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Le souci de la modernité au XIXe siècle

Cette page a été rédigée par Benjamin.
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« La modernité, c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable », nous dit Charles Baudelaire. En effet, la modernité n’est rien d’autre que ce qui s’inscrit dans une époque : art, histoire, comportements sociaux-culturels et psychologiques, etc. Chaque époque a sa caractéristique propre qui permet à la fois de la définir, mais aussi de la différencier d’une autre époque. Mais la modernité est également ce qui demeure « immuable » et « éternel » puisque l’homme reste acteur et moteur de son environnement. Même si une évolution liée aux progrès et l’essor de la pensée intervient, il n’en reste pas moins que l’homme dépeint encore et toujours les traits fondamentaux de l’homme. Les batailles, les guerres de religion, les conflits de classe ont toujours existé. Ce qui change, c’est l’ère mais l’homme demeure « éternel ». Si l’on compare les tableaux de Raphaël (1483-1520) et de Cézanne (1839-1906), quels changements voyons-nous hormis le style pictural ? Ils représentent tous deux toujours l’homme. Que l’on compare Les Trois Grâces de Raphaël et les Cinq baigneurs de Cézanne, ne voyons-nous pas toujours l’homme, certes, peint différemment, mais toujours fidèle à sa nature ? On voit clairement que le temporel et l’intemporel entretiennent ainsi un lien très étroit. C’est d’ailleurs ce que dira Eugène Ionesco dans Notes et contre-notes : « Un Renoir, un Manet, des peintres du XVIIe ou du XVIIIe siècle n’ont pas eu besoin de connaître les peintures des autres époques pour retrouver et exprimer la même attitude, ressentir la même émotion devant cette attitude habitée par la même inaltérable grâce sensuelle ». De plus, la modernité doit conserver tout son ancrage dans la réalité même de son temps, et n’emprunter aucun attrait aux siècles précédents. Ce serait « décontextualiser » et dénaturer l’objectivité.

Cette modernité que défend Baudelaire est une véritable continuité par rapport au romantisme. Nous rappelons que le romantisme se veut libre, mais est surtout enclin à définir les beautés inépuisables de son temps. Ne l’oublions pas : le romantique se hasarde à la conquête de terres d’imaginations nouvelles prêtes à être fécondées. Ainsi, on voit bien que le romantisme est la rupture entre ce qui a été et ce qui demeure. D’ailleurs Stendhal dit bien : « Un roman est un miroir qui se promène sur une grande route. […] Son miroir montre la fange, et vous accusez le miroir ». Et aussi, dans Racine et Shakespeare (1823) : « Les romantiques ne conseillent à personne d’imiter directement les drames de Shakespeare. […] Ce qu’il faut imiter de ce grand homme, c’est la manière d’étudier le monde au milieu duquel nous vivons et l’art de donner à nos contemporains précisément le genre de tragédie dont ils ont besoin, mais qu’ils n’ont pas l’audace de réclamer, terrifiés qu’ils sont par la réputation du grand Racine ». En cela, la modernité est une continuité du romantisme puisqu’elle poursuit cette volonté de rompre avec ce qui fut, sans pour rejeter les « jadis » et les « naguère ».

Le langage poétique peut être incarné par la prose, voilà la vraie modernité ! (« Laisse-moi mordre longtemps tes tresses lourdes et noires. Quand je mordille élastiques et rebelles, il me semble que je mange des souvenirs »).

 

livres


Hernani  Préface de Cromwell  Les Fleurs du Mal
Hugo, Hernani, Hachette, 2006.
Hugo, Préface de Cromwell, Larousse, 2001.
Baudelaire, Les Fleurs du Mal, Gallimard, 2004.
Marmontel (1723-1799), Éléments de littérature.
Madame de Staël (1766-1817), De la littérature.