Quelle est cette figure de style ?

Entraide scolaire

1578 réponses · Page 33 / 79

il y a des rues, des maisons, des cloaques , où des familles , des familles entières, vivent pêle-mêle , hommes, femmes, jeunes filles , enfants , n'ayant pour lits, n'ayant pour couvertures, j'ai presque dit pour vêtements, que des monceaux infects et de chiffons en fermentation, ramassés fans la fange du coin des bornes, espèce de fumier des villes , où des créatures humaines s'enfouissent toutes vivantes pour échapper au froid de l'hiver."
Victor Hugo , Actes et paroles I , 1849-1851
Des énumérations, oui, assurément, tu as bien vu.
Doublées de gradations sans doute.
Métaphores.
Périphrase.
Louann a écrit :"[..]il y a des rues, des maisons, des cloaques , où des familles , des familles entières, vivent pêle-mêle , hommes, femmes, jeunes filles , enfants, n'ayant pour lits, n'ayant pour couvertures, j'ai presque dit pour vêtements, que des monceaux infects et de chiffons en fermentation, ramassés fans le fange du coin des bornes, espèce de fumier des villes, où des créatures humaines s'enfouissent toutes vivantes pour échapper au froid de l'hiver."
Victor Hugo , Actes et paroles I , 1849-1851

Et donc , je me suis dit dans ma tête , que dans cette phrase il y avait une figure de style suite au nombreuses virgules qui s'enchaînent de plus cette phrase insinue a la lire en insistant sur chaque mot ..Je ne sais pas vraiment comment décrire .. Mais je me demandais si il y avait bien une figure de style dedans , cela pourrait être une énumération mais cela me semble trop facile non ?
Il s'agit bien d'une énumération comprenant les champs lexicaux de l'architecture et de la famille (le mot est même employé). Elle n'était pas facile, elle était évidente, et tant mieux.
On a là une périphrase pour désigner les personnages.
Ici une métaphore de la fange, comme l'a signalée Gabiana.
Ensemble comme une à une, elles visent à souligner les conditions de vie misérables qui déshumanisent les personnages, quels que soient leurs âges et leurs sexes.
Bonsoir

Dans le journal l'Humanité du 18 juillet 1922, Anatole France écrivait: "On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels."

J'aimerais savoir s'il s'agit là d'une antithèse, d'une asyndète ou d'une épanorthose.

Merci d'avance pour votre réponse.

Cordialement et respectueusement.
Il y a en effet asyndète dans la mesure où les deux membres de la phrase ne sont pas reliés par un terme de relation (qui pourrait être "mais" ou "alors que" par exemple) ; cette figure permet en l'occurrence justement — et paradoxalement — de mettre en valeur le lien et l'opposition. Il y a aussi épanorthose dans la mesure où il y a correction, mais dans l'épanorthose c'est le narrateur lui-même qui se corrige alors qu'il s'agit plutôt ici d'un narrateur qui cherche à désabuser ses lecteurs.

Pour ma part dans cet énoncé je vois surtout un parallélisme marqué (sujet/Verbe/complément prépositionnel introduit par "pour") qui met bien en évidence la nuance entre les deux substantifs "patrie" et "industriels" les deux seules variantes importantes entre les deux membres de phrases. Je vois aussi un polyptote entre "mourir" et "meurt" qui crée l'insistance sur la notion et qui ajoute ainsi à la solennité et aux enjeux soulevés par l'aphorisme : n'est-il pas question après tout dans cette phrase du but de la vie ?
Bonsoir, je suis en pleine analyse du Sonneur de Mallarmé, et je bloque complètement sur les différentes figures de style du 1er tercet:

"Je suis cet homme. Hélas! de la nuit désireuse,
J'ai beau tirer le câble à sonner l'Idéal,
De froids péchés s'ébat un plumage féal,

Et la voix ne me vient que par bribes et creuse!
[…]"
Je ne trouve pas ce qu'est "nuit désireuse": ce n'est pas un oxymore, pas une antithèse, ce serait une "simple" métaphore?
Et le 3e vers me prait flou, je ne trouve pas ce que sont les froids péchés et le plumage féal..

auriez vous des pistes?

Merci beaucoup
Commenter du Mallarmé, ce n'est déjà d'ordinaire pas chose aisée ; mais alors sans le contexte, ça devient chose vaine.

"de la nuit désireuse" est complément du nom de "cet homme", lui-même étant anaphorique du "sonneur effleuré par l'oiseau". Ce dernier chevauche (il n'est pas précisé explicitement le COD de ce verbe, même si on peut supposer qu'il s'agit de l'oiseau) "cependant que la cloche éveille"

Il y a donc opposition entre l'éveil évoqué au premier vers et la nuit, évoquée dans ce premier tercet, ce qui n'a rien d'étonnant quand on sait que souvent le sizain final s'oppose — ou en tout cas répond — au huitain introducteur.

"Nuit désireuse" métaphore ? Assurément. Difficile pour autant d'en éclaircir davantage le sens.

Quant aux plumages, Mallarmé en raffole ; ils sont souvent le symbole de la blancheur immaculée. Dans ce vers, on frôle l'anacoluthe puisque la préposition "de" n'est pas la préposition ordinairement requise par le programme du verbe "s'ébattre" lorsque celui-ci introduit un COI.

Je suis tout sauf un spécialiste, cette question aurait sa place dans la rubrique "langue française". Je ne fais là que débroussailler, à l'intuition.
Stéphane MALLARME (1842-1898)


Le sonneur

Cependant que la cloche éveille sa voix claire
A l'air pur et limpide et profond du matin
Et passe sur l'enfant qui jette pour lui plaire
Un angelus parmi la lavande et le thym,

Le sonneur effleuré par l'oiseau qu'il éclaire,
Chevauchant tristement en geignant du latin
Sur la pierre qui tend la corde séculaire,
N'entend descendre à lui qu'un tintement lointain.

Je suis cet homme. Hélas ! de la nuit désireuse,
J'ai beau tirer le câble à sonner l'Idéal,
De froids péchés s'ébat un plumage féal,

Et la voix ne me vient que par bribes et creuse !
Mais, un jour, fatigué d'avoir enfin tiré,
Ô Satan, j'ôterai la pierre et me pendrai.
…………….de la nuit désireuse,
J'ai beau tirer le câble à sonner l'Idéal,


"de la nuit désireuse" : complément antéposé
Pour Mallarmé, plutôt que de chercher le sens, il convient de retrouver la vision du poète. Il joue ici sur l'association inventive de "nuit" et "désireuse", sorte de personnification. Il faut y ajouter l'effet de condensation et de concentration de sens avec le choix d'un adjectif ambigu, polysémique.
"Nuit désireuse" est une hypallage qui consiste à attribuer à un être ou une chose des qualités qui appartiennent à un autre. Ici elle produit un effet de personnification. J'y vois un complément de lieu, l'endroit où se situe le sonneur, la pénombre de l'église opposée à la lumière du sommet du clocher…
Le poème de Mallarmé est bâti sur une métaphore filée qui assimile le poète au sonneur de cloches.
Le poète y exprime sa déception. Ses tentatives pour rejoindre l'idéal sont trahies par le résultat obtenu.
Je suis cet homme. Hélas ! de la nuit désireuse,
J'ai beau tirer le câble à sonner l'Idéal,
De froids péchés s'ébat un plumage féal,

Et la voix ne me vient que par bribes et creuse !
Mais, un jour, fatigué d'avoir enfin tiré,
Ô Satan, j'ôterai la pierre et me pendrai.
Les deux tercets exploitent l'image exprimée avant, "le tintement lointain" de la cloche mise en branle plus haut dans la tour. Les sons qui parviennent au sonneur sont atténués et déformés. La cloche située en hauteur comme l'oiseau, d'où le "plumage" fidèle, ne délivre que de "froids péchés".
C'est au point que le sonneur imagine un jour remplacer la pierre qui assure la tension du cable… Le poète manifeste son désespoir de n'avoir pu produire un chant digne de son idéal….
Les deux tercets exploitent l'image exprimée avant, "le tintement lointain" de la cloche mise en branle plus haut dans la tour. Les sons qui parviennent au sonneur sont atténués et déformés. La cloche située en hauteur comme l'oiseau, d'où le "plumage" fidèle, ne délivre que de "froids péchés".
C'est au point que le sonneur imagine un jour remplacer la pierre qui assure la tension du cable… Le poète manifeste son désespoir de n'avoir pu produire un chant digne de son idéal….
Excellent, vraiment.
Ce poème demeure certes l'un des moins hermétiques de Mallarmé.
Et on y repère facilement l'analogie entre le sonneur et le poète, et le désespoir et l'impuissance qui font surgir le désir de suicide.

Quant à étudier le détail, les figures de style, et la signification du mot à mot…
On peut passer sa vie à écrire des milliers de pages sur la poésie de Mallarmé. Beaucoup l'ont fait.

Je comprends l'embarras de Henri B qui doit expliquer :
.
..Hélas ! de la nuit désireuse,
J'ai beau tirer le câble à sonner l'Idéal,
De froids péchés s'ébat un plumage féal,
La nuit désireuse : assurément, personnification. Hypallage, pourquoi pas, mais peut-on en être sûr ?
Ibant obscuri sola sub nocte est plus évocateur.

J'ai beau tirer le câble à sonner l'idéal…, passe encore, on imagine les efforts vains…
De la nuit désireuse.… j'ai déjà plus de mal.

Mais lorsque j'arrive à :
De froids péchés s'ébat un plumage féal
Ce vers paraît flou,


C'est peu de le dire.
Il est carrément incompréhensible, y compris sur le plan de la syntaxe.
Il est donc vain d'en chercher le sens.

C'est en général le cas de beaucoup de vers de Mallarmé.
Analyser le détail, on le voit, n'est pas la bonne méthode.
On s'y casse le nez.
Il faut peut-être s'attacher aux mots de prédilection de l'univers du poète, aux impressions ressenties…et supputer, si on en a envie.
Tout reste selon moi terriblement subjectif.

Il existe des spécialistes éminents de la poésie de Mallarmé.
Tu devrais sans doute t'y reporter, Henri B.
Oserai-je dire que leurs interprétations ne font pas toujours l'unanimité ?

Bon courage !
Et bien, vous êtes d'une efficacité et d'une rapidité redoutables!
Je vous remercie déjà pour vos réponses qui sont toutes pertinentes.

Gabiana, je suis on ne peut plus d'accord avec toi: analyser le détail n'est pas la bonne méthode, surtout que, comme tu l'as dit, ce poème se comprend assez vite dans son ensemble.
Seulement mon professeur est, lui, du genre hermétique: il impose sa méthode qui consiste à analyser plusieurs aspects dans un ordre précis, dont les figures de style, obligatoirement. Et bien sur je n'ai choisi ni le poète, ni le poème (et je ne vous parle pas de l'analyse psychanalytique que je suis sensée faire après!). De surcroit, il nous a déjà assuré que la personnification n'existait pas, qu'il s'agissait en fait de métaphores ou métonymies..C'est pourquoi je me suis retrouvée tout à fait contrarié par rapport à cette "nuit désireuse" tant le mot "personnification" me semblait approprié. 🙄

Bref, ce n'est pas le sujet. Merci encore pour vos avis, je vais m'orienter du côté de l'hypallage, cela me semble juste, et M. Le Chevalier, je trouve vos éclaircissements par rapport au plumage féal et au sens anaphorique de "cet homme" fort bien vus, merci à vous.

Si la discussion autour de cette analyse doit se poursuivre, dois-je la déplacer dans une autre partie du forum pour ne pas faire de hors-sujet?
et je ne vous parle pas de l'analyse psychanalytique que je suis sensée faire après!
Attention… censée.
De surcroît, il nous a déjà assuré que la personnification n'existait pas, qu'il s'agissait en fait de métaphores ou métonymies.
Eh bien, nous dirons que tu as affaire à quelqu'un de catégorique, et de sûr de lui dont tu es plus ou moins obligée de suivre les consignes.
A ce compte, on pourrait supprimer de notre vocabulaire beaucoup de mots savants et se contenter de celui d'image. Car à quoi bon une identification stérile ?
Si la discussion autour de cette analyse doit se poursuivre, dois-je la déplacer dans une autre partie du forum pour ne pas faire de hors-sujet?
Je ne saurais pour ma part le dire, mais un modérateur le signalera.
Laoshi a écrit :
et je ne vous parle pas de l'analyse psychanalytique que je suis sensée faire après!
Attention… censée.
Juste ciel! J'ai sacrément honte, et c'est pas la 1ere fois que je la fais celle là en plus.
Eh bien, nous dirons que tu as affaire à quelqu'un de catégorique, et de sûr de lui dont tu es plus ou moins obligée de suivre les consignes.
A ce compte, on pourrait supprimer de notre vocabulaire beaucoup de mots savants et se contenter de celui d'image. Car à quoi bon une identification stérile ?
Je suis d'accord sur tout, mais on ne va pas développer plus ici, ce n'est pas la place. 🙂

Merci encore pour les multiples renseignements en tout cas!
Bonjour!
J'aurais besoin d'aide pour identifier une figure de style: comment s'appelle le procédé lorsqu'un auteur parle du texte qu'il écrit, et qu'il emploie précisément les figures de style dont il parle?
Merci
Métatextualité ? Si c'est le mot que tu cherches, sache que ce n'est pas une figure de style.
Autotextualité ?
Bonjour !

Alors, je dois prochainement rédigé un commentaire, et il y a une figure de style qui m'échappe :
"la paix morte", soit la guerre, j'aurais tendance à dire qu'il s'agit d'un euphémisme… mais je n'en suis pas certain 🙂

Je suis en 1ère S.
Merci d'avance 🙂
Plutôt une personnification : la Paix vit, la Paix peut mourir.
Ronsard a mis une majuscule, comme à un nom de personne.

Et plus tu as senti combien nuit la Paix morte,
Et plus soigneusement la garde de mourir.
je suis d'accord c'est une personnification et aussi une périphrase si "la paix morte" désigne la guerre comme le dit Matthieu.bibsou ; c'est comme la planète bleue pour la terre ou la ville lumière pour paris.
D'accord, je pense avoir compris … Merci de vos aides ! 😀
Bonjour,

Je me suis demandé l'autre jour en tombant sur ce fameux vers de Racine: "Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon cœur." si on pouvait considérer qu'il y avait un épitrochasme, du fait de l'accumulation des mots courts. Autrement, je ne vois pas quelle(s) figure(s) de style comporte ce vers. (Peut-être n'en comporte-t-il pas d'ailleurs ? )