Quelle est cette figure de style ?

Entraide scolaire

1578 réponses · Page 24 / 79

Je l'ai moi-même découverte hier grâce à wikipédia ( https://fr.wikipedia.org/wiki/Hypozeuxe#Variante_:_l.27hypozeuxe) seulement n'étant pas familière avec cette figure, j'aurais vraiment aimé avoir l'avis d'un "experte en la matière" si j'ose dire !
En effet, je ne voudrais surtout pas avancer du "jargon rhétorique" sans le maitriser, au risque de passer pour une pédante !
je viens de tomber sur cette figure de style:
"O songe de mensonge"
Chiasme ou rimes intérieures?
Cela n'a absolument rien d'un chiasme… Aucun "croisement" d'un couple de termes ici.
Ce rapprochement de mots de sens différents comportant des sonorités voisines
s'appelle paronomase. Autres exemples :
Tu parles, Charles !
Qui vole un œuf vole un bœuf.
Bonsoir. J'ai une remarque concernant une phrase que j'ai relevée dans l'une des chroniques qui composent L'Été 80, un recueil de textes de Marguerite Duras :


« La tempête a été soudaine, le vent est arrivé comme d'une fabuleuse soufflerie, il n'a pas lâché prise pendant sept heures de rang, il a enlevé le chapiteau d'un manège, des caravanes, des bateaux de plaisance, un enfant, il n'a cassé aucun pétrolier d'Antifer. »


Sur un plan stylistique, que pensez-vous de cette phrase ? Quand Duras écrit : il [le vent] a enlevé le chapiteau d'un manège, des caravanes, des bateaux de plaisance, un enfant, de quel effet de style s'agit-il ?

NB : Cette écriture, que Duras appelle l’« écriture courante », est apparue chez l'écrivain à partir des années 80 et même avant (ses expérimentations cinématographiques y sont pour quelque chose : India Song, Le Camion) ; on la retrouve notamment dans L'Amant. Une écriture qui donne l'impression que Duras est en train de parler, qu'elle écrit comme elle parle.
C'est ce qu'on appelle une énumération
Il me semble que c'est une figure de style courante.
La place finale de "un enfant" n'est sûrement pas anodine.
Oui, mais ne trouves-tu pas étrange que le vent puisse enlever des caravanes, des bateaux de plaisance et un enfant ? C'est ce qui m'a gêné dans la phrase (je trouve cela excessif).

Remarque : La question ayant déjà été soulevée par un autre membre, je vois toujours qu'il est impossible de modifier nos anciens messages dès qu'un membre a répondu (alors que les modérateurs ont toujours la possibilité de le faire).
Pour répondre à ta remarque, je pense que c'est pour empêcher certains élèves de blanchir leurs messages après que d'autres ont répondu à leurs questions. Mais c'est vrai que ce n'est pas pratique quand on veut corriger une coquille par exemple…
Oui, mais ne trouves-tu pas étrange que le vent puisse enlever des caravanes, des bateaux de plaisance et un enfant ? C'est ce qui m'a gêné dans la phrase (je trouve cela excessif).
Alors, disons que c'est une énumération hyperbolique…
Ou une hyperbole énumérative, comme tu préfères ! 😉
Oui, mais ne trouves-tu pas étrange que le vent puisse enlever des caravanes, des bateaux de plaisance et un enfant ?
Je ne trouve pas cela étrange du tout : j'ai vécu le cyclone Hugo, des vents de 300 km/h. Ce cyclone a arraché les toits, les arbres, les poteaux électriques, il a renversé des voitures et les a encastrées dans des murs. Il aurait pu enlever les enfants et les adultes assez imprudents pour sortir…
En 1928, un autre cyclone avait posé un voilier en pleine ville.


Bien entendu, la chose est plus rare en Normandie, mais la France a connu aussi de ravageuses tempêtes.
Surtout que Duras, me semble-t-il, a écrit ces chroniques lorsqu'elle était à Trouville, lors de l'été 1980 à la demande de Serge July (alors directeur de la publication de Libération). Et je ne pense pas qu'à cette époque une tempête (ou un tsunami !) se soit abattue sur Trouville… Je ne saisis pas vraiment le sens de la phrase de Duras (est-ce de l'emphase ? Doit-on y voir une sorte d'hyperbole ?).

Qu'en pensez-vous ?

EDIT : Je viens de lire la réponse de Jehan. N'empêche que cet enfant "enlevé" par le vent a dû marquer Duras (s'il n'est pas le fruit de son imagination), puisque la gradation est croissante (chapiteau d'un manège, caravanes, bateaux de plaisance, enfant).
Dans le texte, c'est "un enfant"…
Surtout que Duras, me semble-t-il, a écrit ces chroniques lorsqu'elle était à Trouville, lors de l'été 1980 à la demande de Serge July (alors directeur de la publication de Libération). Et je ne pense pas qu'à cette époque une tempête (ou un tsunami !) se soit abattue sur Trouville
Pas sur Trouville, mais sur la Guadeloupe : le cyclone Allen nous a rendu visite.

Disons que Duras transpose d'une rive à l'autre de l'Atlantique, et importe en Normandie les dégâts antillais. Le port de Basse-Terre ne s'est jamais remis de la destruction de ses installations.
Jehan a écrit :Dans le texte, c'est "un enfant"…
Merci Jehan, je viens de rectifier. 😉 J'étais tellement à fond dans l'idée de l'enfant, de l'importance de cet enfant que mon imagination a fini par me jouer des tours…

Sinon, Duras parle des pétroliers d'Antifer. Il s'agit donc du port du Havre Antifer. Qu'est-ce qui te laisse penser, Delia, qu'il s'agit ici de la Guadeloupe (l'imagination de Duras) ?
Je ne dis pas qu'il s'agit de la Guadeloupe.

Les archives de météo-France signalent des tempêtes en 1979, et en 1981, mais pas en 1980.
Mais en août 1980, il y eut le passage du cyclone Allen.

Duras a pu procéder à une transposition :
situer en Normandie des dégâts qui se sont produits en 1980, mais ailleurs,
ou
situer en 1980 des dégâts qui se sont produits en Normandie, mais en 1979.

Ou transposer en Normandie le souvenir d'un (ou plusieurs) typhons vécus en Indochine.

Ou encore tout inventer. Elle était romancière, non ?
Quelques pages après la phrase citée, Duras écrit : « Elle lui dit de bien regarder, ce soir, les étoiles, la mer, la ville là-bas, tous ces bateaux de pêche, ces bruits, écoute, que c'est l'été de ses six ans. Et ils marchent vers la mer, jusqu'à disparaître dans les sables, jusqu'à l'épouvante. »

Encore une fois, je ne saisis pas vraiment le sens de ce jusqu'à l'épouvante dans cette phrase, surtout qu'il n'y a pas d'indices ni avant ni après cet extrait.

Une interprétation ?

Personne ?
D'après Google, la phrase d'origine serait plutôt "jusqu'à l'épouvante des gens qui les suivent des yeux".
Source (d'après un mémoire où Marguerite Duras est citée) : https://books.google.fr/books?id=SIZcAAAAMAAJ&q=Et+ils+marchent+vers+la+mer,+jusqu'%C3%A0+dispara%C3%AEtre+dans+les+sables,+jusqu'%C3%A0+l'%C3%A9pouvante+des+gens&dq=Et+ils+marchent+vers+la+mer,+jusqu'%C3%A0+dispara%C3%AEtre+dans+les+sables,+jusqu'%C3%A0+l'%C3%A9pouvante+des+gens&hl=fr&sa=X&ei=iWTIT9P4A6bF0QWS55HdAQ&ved=0CDsQ6AEwAQ.
"ils ne voient dans tout cela que la chute verticale d'un couteau triangulaire " dernier jour d'un condamné

je ne comprends pas comment cette phrase contient une allégorie. est ce qu'il y a une personne qui peut me donner des explications ?

merci
Il faudrait tailler la citation plus large, mais je vous rassure : il n'y a ici aucune allégorie.
voilà le texte:
-Puisque j'ai le moyen d'écrire, pourquoi ne le ferais-je pas? Mais quoi écrire? Pris entre quatre murailles de pierre nue et froide, (…) seul à seul avec une idée, une idée de crime et de châtiment, de meurtre et de mort! Est-ce que je puis avoir quelque chose à dire, moi qui n'ai plus rien à faire dans ce monde? Et que trouverai-je dans ce cerveau flétri et vide qui vaille la peine d'être écrit? Pourquoi non? Si tout, autour de moi, est monotone et décoloré, n'y a-t-il pas en moi une tempête, une lutte, une tragédie ? Cette idée fixe qui me possède ne se présente-t-elle pas à moi à chaque heure, à chaque instant,sous une nouvelle forme, toujours plus hideuse et plus ensanglantée à mesure que le terme approche Pourquoi n'essaierais-je pas de me dire à moi-même tout ce que j'éprouve de violent et d'inconnu dans la situation abandonnée où me voilà? Certes, la matière est riche; et, si abrégée que soit ma vie, il y aura bien encore dans les angoisses, dans les terreurs, dans les tortures qui la rempliront, de cette heure à la dernière, de quoi user cette plume et tarir cet encrier. - D'ailleurs, ces angoisses, le seul moyen d'en moins souffrir, c'est de les observer, et les peindre m'en distraira. Et puis, ce que j'écrirai ainsi ne sera peut-être pas inutile. Ce journal de mes souffrances, heure par heure, minute par minute, supplice par supplice, si j'ai la frce de le mener jusqu'au moment où il me sera physiquement impossible de continuer, cette histoire, nécessairement inachevée, mais aussi complète que possible, de mes sensations, ne portera-t-elle point avec elle un grand et profond enseignement? N'y aura-t-il pas dans ce procès-verbal de la pensée agonisante, dans cette progression toujours croissante de douleurs, dans cette espèce d'autopsie intellectuelle d'un condamné, plus d'une leçon pour ceux qui condamnent? Peut-être cette lecture leur rendra-t-elle la main moins légère, quand il s'agira quelque autre fois de jeter une tête qui pense, une tête d'homme, dans ce qu'ils appellent la balance de la justice? Peut-être n'ont-ils jamais réfléchi, les malheureux, à cette lente succession de tortures que renferme la formule expéditive d'un arrêt de mort? Se sont-ils jamais seulement arrêtés à cette idée poignante que dans l'homme qu'ils retranchent il y a une intelligence; une intelligence qui avait compté sur la vie, une âme qui ne s'est point disposée pour la mort? Non. Ils ne voient dans tout cela que la chute verticale d'un couteau triangulaire, et pensent sans doute que pour le condamné il n'y a rien avant, rien après. Ces feuilles les détromperont. Publiées peut-être un jour, elles arrêteront quelques moments leur esprit sur les souffrances de l'esprit; car ce sont celles-là qu'ils ne soupçonnent pas. Ils sont triomphants de pouvoir tuer sans presque faire souffrir le corps. Hé! C'est bien de cela qu'il s'agit! Qu'est-ce que la douleur physique près de la douleur morale! Horreur et pitié, des lois faites ainsi! Un jour viendra, et peut-être ces Mémoires, derniers confidents d'un misérable, y auront-ils contribué… À moins qu'après ma mort le vent ne joue dans le préau avec ces morceaux de papier souillés de boue, ou qu'ils n'aillent pourrir à la pluie, collés en étoiles à la vitre cassée d'un guichetier.

Extrait de « Le Dernier jour d'un condamné » de Victor Hugo.
oui mais ici on concrétise l'idée de la mort en faisant référence à la guillotine. il y a aussi une métaphore (la guillotine qui est comparée à un couteau triangulaire)…
Ce n'est pas une métaphore, mais une description exacte : une guillotine, c'est deux montants le long desquels coulisse un couteau triangulaire.
On peut voir ici une synecdoque, le déroulement de l'exécution résumé par sa phase essentielle, la chute du couperet.i