Adjectif et participe passé

Langue française

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,

J'aimerais savoir. Dans cette phrase "Martine est frappée par son frère" ou encore "Il est fatigué par sa maladie" ces deux phrases ont une connotation passive. Cependant, est-ce qu'on peut dire que le participe passé est employé en tant qu'adjectif ? Comment reconnaître un participe employé adjectivement ? Certaines personnes me disent que lorsqu'il y a un complément d'agent, le participe n'est pas employé comme adjectif. Cependant je doute. Si dans la phrase "il est fatigué" est un participe employé adjectivement pour moi dans "il est fatigué par sa maladie" est aussi un participe employé adjectivement. Il en est de même pour "sa chemise est déchirée" et "sa chemise est déchirée par le vent". Qu'en pensez-vous ? Merci.
Bonjour Monkey,

Le participe est le mode adjectival du verbe comme l'infinitif est son mode nominal.
Les participes que tu cites ne sont pas des "connotations" passives, ils sont des expressions de la voix passive.
La différence entre participe et adjectif verbal n'a, à mon sens, d'intérêt que pour le temps présent car il peut déboucher sur des variations orthographiques.
Par ex. : un enfant négligent, mais un enfant négligeant ses devoirs…
L'expression du complément d'agent place assurément l'expression verbale comme un participe passé déclaré.

Si Edy passe par là, il t'indiquera sûrement des nuances que j'ai pu oublier. On gagne beaucoup à fréquenter Edy.
Bonsoir,

La question est intéressante, même si la distinction à l’intérieur du participe passé ne débouche pas sur des applications orthographiques. Je sors l’artillerie (= mes grammaires).

Comme dit Jean-Luc, il en va autrement pour le participe présent :
* Un argument non / peu convaincant. (Adjectif verbal ; épithète ; adverbe de degré)
* Un argument ne convainquant personne. (Participe présent ; COD)
On notera que l’expression « adjectif verbal » ne s’applique qu’au participe présent adjectival.
LE PARTICIPE PASSE POSSEDE DEUX STATUTS :
1 CELUI DE CONSTITUANT DU VERBE (forme verbale)
a) à la VOIX ACTIVE avec l’auxiliaire avoir ou être, selon le verbe ;
* Le premier homme qui est MORT a DÛ être drôlement surpris. (Wolinski)

b) à la VOIX PASSIVE et à la FORME PRONOMINALE, avec l’auxiliaire être.
* … être drôlement SURPRIS.
* L’au-delà, je n’ai pas d’opinion là-dessus, m’étant plutôt SPECIALISÉ dans l’en-deça. (Tristan Bernard)

2 CELUI D’ADJECTIF (forme adjectivale)
Sa FONCTION peut être l’une des suivantes : épithète à valeur de proposition relative, épithète détachée à valeur de proposition circonstancielle , attribut du sujet ou du COD, soit dans le même ordre :
* Un texte TRADUIT est un clair de lune EMPAILLÉ. (Cocteau)
* PRISE avec modération, l’eau ne peut nuire à la santé. (Twain)
* Le motif de ma requête en divorce : je suis MARIÉE. (Anonyme)
* On est gauche quand on a le bras droit CASSÉ. (Anonyme)
J’EN VIENS AU SUJET, sans quoi vous ne saurez plus quelle était la question.

1 Martine est frappée par son frère. Il est fatigué par sa maladie.
Il n’y a pas de connotation passive, il s’agit bel et bien de la VOIX PASSIVE.
LA PREUVE : la présence de l’auxiliaire être ET du complément d’agent du verbe passif (avec par).

2 LE PARTICIPE PASSE EMPLOYE ADJECTIVEMENT SE RECONNAIT A DIVERS CRITERES :
a) l’absence d’AUXILIAIRE ;
* Soldats TOMBÉS à Fontenoy, sachez que vous n’êtes pas tombés dans l’oreille d’un sourd. (Jacques Prévert)

b) l’emploi d’une NEGATION autre que celle du verbe ;
* Péché non AVOUÉ est déjà recommencé. → Péché qui n’est pas avoué…

c) la possibilité d’avoir des DEGRES D’INTENSITE ;
* Un texte traduit [pas de degré possible] est un clair de lune PLUS empaillé qu’il ne paraît.
* Don Juan est un touriste SINGULIEREMENT PRESSÉ.

d) la possibilité d’être EFFACÉ, comme expansion (facultative, par définition) du noyau nominal (avec lequel il forme un groupe ou syntagme nominal) ;
* Un texte est un clair de lune. (La phrase reste grammaticalement correcte.)

e) comme épithète, il peut, théoriquement, précéder ou suivre le nom, mais l’usage montre que la forme participe est toujours en POSTPOSITION (donc critère irrecevable) ;
* Don Juan est un touriste PRESSÉ. (Donnay)
* A côté des cocus honteux, il y a les cocus EMERVEILLÉS. (Etienne Rey)

f) la possibilité d’avoir une EXPANSION (d’adjectif) ;
* Ce ne sont pas les cœurs purs qui évitent l’averse, mais les gens MUNIS de parapluies. (Anatole France)
Exemple pas convaincant, puisque justement le verbe munir (et donc son participe adjectival) ne peut pas se passer d’expansion. Tâchons de faire mieux !
* Don Juan est un touriste PRESSÉ sous l’angle des rapports et sous le rapport de l’angle d’incidence que vous devinez…

g) la possibilité d’être PREFIXÉS comme des adjectifs ;
* Il est connu (de connaître) / inconnu (inconnaître n’existe pas).

h) l’expression d’une QUALITE ou d’un ETAT de l’objet désigné.

REMARQUE
Certains participes ont acquis une valeur TELLEMENT ADJECTIVALE que :
- les dictionnaires leur donnent une entrée distincte de celle du verbe dont ils sont dérivés ;
- ils peuvent acquérir des significations distinctes : un conseiller avisé, des cheveux frisés ;
- ils ont perdu leur valeur temporelle au point de pouvoir être remplacés par des adjectifs qualificatifs :
* Un visage coloré → Un visage rouge, vermeil, etc.
LE PARTICIPE PASSE A-T-IL UNE VALEUR PASSIVE ?
1. SUREMENT LORSQU’IL A UN COMPLEMENT D’AGENT.
* Le Titanic a été construit PAR des professionnels, et l’arche de Noé PAR un amateur.
* Je suis possédé DU (= de le) percepteur. (Devos)

MEME DANS SA FORME ADJECTIVALE :
* Un mélodrame n’est souvent qu’un drame vu PAR un confrère. (De Flers)
On va jusqu’à préciser (Riegel) qu’il joue le rôle de verbe par rapport à son complément d’agent et d’adjectif / épithète par rapport au nom dont il est l’expansion. Double valeur !

2 EN L’ABSENCE DE COMPLEMENT D’AGENT :

a) LA FORME VERBALE n’a de sens passif que lorsqu’elle peut être transformée en une tournure active :
* Quand on ne travaillera plus les lendemains des jours de repos, la fatigue sera vaincue. (Dac)
→ … on aura vaincu la fatigue.
Ce qui exclut les énoncés dans lesquels le verbe auxilié avec être ne peut pas être ainsi transformé :
* Le bonheur est la somme de tous les malheurs qui ne nous sont pas arrivés. (Achard)
* Cet homme est devenu un centenaire confirmé en commençant très tôt.
On a également fait observer que, lorsque le participe énonce une qualité, il est plutôt un atrribut qu’un élément de voix passive :
* Je ne suis plus vierge, mais je suis décoiffée ; c’est plus grave. (Géraldy. Eh ! oui…)
On peut d’ailleurs remplacer la copule (c'est bien l'occasion de parler ainsi) par un autre verbe d’état : → …mais je parais décoiffée.
Ou lui donner un adverbe de degré en expansion : → …mais je suis très décoiffée.
Ce qui n’est pas possible avec un verbe : → ° l’arche de Noé a été très construite par un amateur.

b) LA FORME ADJECTIVALE a, en principe, UN SENS PASSIF.
* Une vierge décoiffée. → …qui a été décoiffée par….
Mais ce n’est PAS VRAI pour les verbes intransitifs auxiliés avec être :
* Un homme mort. → Un homme qui est mort. (Auxiliaire être propre au verbe.)
→ ° qui est mort par…
* Qui est mort par asphyxie / d’amour. Ce sont des CC de cause.

Elle peut aussi avoir :
- une valeur active : un homme réfléchi (= qui a réfléchi, qui réfléchit par habitude),
- une valeur pronominale : une jeunesse endormie /évanouie / enfuie (= qui s’est endormie / évanouie / enfuie),
- une valeur circonstancielle : une place assise (= où l’on peut s’asseoir).

Bonne nuit !
Amicalement vôtre,
Edy
Bonsoir Edy,

J'avais bien raison : Votre fréquentation est source de progrès.
Moi qui ai osé parler de "nuances", alors que vous nous brossez un véritable tableau !

Pour me racheter, je vous donnerai une définition personnelle pas très grammaticale ni orthodoxe du complément d'agent : ce sera donc "procés-verbal" devant lequel d'ailleurs vous avez tout intérêt à rester "passif".
Bonsoir, Jean-Luc !

Je suis sûr que, en plus d'Alphonse Allais, vous avez aimé Raymond Devos et que vous avez en mémoire pas mal des jeux de mots qu'il nous a offerts.

Personnellement, je me suis beaucoup inspiré de son livre "Matière à rire", édité en 1991, pour ce projet de grammaire qui n'a jamais vu le jour.

J'ai même obtenu de lui l'autorisation écrite de le citer. Par la même occasion, j'ai un autographe…

Ceci me rappelle qu'à une dame qui lui en demandait un, Sacha Guitry a répondu par écrit :
* Madame, je ne donne jamais d'autographe.
Signé Sacha Guitry.

Bonne nuit !
Amicalement,
Edy
Cher Monkey, c'est sur ce forum que vous avez eu la réponse la plus satisfaisante ? 😉
Non seulement votre hypertexte est introuvable, mais en plus votre français ressemble furieusement à de l'anglais… J'ai eu beau mettre mes lunettes, pas le moindre petit morceau de participe passé à se mettre sous la plume !


Veuillez m'excuser Edy, on va croire que vous répondez à Orientale ou que vous parlez tout seul. Il n'en est rien : ringt0nes vient faire régulièrement un peu de publicité pour un site culturel qui n'existe plus ! =D
Bonjour, Orientale !

C'est vrai que, le message en anglais ayant disparu, ma réponse a l'air farfelue. Heureusement, vous êtes là pour l'honneur !

Quant à faire régulièrement de la pub pour un site qui n'existe plus… C'est vraiment pédaler dans la semoule ! Où sont les Shadoks ? Au secours !
Webmestre a écrit :ringt0nes vient faire régulièrement un peu de publicité pour un site culturel qui n'existe plus ! =D
Pourquoi "un site culturel qui n'existe plus" ? me demandé-je
C'était manifestement un site qui parlait de sonneries pour téléphones mobiles !
Doit-on écrire "la question s'est posée à moi" ou alors "s'est posé à moi"
Merci

L'envoi initial est incorrect. Voici mon interrogation:
Doit-on écrire "s'est posée à moi la question de…" ou bien "s'est posé à moi…"
Merci encore
Bonsoir, Omar !

* La question s'est posée à moi.
Verbe pronominal : se poser.
Valeur passive : la question a été posée.
Donc, accord avec le sujet "la question".

Cela reste vrai même si vous faites l'inversion du sujet et du verbe.
* S'est posée à moi la question…
Considère-t-on qu'une phrase comprenant des participes passés adjectivaux a valeur de proposition relative comme dans la phrase si dessous :
Une population naît alors, animée par la même foi chrétienne et regroupée sous l'autorité d'un seul roi.
forme autant de propositions qu'il y a de participes passés? En gros ici, y aurait-il 3 propositions?ou une seule?
Pour moi, il y a une seule proposition

animée par la même foi chrétienne et regroupée sous l'autorité d'un seul roi est une épithète détachée coordonnée qui s'analyserait ainsi :
1re épithète : le groupe adjectival animée par la même foi chrétienne, avec pour noyau le participe passé à valeur d'adjectif animé et pour complément par la même foi chrétienne
2e épithète : le groupe adjectival regroupée sous l'autorité d'un seul roi, avec pour noyau le participe passé à valeur d'adjectif regroupée et pour complément sous l'autorité d'un seul roi

Mais j'avoue que cette analyse très structrurale occulte la valeur verbale des participes passés
Bonsoir !

Si l'on met à part les phrases averbales et elliptiques, il y a, dans une phrase complexe, autant de propositions qu'il y a de verbes conjugués.

Les participes passés employés adjectivement ne sont pas une forme conjuguée : ils sont une des formes adjectivales du verbe.
Ils n'interviennent donc pas dans le calcul du nombre de propositions (sauf évidemment s'ils font partie du verbe conjugué : j'ai voté, je suis parti).

Exemple :
* Quand un philosophe vous REPOND,
on FINIT par oublier ce
qu'on lui AVAIT DEMANDE. (Gide)

Respectivement :
- une subordonnée circonstancielle,
- une principale,
- une subordonnée relative.
Bonsoir,

Je vois qu'on côtoie des experts ici (bonsoir Edy), j'en profite donc pour poser quelques questions qui me taraudent, à propos de ce fameux participe passé adjectivé.

Ma question est la suivante (à peu près similaire à celle d'annju) : est-ce qu'un participe passé adjectivé peut être le noyau verbal d'une proposition?

Vous répondez que non, mais pour le Bescherelle, dans la phrase "La décision prise par les officiers fut écoutée", il y a bien une proposition participiale à valeur de relative (→ "la décision qui fut prise…"). Un autre exemple est : "Son repas à peine terminé, il partit.". Là encore le Bescherelle voit une proposition participiale, à valeur de complément circonstanciel de temps cette fois. Or dans ces deux cas, le participe passé semble pourtant bien adjectif non? Alors qu'en penser?

Dans l'exemple d'annju ne pourrait-on pas considérer qu'on a deux participiales, formées autour de "animée" et "regroupée"? Car en effet cette phrase est équivalente de "une population naît alors, "qui est animée… et qui est regroupée…). Or on a pourtant bien un participe passé à valeur adjectivale non?

Merci de votre temps
Bonsoir !

* Une population naît alors, ANIMÉE par la même foi chrétienne et REGROUPÉE sous l'autorité d'un seul roi.

Voilà encore un domaine où les grammairiens ne sont pas totalement d’accord.

Je reprends la définition de GREVISSE (n°1055) : « Nous appelons PROPOSITIONS les membres de phrase qui contiennent un verbe À UN MODE CONJUGUÉ et qui servent de sujet ou de complément. »

Les modes (n°737) « se divisent en modes PERSONNELS et en modes impersonnels, selon que le verbe varie ou non d’après la personne grammaticale. »

Sous le n°738 : « Les modes PERSONNELS OU CONJUGUÉS : le verbe varie selon la personne grammaticale et sert de prédicat. »

Parmi les modes IMPERSONNELS OU NON CONJUGUÉS (ibidem), on trouve :
1 L’INFINITIF ayant les fonctions du NOM (Braconner n’est pas voler),
2 LE PARTICIPE PRÉSENT ADJECTIVAL (On demande un employé PARLANT l’anglais),
3 LE PARTICIPE PASSÉ ADJECTIVAL (Un homme AVERTI en vaut deux),
4 LE GÉRONDIF ADVERBIAL (C’est EN FORGEANT qu’on devient forgeron).

OBSERVATIONS (la question posée ne sera abordée que sous 3) :

1 L’INFINITIF (n°872) est le PRÉDICAT d’une proposition dans :
- l’interrogation indirecte (Il ne sait à qui S’ADRESSER),
- la relative (Aucun objet sur qui POSER mes yeux),
- la PROPOSITION INFINITIVE, celle qui a un sujet différent (J’entends LES OISEAUX CHANTER).

2 LE PARTICIPE PRÉSENT (n°888) est VERBAL (invariable) lorsque :
- il a un complément (Deux servants, LÂCHANT leurs culasses. Farrère),
- il est précédé de la négation NE (Nous allions, NE songeant à rien),
- il est SUIVI d’un adverbe (Clarté fuyant TOUJOURS… Musset),
- il fait partie d’un verbe pronominal (…syllabes sourdes ou sonores SE CORRESPONDANT. Fromentin),
- il se trouve dans une proposition PARTICIPIALE (Les circonstances AIDANT, nous réussirons).

À L’INVERSE, IL EST UN ADJECTIF (variable) lorsque :
- il est ATTRIBUT (La terre était RIANTE. Vigny),
- il est PRÉCÉDÉ d’un adverbe (Tous les hommes BIEN PENSANTS. Académie).

3 LE PARTICIPE PASSÉ (n°889) est VERBAL lorsqu’il fait partie d’une forme conjuguée. (Il répond à des règles spéciales d'accord.)
* J’ai COMPRIS. Ils sont PARTIS. Quand j’ai eu FINI. Le coupable sera PUNI.

À L’INVERSE, c’est UN ADJECTIF, dont la fonction, comme pour tout adjectif, est d’être :
- soit ÉPITHÈTE (Un navire ÉCHOUÉ),
- soit ÉPITHÈTE DÉTACHÉE (Échoué, le navire…)
- soit ATTRIBUT (Je reste ÉTONNÉ par votre obstination),
- notamment dans une proposition PARTICIPIALE (Son travail [étant] TERMINÉ, il est sorti).

CONCLUSION PROVISOIRE
* Une population naît alors, ANIMÉE par la même foi chrétienne et REGROUPÉE sous l'autorité d'un seul roi.

1 Je n’y vois QU’UNE SEULE PHRASE, une phrase ou proposition INDÉPENDANTE.
En effet, en l’absence de proposition subordonnée (relative, conjonctive, circonstancielle), elle n’est pas une proposition principale.

2 Les deux participes passés n’y changent rien : puisqu’ils NE FONT PAS partie d’une forme conjuguée, ils ont une VALEUR ADJECTIVALE. (En position détachée ou apposée.)

Qu’ils puissent être transformés en propositions RELATIVES n’y change rien non plus : tout adjectif peut AUSSI être transformé de cette manière.
* Une voiture rapide. → Une voiture QUI est rapide.
* Une voiture pétaradante. → Une voiture QUI pétarade.
* Une voiture incendiée. → Une voiture QUI est / a été incendiée.

Loupyestu ne s’y est pas trompé : il parle de deux GROUPES ADJECTIVAUX ayant chacun un complément.
Je le dis autrement : NOYAUX ADJECTIVAUX de deux expansions nominales ET NOYAUX APPOSÉS au sujet.
(Noyaux adjectivaux + expansions = syntagmes adjectivaux.)

DERNIÈRES OBSERVATIONS
1 BESCHERELLE parle effectivement de proposition participiale, à propos du participe passé. Il énonce avec raison une PROPOSITION PARTICIPIALE (caractérisée par l’existence d’un sujet distinct) :
* SON REPAS à peine TERMINÉ, IL sortit.

Mais je ne peux pas être accord lorsqu’il voit une PROPOSITION SUBORDONNÉE dans :
* La décision, PRISE À CETTE ÉPOQUE PAR LE TRIBUNAL, ne fut jamais remise en cause.
Il importe peu, je l’ai dit, qu’elle puisse être transformée en proposition relative :
→ La décision, QUI A ÉTÉ PRISE à cette époque par le tribunal, …
On ne peut pas faire une analyse syntaxique en se servant d’équivalences sémantiques.

2 La grammaire LE ROBERT ET NATHAN dit en substance : employé COMME ADJECTIF, le participe passé peut occuper toutes les fonctions DE L’ADJECTIF QUALIFICATIF et être NOTAMMENT APPOSÉ.
* Il s’arrêta, ÉPUISÉ, et s’assit.

3 RIEGEL (p. 343) dit en substance :
a- Le participe passé peut constituer le CENTRE du groupe verbal d’une proposition subordonnée PARTICIPIALE.
* Le spectacle TERMINÉ, les comédiens saluent le public.
Riegel y voit un NOYAU VERBAL, alors que Grevisse y voit un ADJECTIF. PEU IMPORTE, ce n’est pas de cela qu’il s’agit.

b- SANS AUXILIAIRE, le participe passé joue LE RÔLE D’UN ADJECTIF QUALIFICATIF et correspond à une relative.
* Des manifestant VENUS de tout le pays. (= qui sont venus)
* Les candidats ADMIS. (= qui sont admis)
Le participe passé à valeur ADJECTIVALE peut, entre autres, être APPOSÉ.
* Gavroche, FUSILLÉ, taquinait la fusillade. (Hugo)

Une PRÉCISION IMPORTANTE : lorsqu’il a DES COMPLÉMENTS, le participe passé joue :
- le rôle D’UN VERBE par rapport à ses COMPLÉMENTS
- ET le rôle D’UN ADJECTIF par rapport au NOM.
* La décision, PRISE À CETTE ÉPOQUE PAR LE TRIBUNAL, ne fut jamais remise en cause.
→ VERBE par rapport aux deux compléments (CC et agent) ;
→ ADJECTIF détaché ou apposé par rapport au nom sujet.
Cette réflexion intelligente donne raison AUX DEUX PARTIES.
→ La décision PRISE PAR les officiers fut écoutée.

4 WAGNER ET PINCHON (n°363) disent en substance :
Les emplois du participe comme ADJECTIF. Le participe se rapporte, comme un ADJECTIF, à un terme de la phrase. Il assume les diverses fonctions DE L’ADJECTIF, notamment la POSITION DÉTACHÉE.
* L’empereur, DÉSESPÉRÉ, poussa dans l’ombre un cri d’horreur, BAISSANT les yeux, DRESSANT ses mains épouvantées. (Hugo)
* Et tour à tour CONSOLANTE et CONSOLÉE, elle donnait et recevait la parole de vie sur la couche de la mort. (Chateaubriand)
Observez que les participes passés n’ont pas de complément.

5 CHEVALIER ET CONSORTS (Larousse) disent en substance :
Lorsque le participe passé n’exprime plus que L’ÉTAT, EN DEHORS DE TOUT INDICE TEMPOREL, il se confond avec un VÉRITABLE ADJECTIF.
* Des rideaux de perse FLEURIE, MONTÉS sur flèche à l’ancienne mode, abritaient les deux lits, largement SÉPARÉS. (Colette)

CONCLUSION FINALE
* Une population naît alors, ANIMÉE par la même foi chrétienne et REGROUPÉE sous l'autorité d'un seul roi.

Il est raisonnable de considérer que les participes passés :
- sont employés comme ADJECTIFS À L’ÉGARD DU SUJET « une population » et, plus précisément, comme ADJECTIFS APPOSÉS OU DÉTACHÉS du sujet ;
- constituent un NOYAU VERBAL À L’ÉGARD DE LEURS COMPLÉMENTS RESPECTIFS.

Mais il me paraît quand même plus simple d’y voir des ADJECTIFS APPOSÉS, des adjectifs qui sont les NOYAUX DE DEUX GROUPES ADJECTIVAUX.

Dans les deux analyses, ce sont des appositions.
La seule DIFFÉRENCE est d’en faire :
- soit des noyaux VERBAUX à l’égard de leurs compléments ;
- soit des noyaux ADJECTIVAUX à l’égard de leurs compléments.

Je pense pouvoir maintenir qu'il y a là qu'une seule proposition.

Sauf meilleur avis, il n’y a pas matière à déterrer la hache de guerre…

* Il y a autant de grammaires que de grammairiens, ET MÊME DAVANTAGE. (Érasme)
Bonsoir,

Grand merci pour cette réponse très complète (et documentée qui plus est), c'est vraiment très apprécié, d'autant plus que j'ai toujours plutôt ramé sur le sujet..
De plus vous m'avez éclairci sur d'autres sujets par la même occasion, quelle efficacité!
Mais il y a encore une petite chose qui me tracasse comme dirait Colombo:

Vous êtes d'accord pour considérer que dans la phrase "Son repas terminé, il sortit", "son repas terminé" est une subordonnée participiale.
Moi ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi l'on considère que c'est donc plutôt une proposition dans ce cas et dans le cas de, par exemple, "Animée par tout un groupe, une population naît", c'est plutôt un adjectif et son expansion (c'est l'analyse que vous mettez en avant, au-delà de la double valeur). Est-ce dû au fait que le participe passé adjectif porte dans ce cas sur le sujet et dans l'autre non?

Et enfin une dernière question: considère-t-on qu'il y a un passif dans cette phrase? (Animée par tout un groupe, une population naît). C'est également ça qui me semble paradoxal et qui doit faire s'entrechoquer mes neurones: je ne comprends pas comment on peut parler de voix passive alors qu'il n'y a pas de proposition "100% proposition" puisque dans ce cas vous y référez plutôt comme un adjectif et son expansion.

Pour résumer j'ai les plus grandes difficultés à cerner cette frontière entre la considération du participe passé adjectivé comme simple adjectif et comme noyau verbal d'une proposition participiale comme c'est le cas dans "Son repas terminé, il sortit" (ici on semble clairement opter pour l'option subordonnée et non adjectif + expansion).

Je sais que j'ai dû me répéter quelque peu mais ce sont vraiment des choses qui n'arrivent pas à rentrer.. Si vous estimez que toutes les réponses sont déjà dans votre commentaire précédent n'hésitez pas à me rediriger!

Encore merci et à bientôt
Bonjour,

Je viens de voir ce site alors que je fais des recherches sur internet en grammaire française afin de constituer un cours.

Mon niveau n'étant pas des plus satisfaisant, j'essaye de rattraper mes lacunes scolaires en voltigeant du Bescherelle au Bled en passant par Wikipédia et autres sites de grammaires.

J'essaye donc de rassembler un peu tout pour essayer de comprendre des aspects qui sont très emmêlés dans ma tête.

L'un de ces aspects est le participe passé comme adjectif :
Comment différencie t-on l'un de l'autre dans ce cas ?

"Les cheveux sont frisés. "

"frisés est-il adjectif ou participe passé ?

Merci
Bonsoir !

* Les cheveux sont frisés.

Il s'agit du verbe friser à la voix passive ; frisés est donc le participe passé de cette forme verbale.

Mais ce frisés exprime clairement un résultat et peut, en conséquence, être considéré comme un adjectif, dans la fonction d'attribut.

La question est simplifiée par le fait que le Petit Robert considère frisé comme un adjectif.

Vous avez donc le choix :
- ou bien un participe passé employé comme adjectif,
- ou bien un adjectif.