Bonjour Liza,
En complément des excellents conseils de Benjamin
Voyage dans
Calligrammes d'Apollinaire
Heureux qui comme Ulysse de du Bellay
La Prose du transsibérien de Blaise Cendrars
Moravagine de Cendrars (un roman poétique et surréaliste)
Jules Supervielle "
Paquebot" in
Débarcadères, 1922
L'Atlantique est là qui, de toutes parts, s'est généralisé depuis quinze jours,
avec son sel et son odeur vieille comme le monde,
qui coue, marque les choses du bord,
s'allonge dans la chambre de chauffe, rôde dans la soute au charbon,
enveloppe ce bruit de forge, s'annexe sa flamme si terrestre,
entre dans toutes les cabines,
monte au fumoir, se mêlant aux jeux de cartes,
se faufilant entre chaque carte,
si bien que tout le navire,
et même les lettres qui sont dans les enveloppes cinq fois cachetées de rouge au fond des sacs postaux,
tout baigne dans une buée, dans une confirmation marine,
comme ce petit oiseau des îles dans sa cage des îles.
La voici la face de l'Atlantique dans cette grande pièce carrée si fière de ses angles en pleine mer,
ce salon où tout feint l'aplomb et l'air solidement attaché
de graves meubles sur le continent,
mais souffre d'un tremblement maritime
ou d'un quiétude suspecte,
même la lourde cheminée avec ses fausses bûches éclairées à l'électricité qui joue la cheminée de château assise en terre depuis des siècles.
Que prétend ce calendrier, fixé, encadré, et qui sévèrement annonce samedi 17 juillet,
ce journal acheté à la dernière escale et qui donne des nouvelles des peuples,
ce vieux billet de tramway retrouvé dans ma poche et qui me propose de renouer avec la Ville ?
Que témoignent toutes ces têtes autour de moi, tous ces agglomérés humains,
qui vont et viennent sur le pont de bois mouvant entre ciel et vagues,
promenant leur bilan mortel,
leurs chansons qui font ici des couacs aigrelets,
et prétendent qu'il faudrait à cette mer qui prend toujours et se refuse,
quelques cubes en pierre de taille avec ces fenêtres et pots de géranium, un coteau dominé par la gare d'un funiculaire et un drapeau
tandis que sur le côté,
des recrues marcheraient; une, deux, une deux,
sur un terrain de manoeuvre.
Mais sait-elle même qu'il existe
l'homme qui fume ces cigares
accoudé au bastingage,
le sait elle, la mer, cette aveugle de naissance,
qui n'a pas compris encore ce que c'est qu'un noyé
et le tourne et le retourne sous ses interrogations ?
Pour Baudelaire, quelques pistes complémentaires.
Poèmes à examiner :
*
Invitation au voyage
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Moesta et errabunda
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Albatros
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Parfum exotique
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La musique
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Le voyage (poème final)
Le voyage et l'exotisme sont à relier principalement à l'évasion, fuite en dehors d'un monde décevant, fuite d'un tête-à-tête insupportable avec soi-même.
Les deux thèmes ont leur origine dans le voyage du jeune adulte à l'île Maurice et restent de ce fait étroitement liés.
Le voyage est envisagé comme un voyage lointain.
Le voyage est lié à la mer
La mer est elle-même synonyme de liberté "Homme libre, toujours tu chériras la mer".
Le voyage se révèle décevant car le poète emmène avec lui son mal de vivre.
Le voyage peut prendre la forme de l'embarquement pour Cythère, c'est-à-dire l'évasion vers une solitude amoureuse à deux comme dans «
l'invitation au voyage ».
Les bateaux restent au port : au voyage réel se substitue le voyage rêvé. La promesse de voyage est plus belle que le voyage lui-même. Voir la fin de «
l'invitation au voyage ». Baudelaire illustre à sa manière le thème du voyage immobile comme l'avait fait avant lui Xavier de Maistre avec "
Voyage autour de ma chambre" (1795).
Mais là encore déception, c'est la réalité grise du spleen qui a le dernier mot.
Le dernier voyage : la mort vécue comme un voyage en bateau (le bateau de Charon, le passeur des morts dans l'Antiquité) "O mort vieux capitaine", "levons l'ancre"…
Mais toujours le même doute.
L'exotisme, c'est le rêve de pays lointains, différents de la grisaille parisienne. Étudie les rapports entre exotisme et parfums, exotisme et voyage, exotisme et amour sensuel par exemple à partir de «
la chevelure ». L'exotisme lui aussi se révèle décevant. Voir «
Moesta et errabunda».
D'une manière générale dans la poésie d'inspiration chrétienne, la vie est un voyage, la vie est un pèlerinage.
Pense aussi au thème des Bohémiens, avec qui le voyage devient errance sacrée, où le bohémien est un symbole du poète qui ne veut pas rester installé…
Charles Baudelaire,
Les Fleurs du Mal, «
Bohémiens en voyage »
Paul Verlaine,
Poèmes saturniens, «
Grotesques »
Arthur Rimbaud,
Poésies, «
Ma Bohême »
Guillaume Apollinaire,
Alcools, «
Saltimbanque »
Sachant que de plus Baudelaire s'est inspiré d'une gravure de Jacques Callot, « Le Départ des bohémiens » , 1621 et Apollinaire de Pablo Picasso, « Les Bateleurs » huile sur toile, 1905