Sujets du bac de français 2016

Corrigé de l’écriture d’invention (séries S et ES)

Proposition de corrigé

Ce corrigé a été rédigé par Tina Malet.

Le corpus comprenait les textes suivants :

  1. Victor Hugo, Discours prononcé aux funérailles de M. Honoré de Balzac.
  2. Émile Zola, Discours prononcé aux obsèques de Guy de Maupassant.
  3. Anatole France, Éloge funèbre d’Émile Zola.
  4. Paul Éluard, Allocution prononcée à la légation de Tchécoslovaquie à l’occasion du retour des cendres de Robert Desnos.

L’objet d’étude était « la question de l’homme dans les genres de l’argumentation du XVIe siècle à nos jours ».

Sujet de l’écriture d’invention :

À l’occasion d’une commémoration, vous prononcez un discours élogieux à propos d’un écrivain dont vous admirez l’œuvre. Ce discours pourra réutiliser les procédés, à vos yeux les plus efficaces, mis en œuvre par les auteurs du corpus.

Remarques préliminaires

Comme pour le sujet d’invention de la série L, le sujet laissait une grande marge de liberté aux candidats, à condition qu’ils respectent le registre épidictique (laudatif) et le genre (l’éloge). L’argumentation était explicite. On pouvait, sans honte aucune, avoir recours aux procédés rhétoriques les plus usuels : anaphores, accumulations, phrases exclamatives, tournures emphatiques, etc., ou s’inspirer des procédés mis en œuvre par les auteurs du corpus, comme le préconisait le sujet. Les textes proposés concernaient trois auteurs du XIXe siècle et un auteur du XXe siècle. L’objet d’étude couvrant l’argumentation « du XVIe siècle à nos jours », il a semblé intéressant de s’éloigner quelque peu des modèles proposés, tout en en respectant l’esprit - objet même de la réécriture – en choisissant Denis Diderot, auteur du siècle des Lumières. On comprendra que le terme « Lumières » ne figure pas dans le devoir, sous peine d’anachronisme, ni d’ailleurs celui de « critique esthétique » pour la même raison. Par ailleurs, nombre de ses ouvrages ne parurent qu’à titre posthume, ce qui réduit considérablement le nombre de titres que l’on peut citer.

Éloge funèbre de Denis Diderot, prononcé le 4 août 1784 lors de ses obsèques par son ami, Monsieur Cab***

Denis Diderot « Mes amis, Diderot n’est plus, non, il n’est plus ! Vous le savez tout autant que moi mais je suis obligé de le répéter, tant ce constat refuse d’accéder à mon entendement. Diderot était si éclatant de vie que sa mort paraît aller à l’encontre du bon sens. Une mort absurde, pour un noyau d’abricot… Il en rirait lui-même, lui si prompt à se moquer de lui, des autres et du monde, ce qui lui valut bien des déconvenues. Je n’oublierai jamais son rire tonitruant et les claques dont il bourrait mes bras ou mes cuisses lorsqu’un événement le mettait en gaieté. Cette familiarité était justifiée par nos longues années d’amitié, une amitié dont je m’honore et qui me vaut la tenue de ce présent hommage.

Resté dans son ombre, j’ai partagé ses parties d’échec au Procope comme son enthousiasme pour les idées nouvelles, ses soucis pour la poursuite de l’Encyclopédie comme ses amitiés diverses – souvent chaotiques - avec d’Alembert, Rousseau ou le baron Grimm, ses flâneries devant les tableaux au Salon carré du Louvre comme son désespoir devant la poésie de notre fin de siècle. Il m’écrivit de Russie pour me vanter l’intelligence et la générosité de la Grande Catherine qui acheta sa bibliothèque de son vivant, lui en laissant la jouissance sa vie durant. Il put ainsi doter sa petite Marie-Angélique dont nous savons tous qu’elle fit un beau mariage avec le comte de Vandeul.
Non, Diderot n’était pas riche mais son esprit était grand et ceci compensera cela dans les siècles futurs. Il me dit un jour : « C’est moi qui prédis l’avenir » et je voudrais aujourd’hui justifier la vision de cet homme, mon ami, resté souvent incompris.

Il ne croyait guère en Dieu, lui qui écrivit que « le Dieu des chrétiens est un père qui fait grand cas de ses pommes et fort peu de ses enfants » mais aux progrès de la science et de la technique, certitude qui lui permit de s’atteler à cet ouvrage pharaonique qu’est l’Encyclopédie, et dont il fut le maître d’œuvre durant une vingtaine d’années, réécrivant les articles censurés, rageant contre l’imprimeur jusque fort avant dans la nuit, visitant les fabriques et se faisant expliquer les mystères de la fabrication de la soie, sollicitant les uns et les autres pour la tenue d’un des articles. Ouvrir le savoir au plus grand nombre et développer l’esprit critique, tel était son dessein car Diderot était fondamentalement bon et généreux.
Quant à ses flâneries au Louvre, il en ramenait toujours des notes pour ses Salons où il décrivait et critiquait les nouveaux tableaux, faisant découvrir des peintres peut-être restés obscurs sans lui, tels Greuze et ses charmantes scènes de famille ou encore Chardin et ses natures mortes, dont Le Bocal d’olives l’exalta : « On en mangerait ! », s’exclama-t-il en me frappant fort violemment le dos.

L’art et les sciences le préoccupèrent au plus haut point mais Diderot fut avant tout un écrivain prolifique, que ce soit dans le domaine du roman, du conte ou du théâtre mais ses drames bourgeois, trop larmoyants aux yeux d’un public superficiel, ne connurent pas le succès escompté.
On peut lui pardonner un ouvrage libertin de sa jeunesse, Les Bijoux indiscrets : il faut bien manger, et puis le libertinage était à la mode… Mais jamais sa pensée hardie ne recula : sa Lettre sur les aveugles à l’usage de ceux qui voient lui valut quelques mois en la prison du château de Vincennes, qu’importe ! Je crois que cet ouvrage fut sa porte d’entrée dans la littérature d’idées, qui cherche à déblayer le chantier que notre siècle a mis en œuvre. Il le fit à sa manière, à travers ses romans singuliers mi-contes philosophiques, mi-dialogues de théâtre, que ce soit Le Neveu de Rameau ou Jacques le fataliste. Quoi ? Vous froncez le sourcil ? Ce Neveu de Rameau ne vous dit rien ? C’est qu’il est resté inédit dans ses papiers. Qui sait ce qu’en fera sa fille ?
Fantaisiste, il se mit en tête de jouer un tour à l’un de ses amis, ce qui nous valut La Religieuse, belle mystification que nous ne fûmes que quelques-uns à lire.
Cet homme-orchestre écrivit sur la poésie des lignes d’avant-garde : pour lui, « la poésie veut quelque chose d’énorme, de barbare et de sauvage ». Qu’en pense notre bon abbé Delille avec ses « Quatre états de la nature » ? Rien de bon assurément ! Souhaitons que nos descendants entendent cet appel vers une poésie libre, libérée de ses chaînes séculaires… Liberté ! J’ose le mot en cette année 1784 où Diderot vient de mourir, dix ans après la révolte des Insurgents d’Amérique, parce que, tel un navire parti à l’assaut des océans du monde, de ses récifs et de ses tempêtes, il vécut et écrivit en homme affranchi de tout pouvoir.

Pour terminer ce modeste hommage, je vous livre l’une de ses pensées qu’il recopia pour moi dans mon carnet secret : « Tout s’anéantit, tout périt, tout passe. Il n’y a que le monde qui reste. Il n’y a que le temps qui dure. Qu’il est vieux, ce monde ! Je marche entre deux éternités. » L’éternité ? C’est tout le mal que je lui souhaite. »

Tina Malet

Corrigé rédigé par Tina Malet.
Lire son blog : Des Précieuses aux Femmes des Lumières

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