Apollinaire : La petite auto
Le 31 du mois d'août 1914 …/…
https://unproductivepoetry.files.wordpress.com/2010/08/la_petite_auto.jpg
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240 réponses · Page 10 / 12
Marc-Antoine Girard de SAINT-AMANT (1594-1661)
L'esté de Rome
Quelle estrange chaleur nous vient icy brusler ?
Sommes-nous transportez sous la zone torride,
Ou quelque autre imprudent a-t-il lasché la bride
Aux lumineux chevaux qu'on voit estinceler ?
La terre, en ce climat, contrainte à pantheler,
Sous l'ardeur des rayons s'entre-fend et se ride ;
Et tout le champ romain n'est plus qu'un sable aride
D'où nulle fresche humeur ne se peut exhaler.
Les furieux regards de l'aspre canicule
Forcent mesme le Tybre à perir comme Hercule,
Dessous l'ombrage sec des joncs et des roseaux.
Sa qualité de dieu ne l'en sçauroit deffendre,
Et le vase natal d'où s'écoulent ses eaux,
Sera l'urne funeste où l'on mettra sa cendre
Pour le XVIII°, suggestion :
Paul Scarron
(1610-1660)
Épitre à Monsieur Sarazin
Sarrasin,
Mon voisin,
Cher ami,
Qu’à demi
Je ne voi,
Dont, ma foi,
J’ai dépit
Un petit,
N’es-tu pas
Barrabas,
Basiris,
Phalaris,
Ganelon
Le félon,
De savoir
Mon manoir
Peu distant,
Et pourtant
De ne pas,
De ton pas
Ou de ceux
De tes deux
Chevaux gris
Mal nourris,
Y venir
Réjouir,
Par des dits
Ébaudits,
Un pauvret
Très maigret,
Au col tors,
Dont le corps
Tout tortu,
Tout bossu,
Suranné,
Décharné
Est réduit,
Jour et nuit,
À souffrir,
Sans guérir,
Des tourments
Véhéments ?
Si Dieu veut,
Qui tout peut,
Dès demain
Mal S. Main
Sur ta peau
Bien et beau
S’étendra
Et fera
Tout ton cuir
Convertir
En farcin.
Lors, mal sain
Et pourri,
Bien marri
Tu seras
Et verras
Si j’ai tort
D’être fort
En émoi
Contre toi.
Mais pourtant,
Repentant,
Si tu viens
Et te tiens
Un moment
Seulement
Avec nous,
Mon courroux
Finira,
Et cætera.
Magellan, fils du Tage, et Drake et Bougainville
Et l'Anglais dont Neptune aux plus lointains climats
Reconnaissait la voile et respectait les pas.
Le Cancer sous les feux de son brûlant tropique
L'attire entre l'Asie et la vaste Amérique,
En des ports où jadis il entra le premier.
Là l'insulaire ardent, jadis hospitalier,
L'environne : il périt. Sa grande âme indignée,
Sur les flots, son domaine, à jamais promenée,
D'ouragans ténébreux bat le sinistre bord
Où son nom, ses vertus, n'ont point fléchi la mort.
J'accuserai les vents et cette mer jalouse
Qui retient, qui peut-être a ravi La Peyrouse.
Il partit. L'amitié, les sciences, l'amour
Et la gloire française imploraient son retour.
Six ans sont écoulés sans que la renommée
De son trépas au moins soit encore informée.
Malheureux ! un rocher inconnu sous les eaux
A-t-il, brisant les flancs de tes hardis vaisseaux,
Dispersé ta dépouille au sein du gouffre immense ?
Ou, le nombre et la fraude opprimant ta vaillance,
Nu, captif, désarmé, du sauvage inhumain
As-tu vu s'apprêter l'exécrable festin ?
Ou plutôt dans une île, assis sur le rivage,
Attends-tu ton ami voguant de plage en plage ;
Ton ami qui partout, jusqu'aux bornes des mers
Où d'éternelles nuits et d'éternels hivers
Font plier notre globe entre deux monts de glace,
Aux flots de l'Océan court demander ta trace ?
André Velter
À ciel ouvert le monde est un soleil levant,
Un éblouissement qui tape au fond des yeux
Et mène par des chemins inoubliables
Vers des lieux des rivages des êtres oubliés.
Droit devant chevalier désarmé,
Le voyage en Orient ne cesse de conquérir une sorte d’au delà,
Une autre solitude un autre accès à soi,
Comme marcher de Séville à Tanger de Kairouan à Babylone Ispahan
Bénarès ou Lhassa.
Les îles de terre ferme se trouvent sous nos pas,
Aussi réelles que l’éveil de nos utopies actives,
Aussi magnétiques que l’inconnu qui jamais ne s’égare
Et sait de source foudroyée que toute la place est pour la beauté.
édition
printemps des poetes
2011
L’horizon chimérique
Je me suis embarqué sur un vaisseau qui danse
Et roule bord sur bord et tangue et se balance,
Mes pieds ont oublié la terre et ses chemins
Les vagues souples m’ont appris d’autres cadences
Plus belles que le rythme las des chants humains.
A vivre parmi vous, hélas !
Avais-je une âme?
Mes frères, j’ai souffert
Sur tous vos continents
A vivre parmi vous, hélas !
Avais-je une âme ?
Mes frères, j’ai souffert
Sur tous vos continents
Je ne veux que la mer je ne veux que le vent
Pour me bercer, comme un enfant, au creux des lames.
Hors du port qui n’est plus qu’une image effacée
Les larmes du départ ne brûlent plus mes yeux
Je ne me souviens pas de mes derniers adieux
O ma peine, ma peine où vous ai-je laissée ?
Voilà je suis parti plus loin que les Antilles
Vers des pays de vents lumineux et subtils
Je n’emporte avec moi pour toute pacotille
Que mon coeur
Mais les sauvages en voudront-ils?
O ma peine, ma peine où vous ai-je laissée?
Voilà je suis parti plus loin que les Antilles
Vers des paysde vents lumineux et subtils
Je n’emporte avec moi pour toute pacotille
Que mon coeur
Que mon coeur
Mais en voudront-ils?
Je me suis embarqué sur un vaisseau qui danse
Poème de Jean de La Ville de Mirmont (1886/1914),
Voyageur , voyageur
Voyageur, voyageur, accepte le retour,
Il n'est plus place en toi pour de nouveaux visages,
Ton rêve modelé par trop de paysages,
Laisse-le reposer en son nouveau contour.
Fuis l'horizon bruyant qui toujours te réclame
Pour écouter enfin ta vivante rumeur
Que garde maintenant de ses arcs de verdeur
Le palmier qui s'incline aux sources de ton âme.
Jules Supervielle
Débarcadères 1922
Elles étaient trois Caravelles
quittaient Cadix au couchant
droit devant.
Ils étaient quatre jeunes gens
le portant.
Arrivés à l’Océan
doucement l’ont mis à terre
sans l’éveiller, doucement
doucement.
Étrange, étrange navire
Amiral
en route vers le Ponant.
Elles étaient trois Caravelles
ils étaient quatre jeunes gens
sur l’épaule le portant
Nouveau Monde droit devant.
Pour Vie Nouvelle revivre
droit devant.
Nouveau Monde droit devant !
A crié le Commandant.
Villebramar, 2016
En la forêt de Longue Attente
En la forêt de Longue Attente
Chevauchant par divers sentiers
M'en vais, cette année présente,
Au voyage de Desiriers.
Devant sont allés mes fourriers
Pour appareiller mon logis
En la cité de Destinée ;
Et pour mon coeur et moi ont pris
L'hôtellerie de Pensée.
Je mène des chevaux quarante
Et autant pour mes officiers,
Voire, par Dieu, plus de soixante,
Sans les bagages et sommiers.
Loger nous faudra par quartiers,
Si les hôtels sont trop petits ;
Toutefois, pour une vêprée,
En gré prendrai, soit mieux ou pis,
L'hôtellerie de Pensée.
Je despens chaque jour ma rente
En maints travaux aventuriers,
Dont est Fortune mal contente
Qui soutient contre moi Dangiers ;
Mais Espoirs, s'ils sont droicturiers,
Et tiennent ce qu'ils m'ont promis,
Je pense faire telle armée
Qu'aurai, malgré mes ennemis,
L'hôtellerie de Pensée.
Charles d'Orléans