La littérature du mal - Céline

Littérature

12 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Avez-vous déja lu Céline ?
alors , je vous conseille de le lire , et vous allez bien découvrir une littérature qui va vous transporter au sein de la réalité même de l'existence.
J'en parais aussi éloigné par mes goûts affichés (il serait difficile de parler d'une tendresse pour Céline) que je raffole de sa verve virulente. Il faut toutefois remettre les choses à leur place: on ne remplirait pas une bibliothèque d'épigones de Céline, l'écœurement viendrait trop vite. Un seul aura suffi. Mais celui-là il fallait qu'il existe. Ne serait-ce, déjà, que pour réaliser ce rêve humaniste d'une littérature exhaustive, qui ne ferait donc pas l'impasse sur les attitudes et les sentiments dits inférieurs (haine, envie, ressentiment, lâcheté) - en ce sens, Céline s'intègre malgré lui dans une perspective humaniste (et plus que certains écrivains au bon teint et aux bonnes idées, peut-être) - mais également parce qu'il délivre une énergie du désespoir et un humour que ne comprennent pas tous les hommes (la différence entre le colonel et le troufion s'applique à tous les niveaux de la vie), mais qui libère dans une franche catharsis certaines de nos émotions retenues.
Il est question de Sartre et de La Nausée ?
D'abord, qu'est-ce que c'est que la littérature du mal? C'est, me semble-t'il, loin du complaisant tape-à-l'oeil d'aujourd'hui, l'oeuvre qui empoisonne le lecteur, à la vie, à la mort. Lisez les chants de Maldoror, lisez et relisez l'avertissement de l'auteur, vous ne pourrez pas dire après que le mal sera fait : Je ne savais pas.
Alph a écrit :Ne serait-ce, déjà, que pour réaliser ce rêve humaniste d'une littérature exhaustive, qui ne ferait donc pas l'impasse sur les attitudes et les sentiments dits inférieurs (haine, envie, ressentiment, lâcheté) - en ce sens, Céline s'intègre malgré lui dans une perspective humaniste (et plus que certains écrivains au bon teint et aux bonnes idées, peut-être) - mais également parce qu'il délivre une énergie du désespoir et un humour que ne comprennent pas tous les hommes (la différence entre le colonel et le troufion s'applique à tous les niveaux de la vie), mais qui libère dans une franche catharsis certaines de nos émotions retenues.
Je suis d'accord sur l'énergie et l'humour que délivre l'auteur, mais j'ai beaucoup de mal à le considérer comme humaniste, il me semble que c'est toi qui veut l'intégrer à ce mouvement malgré tout. Le grand point qui me semble incompatible avec l'humanisme, c'est le rapport au langage. En effet un humaniste aura tendance a anoblir cet instrument, comme ce qui élève l'homme. Chez Céline au contraire, il est presque toujours suspecté, attaqué, il ouvre de multiples brèches d'où s'exhale un en deça inquiétant. Je renvoie par exemple au génial passage où le narrateur attribue un discours aux infirmières, qu'elles ne peuvent pas avoir formulé, mais qui donne à entendre ce qu'elles ne disent pas. Cela revient à "tu vas crever petit soldat…" Chez Céline il y a quelque chose qui creuse en dessous, et qui ne rattrape rien. Le langage est toujours une grimace. Dans voyage au bout de la nuit, il y a un personnage, Pinchon je crois, qui expose des idées contre la guerre. Cela pourrait sembler proche du point de vue célinien, mais rien n'en est plus éloigné. C'est un discours critique, avec de jolies phrases, un côté doctoral. Il me semble que c'est la seule figure d'humaniste, et que sur celle là aussi le soupçon pèse.

Enfin à propos des humanistes, je ne saurais trop recommander la nausée de Sartre. La satyre qu'il en fait est des plus féroces.
Lucretius a écrit :Je suis d'accord sur l'énergie et l'humour que délivre l'auteur, mais j'ai beaucoup de mal à le considérer comme humaniste, il me semble que c'est toi qui veut l'intégrer à ce mouvement malgré tout.
Tout à fait, je disais qu'il s'inscrit malgré lui dans une perspective qu'il n'appelle pas de ses vœux. C'est moi qui me sert de Céline. Qui l'instrumentalise à ma façon. Ce n'est pas bien, d'un point de vue strictement littéraire, mais je caresse le rêve d'une anthologie gigantesque de tout ce que l'homme recèle de sentiments, d'attitudes, de postures, etc. Céline est un pion dans l'échiquier.
Lucretius a écrit :Dans voyage au bout de la nuit, il y a un personnage, Pinchon je crois, qui expose des idées contre la guerre. Cela pourrait sembler proche du point de vue célinien, mais rien n'en est plus éloigné. C'est un discours critique, avec de jolies phrases, un côté doctoral. Il me semble que c'est la seule figure d'humaniste, et que sur celle là aussi le soupçon pèse.

Enfin à propos des humanistes, je ne saurais trop recommander la nausée de Sartre. La satyre qu'il en fait est des plus féroces.
Je crois que c'est Princhard, si on pense bien au même, et le narrateur dit de lui que c'est un "cabotin". Le passage est pourtant succulent, plus virulent et drôle que doctoral.
Je rejoins Alph, et de nombreux critiques attribuent à l'œuvre de Céline le qualificatif d'"humaniste". Car représenter ce qu'il y a de plus noir en l'homme vise en soi à une amélioration qui, je l'admets, ne transparaît pas dans le Voyage. Quant à Sartre, je ne parlerais pas d'humanisme; BHL démontre très bien dans son Siècle de Sartre que l'existentialisme n'est pas un humanisme, d'ailleurs Sartre regrettait ce titre de la conférence de 1946, qu'il jugeait a posteriori mauvais et non illustrateur de sa philosophie.
attribuer le qualificatif d'humaniste à un homme qui a écrit un grand nombre de pamphlets antisémites?

je trouve ça un peu fort!! bref je ne peux m'empêcher de réagir sur ce point parce que manifestement, Céline fait débat et j'en ai plusieurs fois discuté avec des gens.


ça va paraître absurde, on dit souvent qu'il faut voir l'écrivain et non pas l'homme, mais Céline, c'est au dessus de mes forces

pourquoi? parce qu'il y a plusieurs années, en Tpe de première, j'ai travaillé sur Céline, et j'ai donc appris quel homme c'était. je crois qu'il est difficile de vraiment lire ses écrits sans préjugés ( si on peux appeller ça des préjugés), quand on connaît bien sa biographie.
et ce n'est pas un problème d' "époque", comme on dit: il est tres facile d'excuse quelqu'un en disant "oui mais s'il était antisémite, il n'était pas le seul, c'était en vogue à l'époque".

je conçois pourtant que ce problème se retrouve avec d'autres écrivains qui pourtant ne me dégoûtent pas comme Céline: Ronsard a bien dit "et n'oubliez pas les enfants" à l'occasion de la St Barthélémy et pourtant cela ne m'empêche pas de continuer à l'apprécier et à le lire
Mon message a entraîné un problème de compréhension, mais je n'en suis pas surpris : le seul nom de Céline suffit à apporter dans les meilleurs débats un climat d'émeute, ce qui ne facilite pas le discernement.
Que ce soit clair, Céline n'est pas humaniste, il ne s'agit pas d'une tentative de travestissement sur la personne. Les intentions étant ce qu'elles sont de la part du futur pamphlétaire, qui à l'époque du voyage n'a pas encore tout à fait perdu son sang froid, on n'est pas pour autant obligé de lire Céline comme il aurait voulu qu'on le lise. Si c'était le cas, il faudrait se forcer à être antisémite le temps de la lecture peut-être? On lit un auteur quelques décennies, voire quelques siècles après sa mort pour des raisons qui lui échappent parfois et tout en admirant certains textes on tient sur lui des propos qu'il récuserait sans doute. Je dis que l'humanisme contemporain a tout intérêt à prendre son œuvre en compte, s'il ne veut pas mourir idiot. Et je me garderais bien, en disant ceci, de voir en Céline un simple specimen du mal. Je ne suis pas zoologue. Il n'avait pas que de mauvais cotés, il faut quand même le préciser.
Je suis d'accord, Céline est un auteur incontournable. D'ailleurs, son Voyage ne témoigne pas d'antisémitisme, pas plus que ses autres œuvres disponibles en poche. Ses écrits antisémites sont aujourd'hui censurés et introuvables, à moins d'y mettre très cher. Il est impossible de trouver Bagatelles pour un massacre, L'Ecole des cadavres et Les beaux draps. De plus, malgré son racisme et son antisémitisme, Céline reste un très grand écrivain avec un style tout à fait remarquable. S'il fallait condamner tous les auteurs qui ont tenu des propos racistes ou qui ont commis des méfaits dans leur vie, il faudrait retirer beaucoup de livres des rayons. Et puis le titre de ce topic est malvenu, car je ne vois pas en Céline un "écrivain du mal"; le nihilisme est-il le mal? je ne crois pas. D'ailleurs il faudrait définir ce qu'est le mal en littérature (si c'est possible).
76man a écrit :D'ailleurs il faudrait définir ce qu'est le mal en littérature (si c'est possible).
Je crois que tout dépend de la sensibilité personnelle (et unique?) de l'observateur (en l'occurence, du lecteur). En d'autres mots, je pense que c'est le regard qui définit la chose observée. Je trouve que cette définition reste assez simpliste mais je n'ai ni le temps ni les compétences à produire une analyse plus sérieuse. Pour imager mon propos, je cite des exemples qui me viennent ici à l'esprit :
Je trouve telle femme belle, est-il dit qu'elle le soit dans l'absolu ou est-ce mon regard qui porte un jugement par ailleurs nullement définitif dans le temps?
Autre exemple d'une définition de la nature d'une "chose": Nietzsche fait dire à Zarathoustra "Ô soleil, que serait ta félicité si tu n'avais ceux que tu éclaires?". Autrement dit, qu'est-ce que le soleil sans le regard de l'homme?
Ecrire sur le mal, le mettre en scène amène deux réactions possibles chez le lecteur. Il a lu le livre, admettons qu'il l'ait apprécié pour ses diverses qualités (intrigue, style, etc.), il y a même à parier qu'il s'en souviendra comme d'un bon moment de lecture mais il n'en sera nullement affecté, bouleversé, changé de façon durable, l'espace égal au recul, à la distance entre l'oeil et l'objet servant de tampon. Soit, l'effet sera bien autrement pervers (il faudrait prendre en compte d'autres paramètres comme l'âge du lecteur, sa sensibilité, son niveau culturel etc.) et fera son nid dans l'être, absorbera l'espace-tampon, s'instillera tel un poison dans les pores et au plus intime de la personne. Je suis persuadé qu'il y a des livres (Les Chants de Maldoror) ou des films (je pense à Orange Mécanique de Kubrick) qui peuvent en profondeur influencer une vie. C'est une question de sensibilité et d'histoire personnelle.
J'arrête là. J'espère n'avoir pas été trop brouillon et n'ai eu la prétention que d'exposer ma compréhension du problème, nullement de définir le mal (d'ailleurs peut-il l'être en effet).
Cette discussion m'intéresse beaucoup. Je lui trouve beaucoup de qualités.

Il y a forcément des malentendus sur le sens qu'on donne au mot humanisme. Les uns l'entendent comme aimer les gens (sauf que le mot aimer n'a pas le même sens pour tous); d'autres le réfèrent à un mouvement de pensée du XVIème siècle; d'autres pensent à la nature humaine en ce qu'elle aide à comprendre, peut-être à admettre tout ce qui en procède, etc… Cela donne plusieurs axes d'échanges.
Et puis, en partant de Céline, l'exemple choisi est sulfureux parce que sa vie illustre une forme d'humanisme qui n'est pas de pacotille car il était médecin et le médecin des pauvres, ce qui est un engagement d'une rare exigence. D'autre part, il a inventé et donné corps à un style qui donne de nouvelles possibilités d'expression, mais une expression brutale, que les adeptes de modes d'expression hypocrites, enrobés, courtois ou précieux considèrent comme violents parce qu'ils violent la retenue à laquelle ils sont attachés. Enfin il est diabolisé sous l'inculpation d'antisémitisme sur le mode religieux qui va au delà de la critique en prononçant une interdiction de lire.

Pour ma part, en ce qui concerne l'humanisme, je suis très sensible à l'hypocrisie et outré de celle qui prétend changer les gens "pour leur bien" en appelant cela les aimer. Mais si on déteste certaines gens, c'est une appréciation personnelle et je ne vois rien à y redire.
Pour ce qui est de la littérature du mal, les gens qui connaissent déjà la distinction du bien et du mal ne la cherchent plus. Il est impossible de travailler avec eux quand on cherche le bien commun et fastidieux de les entendre s'ils récitent une leçon que je connais déjà car ils ne m'apprennent rien. A moins qu'ils n'appellent au secours, je les ai toujours écartés de ma route sans pour autant leur chercher noise, sauf pour les empêcher de s'ingérer dans les affaires des autres. La position du médecin qui soigne les uns comme les autres et du médecin militaire pendant la guerre, qui soigne les amis aussi bien que les ennemis de son pays, me parait un humanisme bien plus solide que celui de l'objecteur de conscience ou du foudre de guerre qui poursuit les forces du mal. Quant à Céline, c'est dans ses dernières œuvres que je le trouve le meilleur. Son style s'est assoupli et gratte moins sans perdre son génie d'évocation.