AvrilBaby a écrit :Bonjour,
Je vous pose cette question car les conventions d'analyse de l'adverbe semblent varier.
J'avais lu dans une grammaire que l'adverbe pouvait avoir trois fonctions possibles: celle de modifier un verbe, un adjectif ou un autre adverbe.
On peut aussi parler d'adverbe de manière, de temps, etc.
Mais une fois qu'on a dit cela, il n'y a plus place pour parler de la fonction "complément circonstanciel de manière" par exemple.
Or on considère souvent que l'adverbe a la fonction de complément circonstanciel.
Et voilà que je tombe sur un texte qui semble différencier adverbe et complément (voir doc ci-dessous p.82 B. b.):
https://manuelsanciens.blogspot.fr/2013/04/enseignement-de-la-grammaire.html
Du coup, je me demande qu'elle est la manière orthodoxe d'analyser l'adverbe au niveau de la fonction: par exemple "lentement": "modifie le verbe" ou complément circonstanciel de manière, ou le deux ? Etc.
Merci d'avance !
Pour moi, il n'y a qu'une seule manière d'analyser un adverbe :
1/ on précise sa nature d'adverbe : "de temps", "de manière", etc.
2/ on indique sa fonction, soit : "modifie" le verbe "x", l'adjectif "y" ou l'adverbe "z".
Exemple : "Nous marchons lentement" => "lentement" :
- nature + genre + nombre = adverbe de manière, mot invariable.
- fonction = modifie le verbe "marchons". (Et PAS : modifie "le sens" du verbe, ce que j'estime être une hérésie des grammaires scolaires actuelles, car le "sens" du verbe lui-même, lui, n'est pas "modifiable" ! L'adverbe ne précise pas le "sens", mais il précise, en réalité, l'action exprimée par le verbe, en précisant "la manière" dont cette action est réalisée. Le "sens" du verbe "marcher", lui, reste intact et invariant.)
On peut aussi dire qu'il est un "complément circonstanciel", mais CE complément circonstanciel là a une fonction précise, qui est de "modifier" (ou de "préciser") un verbe, un adjectif ou un autre adverbe, donc il me semble préférable de conserver la dénomination classique de sa fonction, qui est "modifie"…, car pourquoi noyer dans le grand tout des "compléments circonstanciels" un mot qui a une fonction propre ?
Donc :
- "Nous roulons vers Lyon" : "Lyon" est complément [circonstanciel] de lieu du verbe "allons".
- "Nous roulons lentement vers Lyon" : "lentement" modifie le verbe "rouler".
La grammaire fut chose simple, au temps où on l'expliquait simplement, en restant au plus près du sens des mots utilisés pour l'expliquer.
En dehors du sens des mots qui "expliquent" la grammaire, tout n'est que convention, effectivement. Mais, pour autant, ces conventions ont généralement un fondement logique. Le "sens" et la "logique", pour moi, sont la seule "orthodoxie" à respecter.
J'ajoute que je viens de regarder la page du manuel de grammaire que vous nous citez ici (manuel ancien) et que cela me paraît clair, si on lit de manière précise ce qui y est écrit :
"Il parle fortement" vs
"Il parle d'une voix forte"
Ce manuel fait donc remarquer très judicieusement que les deux – adverbe et complément de manière – présentent une "analogie DE SENS", "malgré la DIFFÉRENCE DES FONCTIONS grammaticales" !
Cette remarque vise à faire comprendre à l'élève qu'un adverbe de manière peut parfois "
jouer le rôle du complément circonstanciel" qu'on POURRAIT, donc, utiliser tout aussi bien.
"Jouer le rôle de…" n'étant pas "remplacer l'original" !
Nous pouvons effectivement dire :
"Nous roulons lentement vers Lyon" ou "Nous roulons à vitesse réduite vers Lyon"…
Dans le premier cas, vous avez un adverbe qui modifie le verbe, dans le second cas vous avez un complément de manière ("à vitesse réduite") du verbe… ou "de la phrase" si l'on tient à cette formulation que je trouve absurde, car tout mot ajouté dans une phrase, de facto, "complète" la phrase – soit encore une lapalissade bien inutile à faire apprendre aux élèves.
Ensuite, eh bien… c'est selon le choix de l'auteur, qui dispose de diverses possibilités de dire "comment nous roulons".