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Une bonne éducation amène-t-elle à apprendre tout au long de sa vie ?

Bac de français 2025

Baccalauréat technologique (sujet A)

Objet d’étude : la littérature d’idées du XVIe au XVIIIe siècle
Rabelais, Gargantua, chapitres XI à XXIV – Parcours : la bonne éducation.
Texte d’après Martine Fournier, « Apprendre tout au long de la vie », Éduquer et former, 2016.

Contraction de texte

Vous résumerez ce texte en 194 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise : votre travail comptera au moins 175 mots et au plus 213 mots.
Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.

Aujourd’hui, apprendre n’est plus réservé au temps passé dans la classe ou sur les bancs de l’université. L’éducation formelle n’est finalement qu’un petit pan de ce que nous apprenons tout au long de l’existence, de manière informelle.
Certes, depuis toujours, le désir d’apprendre se manifeste chez les êtres vivants. Les bébés humains n’ont de cesse de savoir marcher, parler, imiter les plus grands… Mais, aujourd’hui, l’acte d’apprendre semble n’avoir jamais été aussi présent, à tous les moments et les âges de la vie. Une appétence1 stimulée par les avancées technologiques des sociétés contemporaines.
À l’ère numérique, les écrans offrent un accès illimité à toutes les questions que chacun se pose. Qui n’a pas assisté à un dîner où les convives sollicitent Google sur leur smartphone pour répondre à une question ou vérifier une information ? Qui n’a pas visité x fois Wikipédia pour s’informer sur un point d’histoire, d’actualité ou de culture générale ? Qui n’a jamais sollicité Youtube pour découvrir une nouvelle recette de cuisine, apprendre comment faire pousser des tomates bio sur sa terrasse ou vidanger sa voiture sans passer chez le garagiste ? Remarquons au passage que la « fracture numérique », prophétisée par certains à l’aube du XXIe siècle, n’a pas eu lieu. L’accès aux « nouvelles » technologies s’est généralisé sur toute la planète, via notamment les petits téléphones portables qui ont désenclavé2 les contrées les plus pauvres et les plus reculées.
Les pères de l’éducation populaire militaient pour une société où la culture serait accessible à tous. Aujourd’hui, même si beaucoup d’inégalités persistent, à tous les niveaux, tous les âges, selon ses choix personnels on apprend. Des adolescents créent leurs propres musiques sur le Web, les partagent et les transforment avec leurs amis. Les Journées du patrimoine attirent les foules tout comme les musées, les mémoriaux ou autres expositions. On part en voyage pour visiter de nouvelles contrées et aller à la rencontre d’autres cultures. Les universités populaires affichent complet et certaines s’adressent aux plus déshérités. Même les réseaux sociaux véhiculent des apprentissages, où chacun, selon ses goûts et son groupe d’amis, trouve des tuyaux pour sa propre quête de développement personnel aussi bien que d’enrichissement artistique…
Dans le monde du travail, les transformations de ces dernières décennies alimentent un besoin croissant de formation pour les travailleurs et les entreprises. Basculement du système de production de masse vers un « apprentissage organisationnel » piloté par l’innovation ; montée en puissance des services (dans les pays développés, ils représentent environ aujourd’hui 80 % des PIB3) générant de nouvelles aptitudes et de nouvelles professions… Ces transformations ont eu un impact sur l’image du travailleur. Le travail normé, prescrit et répétitif a laissé place à des métiers requérant des compétences nouvelles, des capacités d’initiative, d’autonomie, de responsabilité et d’adaptabilité, en même temps qu’un niveau plus élevé de formation.
Pour Philippe Carré, nous sommes entrés dans des sociétés de l’« apprenance ». Selon ce chercheur en sciences de l’éducation, spécialiste de la formation et auteur de nombreux ouvrages sur la question, si les connaissances et les compétences sont devenues « un élément vital du développement personnel », elles sont aussi la principale source de création de richesse des pays développés, passés en un demi-siècle d’économies industrielles aux économies du savoir.
Les contours de cette économie ont été bien formulés par nombre d’analyses. Elle est née d’une part de la formidable expansion des technologies de l’information et de la communication qui, selon l’essayiste américain Jeremy Rifkin, ont engendré l’avènement d’une troisième révolution industrielle. Aux États-Unis, le secteur du numérique et des réseaux est devenu le premier secteur économique, avec un taux de croissance de l’emploi six fois supérieur à la moyenne. Par ailleurs, la révolution numérique a accompagné le développement d’une économie immatérielle, dans laquelle les investissements dans la recherche, la formation et le traitement de l’information ont pris une part croissante. Depuis les années 1990, les institutions nationales, européennes, internationales, s’unissent pour inciter au développement du capital humain dans un concert célébrant « le trésor de l’éducation » et « la formation tout au long de la vie ».
Parallèlement, dans les pays développés, la formation professionnelle est devenue un immense secteur d’activité. D’autant que les besoins sont aujourd’hui renforcés par le caractère de plus en plus incertain de la conjoncture économique. Alors qu’auparavant, il n’était pas rare de garder le même métier toute sa vie, les générations actuelles sont destinées à en changer plusieurs fois, de l’avis de tous les experts. (777 mots)


Notes

1 Appétence : tendance à vouloir satisfaire ses désirs.
2 Désenclaver : rompre l’isolement d’un lieu par l’amélioration des communications.
3 P.I.B. : Produit intérieur brut (qui exprime la richesse d’un pays).


Cette proposition de corrigé a été rédigée par Jean-Luc.

Corrigé

Méthode : la contraction de texte »

Apprendre dépasse désormais le cadre scolaire.
Cette activité vitale pour l’être humain dès son enfance devient nécessaire pendant toute la vie en raison des progrès technologiques.
L’omniprésence quotidienne des outils numériques permet une information instantanée. Les téléphones portables ont élargi l’accès aux technologies.
L’apprentissage pour vulgariser la culture s’est diversifié (50 mots) et démocratisé : événements culturels, voyages, universités populaires. Les réseaux sociaux participent aussi à cette dynamique.
Le passage d’une production de masse à des organisations innovantes, la tertiarisation de l’économie engendrent un besoin accru de formation continue pour tous : ces nouveaux métiers exigent de nouvelles compétences. Le travail traditionnel standardisé et (100 mots) répétitif se transforme en activités requérant initiative, autonomie, souplesse, donc plus qualifiées.
Les connaissances et le savoir-faire deviennent indispensables à l’accomplissement personnel. Ils sont la principale richesse des pays développés devenus des « économies du savoir ».
Cette nouvelle économie née de l’expansion des technologies de l’information et de la (150 mots) communication est immatérielle. Les entreprises investissent dans la recherche, la formation et le traitement de l’information plutôt que dans la production matérielle. C’est pourquoi les institutions encouragent le développement personnel pendant toute la vie.
La formation professionnelle devient une branche économique essentielle en raison des mutations et de l’incertitude économique (200 mots) entraînant un changement de métier. (205 mots)


Essai

Une bonne éducation amène-t-elle à apprendre tout au long de sa vie ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur Gargantua de Rabelais, sur le texte de l’exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l’objet d’étude « La littérature d’idées du XVIe au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Méthode : l’essai »

Proposition de corrigé

Introduction

Accroche

Rabelais écrivait : « Mieux vaut une tête bien faite qu’une tête bien pleine », ce que confirmait W.B. Yeats, « l’éducation ne consiste pas à remplir un seau, mais à allumer un feu ». Ce qui est certain, c’est que, face à l’évolution exponentielle des connaissances, se contenter de remplir la tête des écoliers conduirait à la faire exploser sans tarder.

Citation du sujet

Dans ces conditions, une bonne éducation amène-t-elle à apprendre tout au long de sa vie ?

Analyse

Précisons tout de suite que l’éducation ne saurait se résumer au savoir ni se confondre avec l’enseignement. Elle est un long processus qui doit permettre à un jeune individu d’épanouir ses potentialités intellectuelles, affectives et sociales afin qu’il s’intègre harmonieusement dans le groupe auquel il appartient. L’éducation doit le rendre autonome et responsable. De plus, cette formation doit tenir compte des nouveaux enjeux contemporains, à savoir la révolution numérique amplifiée par l’IA (Intelligence Artificielle), les réseaux sociaux et l’évolution rapide des métiers.

Problématique

Une bonne éducation, telle que définie plus haut, peut-elle faire naître, chez l’individu, ce désir d’accroître ses compétences et sa culture tout au long de sa vie ?

Annonce du plan

Pour favoriser un apprentissage permanent, une bonne éducation doit d’abord s’appuyer sur certains atouts, mais de nombreux freins socio-économiques risquent de la compromettre, c’est pourquoi la formation de la personnalité est essentielle.

Développement
Les atouts d’une bonne éducation pour favoriser un apprentissage permanent

GarguantuaPour développer l’appétit de connaissance, les enseignants doivent recourir à une pédagogie stimulante qui éveille la curiosité intellectuelle. Dans Gargantua, le précepteur Ponocrates privilégie le questionnement et la découverte active plutôt que la mémorisation passive. Comme Socrate qui prétendait « ne rien savoir » pour mieux faire accoucher (maïeutique) la vérité chez ses interlocuteurs, Ponocrates guide Gargantua vers la connaissance par l’observation directe, l’expérimentation et le dialogue. Aujourd’hui, des pédagogies actives comme Montessori, Freinet responsabilisent l’apprenant. Une telle transmission des savoirs encourage l’envie d’apprendre.
La bonne éducation dans l’enseignement doit fournir des outils méthodologiques essentiels. En effet, apprendre à apprendre est plus important que ce qui est appris. Il s’agit de reproduire des processus efficaces d’acquisition du savoir. On peut citer la maîtrise de la lecture critique et de l’analyse, des méthodes de recherche documentaire surtout à l’heure où l’IA met à disposition des étudiants une masse de faits et de connaissance que les encyclopédistes humanistes de la Renaissance n’auraient jamais osé imaginer. Mais cet éclatement vertigineux des informations nécessite aussi de développer l’esprit de synthèse.
L’enseignement doit par-dessus tout former l’esprit critique pour asseoir l’autonomie intellectuelle. Là encore, à l’heure de l’IA, la vérification des sources, la détection des incohérences, voire des « hallucinations » est indispensable. De même, l’enseignant doit solliciter chez ses élèves la remise en question des idées reçues. Inciter les individus à se forger leur propre opinion les pousse à penser par eux-mêmes et à ne pas accepter aveuglément les idées et les comportements intellectuels des autres. Rabelais a dénoncé les dangers du dogmatisme, du conditionnement culturel dans Gargantua. Il y stigmatise les enseignements inutiles et stupides qui rebutent et abêtissent l’élève. Le précepteur, le sophiste Thubal Holoferne, initie son pupille à la littérature et à la grammaire en lui demandant d’apprendre par cœur, à l’endroit et à l’envers, des textes scolastiques. Au siècle des Lumières, Kant a écrit : « Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! ». Cette incitation à construire une pensée personnelle permet l’autonomie intellectuelle, libère de la dépendance aux autres pour apprendre, et permettra une approche critique des nouvelles connaissances à acquérir pendant la vie adulte.

Transition

Cependant, l’école et la famille rencontrent bien des obstacles et trouvent parfois leurs limites dans leur volonté de dispenser une « bonne éducation » pour l’avenir.

Les freins socio-économiques et culturels

À la vérité, les familles voient à court terme et privilégient les résultats. Il faut disposer de bons diplômes pour réussir dans la vie. Du côté de l’enseignement, on vise l’excellence académique qui n’entretient pas nécessairement le goût d’apprendre. De plus, bien que Parcours Sup prétende lutter contre les inégalités en proposant un système indépendant de l’origine géographique ou sociale, favorisant la diversité sociale, on voit encore beaucoup de systèmes élitistes focalisés sur la seule performance. Nombre d’élèves pratiquent le bachotage intensif, ce qui n’encourage pas la curiosité naturelle. Ajoutons qu’une spécialisation précoce ferme bien des portes. La pression du résultat tue donc souvent le plaisir d’apprendre.
On sait aussi que l’origine sociale influence durablement le rapport au savoir. Le sociologue Bourdieu a démontré que le capital culturel familial était déterminant. C’est une des raisons de la mise en place de Parcours Sup, comme indiqué plus haut. En outre, les contraintes économiques peuvent limiter l’accès à une formation de qualité.
Enfin, il faudrait analyser l’influence des réseaux sociaux et des nouvelles technologies de l’information qui viennent contrebalancer l’enseignement et la culture familiale. L’identification au groupe, la crainte de se distinguer ne favorisent pas l’autonomie chez des caractères faibles. C’est d’ailleurs un des défis que toute la société doit relever. Bien des faits divers récents viennent de nous le rappeler. La généralisation des téléphones portables a créé des mondes parallèles dans lesquels les esprits se forment ou se déforment. L’information y est souvent manipulée, amplifiée par des influenceurs. La société n’est pas préparée à identifier ces techniques de falsification par IA. Dans le monde scolaire, il est tellement facile de faire travailler la lampe d’Aladin informatique, le souhait est à portée d’un simple copier coller.

Transition

Pour surmonter ces obstacles, la bonne éducation ne saurait se contenter de techniques d’apprentissage. Il lui faut aussi former la personnalité.

La formation du caractère et la culture de l’accomplissement personnel

À l’école, il faut ancrer la lecture, source première de l’accès au savoir, de la constitution de l’imaginaire chez l’enfant et de la maîtrise du langage. À défaut, le déferlement continu d’images et de paroles empêchera la conceptualisation et la réflexion. Par la suite, il faudra veiller à ne pas sombrer dans la facilité d’œuvres seulement divertissantes. Proposer des livres plaisants et formateurs préparera à des lectures plus austères. L’enseignement doit aussi favoriser le sens et la créativité dans les apprentissages. La compréhension et l’engagement personnel peuvent être sollicités dans des projets interdisciplinaires. Le formateur veillera à ce que ses apprenants tirent profit de leurs erreurs afin d’éviter le découragement et le sentiment d’échec.
Il est important d’apprendre aux jeunes à échapper aux conditionnements culturels, aux modes, aux facilités du prêt-à-penser sur internet. Il faut leur faire découvrir subtilement des domaines inconnus ou ignorés. Rabelais avait déjà montré la voie dans l’éducation de Gargantua. Les précepteurs Ponocrates et Eudémon n’hésitent pas à diversifier les activités éducatives pour solliciter l’intelligence de leur élève : outre les classiques littérature antique, arithmétique et musique, ils recourent aux jeux, à l’artisanat et aux exercices physiques. Pour Rabelais, l’éducation concerne tout l’être.
Il est important que la famille puisse transmettre un certain nombre de valeurs. Une bonne éducation, c’est aussi former le caractère. Dans nos sociétés hédonistes et consuméristes, il n’est pas simple de promouvoir le sens de l’effort. La pratique d’une activité sportive peut y aider. De même, choisir un style de vie simple, indépendant des modes commerciales, est recommandé malgré la difficulté. La participation à des mouvements de jeunesse comme le scoutisme peut donner de bons résultats. Les entreprises savent d’ailleurs l’apprécier dans les curriculums vitae.
Enfin, et peut-être le plus difficile, c’est de créer des liens entre savoir et gratuité. Dans cette quête du sens, cultiver le goût du vrai et du beau peut tout changer en offrant la satisfaction profonde et gratifiante d’une existence accomplie. Approfondir et pratiquer une foi religieuse, s’engager dans un humanisme exigeant sont des voies royales pour achever cet accomplissement.

Conclusion

Synthèse

Une bonne éducation offre des atouts certains pour favoriser l’apprentissage tout au long de la vie. Cependant, de nombreux freins socio-économiques risquent de la neutraliser. C’est pourquoi la formation de la personnalité est essentielle pour pérenniser cette adaptation harmonieuse aux changements de la société.

Ouverture

Peut-être ne le voyons-nous pas, mais avec l’IA associée aux données de masse, nous sommes en train de vivre en accéléré la quatrième révolution industrielle, après la machine à vapeur, l’électricité et la production de masse, l’informatique et l’Internet. Dans son essai, IA : grand remplacement ou complémentarité ?, Luc Ferry prétend qu’une réflexion politique sur le moyen terme est urgente, car le travail salarié tel que nous le connaissons va disparaître. Pour lui, il est vital de bien comprendre la différence entre « sens » et « connaissance ». L’IA va nous écraser de ses connaissances. Mais la machine ne connaît ni valeurs ni émotions. Or ce sont justement nos valeurs qui donnent du sens aux connaissances : la question de l’éthique redevient ainsi centrale dans notre rapport au savoir.

Voir aussi

Illustration : Gargantua par Gustave Doré (wikimedia.org)