« C’était le discret Fontenelle,
Qui, par les beaux-arts entouré,
Répandait sur eux à son gré
Une clarté vive et nouvelle. »
Voltaire, Le Temps du goût, 1733.
Fontenelle, le galant et le savant, premier vulgarisateur scientifique français
Bernard Le Bouyer de Fontenelle (ou Le Bovier de Fontenelle) est un écrivain, philosophe et savant français. Né à Rouen en 1657, il est le neveu des célèbres dramaturges Pierre et Thomas Corneille. Malgré une santé délicate, il a vécu presque cent ans — une longévité exceptionnelle pour l’époque — et a traversé la fin du XVIIe siècle et les débuts du XVIIIe siècle, devenant ainsi un lien entre le classicisme et les Lumières.
L’écrivain mondain
Il entre dans la vie littéraire à vingt ans, en 1677, comme journaliste au Mercure Galant grâce à la protection de son oncle Thomas Corneille. Il se taille alors une réputation de « bel esprit ». La Bruyère qui ne l’appréciait pas l’a peint sous les traits de Cydias, « un composé du pédant et du précieux », brillant, mais superficiel touche‑à‑tout, rédigeant sur commande toute forme de poésie formelle. Cette caractérisation malveillante correspond assez bien aux débuts de Fontenelle qui écrit des opéras et une dizaine de tragédies. Ses Lettres Galantes du Chevalier d’Her (1685) sont encore précieuses, mais révèlent déjà de subtiles traits psychologiques. Dès 1683, ses Dialogues des Morts manifestent une nouvelle tournure d’esprit par leur hardiesse et leur modernité.
Le philosophe
En 1686, il publie la Relation de l’île de Bornéo qui indispose la censure, mais échappe de peu à la Bastille. L’ouvrage est suivi des Entretiens sur la pluralité des mondes, et de l’ Histoire des Oracles. Ces œuvres de vulgarisation et de critique le rendent célèbre. Avec sa Digression sur les Anciens et les Modernes de 1688, il prend fait et cause pour le camp des Modernes dans la fameuse Querelle des Anciens et des Modernes. Il est alors élu à l’Académie française en 1691.
Le secrétaire de l’Académie des sciences
Nommé secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences en 1697 il se consacre aux questions scientifiques :
- Histoire et Mémoires de l’Académie ;
- Éloges de Savants (Bernouilli, Tournefort, Cassini, Leibnitz, Newton…) ;
- Préfaces d’ouvrages savants ;
- Publication d’une Géométrie de l’Infini en 1727 et d’une Théorie des tourbillons cartésiens en 1752.
Fontenelle reste aussi l’auteur d’œuvres littéraires : une Vie de Corneille, une Histoire du théâtre, des Réflexions sur la poétique. Esprit brillant, il fréquente les salons à la mode chez Mme de Lambert, Mme de Tencin et Mme Geoffrin.
Ses grandes idées et ses contributions
Un homme de salon et d’institution
Après avoir tenté (sans succès) une carrière d’avocat, puis de poète, Fontenelle a brillé dans les salons parisiens, grâce à son esprit vif et son élégance. Il est devenu membre de l’Académie française et, surtout, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences — un poste qu’il a occupé pendant 50 ans.
Le père de la vulgarisation scientifique
Son livre le plus célèbre, Entretiens sur la pluralité des mondes de 1686, est un véritable pilier de la vulgarisation. Il y explique des idées scientifiques complexes — comme l’héliocentrisme de Copernic ou la physique de Descartes — de façon simple et claire, en français (et non en latin !), pour toucher un large public : les femmes des salons, les curieux, les non-savants.
Son objectif ? Rendre la science accessible… et même agréable à lire !
Un défenseur des Modernes
Dans la Querelle des Anciens et des Modernes, Fontenelle a choisi le camp des Modernes. Il croit au progrès scientifique, à la raison, et refuse les idées anciennes non fondées sur l’expérience.
Une pensée rationnelle et équilibrée
Fontenelle est rationaliste : il croit en la science et en la logique. Mais il reste sceptique face aux spéculations métaphysiques (les questions sur Dieu, l’âme, etc.). Pour lui, étudier la nature, c’est aussi rendre hommage à son créateur — sans tomber dans le dogmatisme. Il annonce le déisme voltairien.
Le style « galant » : plaire et instruire
Il suit l’idéal classique : « Plaire et instruire » (Placere, docere). Son style est fluide, élégant, parfois précieux, plein de métaphores (comme lorsqu’il compare l’Univers à un Opéra !). Il utilise des dialogues, des images, pour rendre les idées scientifiques attirantes et faciles à comprendre.
Ses autres œuvres importantes
- Nouveaux dialogues des morts (1683) : des conversations imaginaires entre personnages célèbres, pour dénoncer les préjugés.
- Histoire des oracles (1687) : une critique des croyances superstitieuses fondée sur la raison.
Bien que n’étant pas un grand savant comme Newton ou Galilée…
- Il a rendu la science accessible au grand public.
- Il a popularisé les idées modernes (Copernic, Descartes…).
- Il a marqué la transition entre le classicisme et les Lumières.
- Il a montré que la science peut être belle, élégante… et amusante.