecture de Voyage au bout de la nuit de Céline, il y a une thématique concernant le langage qui m'a assez intrigué quant à la décomposition, la pourriture qui est omniprésente dans le roman.

En effet, Céline montre tout au long de son roman qu'à l'envers de la guerre, du désir de fortune, de la réalité sociale, rien ne semble échapper à cette pourriture qui décompose notre vision de l'existence et ce, uniquement par le langage. Mais cette pourriture en vient-elle également à contaminer le langage littéraire lui-même ? La structure romanesque dans son intégralité ?

On voit que le langage pour Céline est un moyen de mettre en place le réel. Pourtant, face à ce monde qui se liquéfie et qui est en train de pourrir, n'est-ce pas également une manière de souligner que les univers littéraires que l'on a bâtit pour fuir cette réalité morbide, sont comme des cadavres dont on a masqué la décomposition ? N'est-ce pas une manière ici dans ce roman de mettre en avant l'envers de toute littérature, qui serait décomposée et pourrie à l'intérieur ?

On est pas dans un degré zéro de l'écriture, une simple transposition du langage argotique, mais c'est un langage poétique qui finit par être contaminé par l'abject et la pourriture, un langage qui serait en train d'être dévoré par les vers. Ce qui me pousse sur cette piste (malheureusement je n'ai pas trouvé de réponse satisfaisante sur le net, mais peut-être que je suis fasciné par un lieu-commun que tout le monde a vu certainement ! ^^) c'est l'épigraphe du roman : "C'est un roman, rien qu'une histoire fictive. Littré le dit, qui ne se trompe jamais. Et puis d'abord tout le monde peut en faire autant. Il suffit de fermer les yeux. C'est de l'autre côté de la vie."

Selon moi, c'est comme si le fait d'avoir enfin ouvert les yeux sur la réalité morbide de l'existence humaine venait de contaminer le dernier refuge que l'on s'était créé, par l'imaginaire et désormais à cause de l'imaginaire. Avoir imaginé ce qu'il y avait de pire. Et il y a cette citation que l'on retrouve dès le début : "On est puceau de l'horreur comme on l'est de la volupté." Doit-on y voir (derrière la découverte de l'horreur de la guerre) le début d'une lucidité sur ce à quoi renvoie la littérature, en particulier celle que nous avons contaminée et condamnée à pourrir ?

Je veux bien des avis pour m'éclairer face à ce superbe, et très complexe, roman ! 🙂
Comment expliquer, par exemple, qu’il soit devenu un violent antisémite,
Une explication simpliste : Céline est antisémite, car l'antisémitisme était général en France.
Ceux qui ressortaient sur le paysage, c'était les rares qui n'étaient pas antisémites.
Céline était médecin, un milieu où les luttes pour les postes de mandarin sont féroces. Or, beaucoup de mandarins sont juifs… Bref, tous les médecins français étaient antisémites, sauf ceux qui étaient juifs.
Céline n'est pas un cas particulier, ce qui ne retire rien à sa responsabilité individuelle : nul n'est forcé de suivre le courant. Seulement, on a oublié les autres, et il a l'air d'avoir été le seul.
Question de perspective.