Louis Aragon, Le Mentir-vrai, « Les bons voisins »
Albert Cohen, Belle du Seigneur
Annie Ernaux, La Place
Gustave Flaubert : L'Éducation sentimentale Madame Bovary Bouvard et Pécuchet
Jean Follain, L'Épicerie d'enfance, "Repas"
Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses
François Mauriac, Thérèse Desqueyroux
Marcel Proust, Du côté de chez Swann
Nathalie Sarraute : Martereau Le Planétarium Tropismes
Émile Zola, La Curée
« Rien en moi qui puisse la mettre sur ses gardes, éveiller tant soit peu sa méfiance. Pas un signe en moi, pas le plus léger frémissement quand elle frétille imperceptiblement et dit sur un ton ironique, en plaçant entre guillemets "gens importants", "grands manitous1" : Nous étions obligés de recevoir des tas de "gens importants". Nous étions reçus chez des tas de "grands manitous". J'observe scrupuleusement les règles du jeu. Je me tiens dans la position voulue. Je la regarde sans broncher même dans ces moments où l'on a un peu honte, un peu chaud, et où l'on détourne les yeux malgré soi pour qu'ils ne s'aperçoivent pas qu'on voit ; même dans ces moments-là je la regarde bien droit d'un regard innocent et approbateur.
Aussi avec moi elle peut s'en donner à cœur joie. Ils peuvent tous s'en donner à cœur joie avec moi. Je n'oppose jamais la moindre résistance. C'est cela sans doute, cette étrange passivité, cette docilité que je ne suis encore jamais parvenu à bien m'expliquer qui les excite, qui leur fait irrésistiblement sécréter à mon contact une substance pareille au liquide que projettent certains animaux pour aveugler leur proie... "Des tas de gens "importants", de grands "manitous". Un tel... vous le connaissez ? Vous en avez sûrement entendu parler. J'ai dîné avec lui l'autre jour... il m'a raconté..." »
1 manitous : esprits puissants (tribu indienne du Canada) ; par analogie : "gens puissants".
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