Louis Aragon, Le Mentir-vrai, « Les bons voisins »
Albert Cohen, Belle du Seigneur
Annie Ernaux, La Place
Gustave Flaubert : L'Éducation sentimentale Madame Bovary Bouvard et Pécuchet
Jean Follain, L'Épicerie d'enfance, "Repas"
Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses
François Mauriac, Thérèse Desqueyroux
Marcel Proust, Du côté de chez Swann
Nathalie Sarraute : Martereau Le Planétarium Tropismes
Émile Zola, La Curée
Les Liaisons dangereuses (1782)
Lettre 10
LA MARQUISE DE MERTEUIL AU VICOMTE DE VALMONT
« Me boudez-vous, Vicomte ? ou bien êtes-vous mort ? ou, ce qui y ressemblerait beaucoup, ne vivez-vous plus que pour votre Présidente ? Cette femme, qui vous a rendu les illusions de la jeunesse, vous en rendra bientôt aussi les ridicules préjugés. Déjà vous voilà timide et esclave ; autant vaudrait être amoureux. Vous renoncez à vos heureuses témérités. Vous voilà donc vous conduisant sans principes, et donnant tout au hasard, ou plutôt au caprice. Ne vous souvient-il plus que l'Amour est, comme la médecine, seulement l'art d'aider la Nature ? Vous voyez que je vous bats avec vos armes : mais je n'en prendrai pas d'orgueil ; car c'est bien battre un homme à terre. Il faut qu'elle se donne, me dites-vous : eh ! sans doute, il le faut ; aussi se donnera-t-elle comme les autres, avec cette différence que ce sera de mauvaise grâce. Mais, pour qu'elle finisse par se donner, le vrai moyen est de commencer par la prendre. Que cette ridicule distinction est bien un vrai déraisonnement de l'Amour ! Je dis l'Amour ; car vous êtes amoureux. Vous parler autrement, ce serait vous trahir ; ce serait vous cacher votre mal. »
Plusieurs remarques d'ordre stylistique :
Lettre 63
« J'allai le soir même chez Madame de Volanges, et, suivant mon projet, je lui fis confidence que je me croyais sûre qu'il existait entre sa fille et Danceny une liaison dangereuse. Cette femme, si clairvoyante contre vous, était aveuglée au point qu'elle me répondit d'abord qu'à coup sûr je me trompais ; que sa fille était un enfant, etc. Je ne pouvais pas lui dire tout ce que j'en savais ; mais je citai des regards, des propos, dont ma vertu et mon amitié s'alarmaient. Je parlai enfin presque aussi bien qu'aurait pu faire une Dévote, et, pour frapper le coup décisif, j'allai jusqu'à dire que je croyais avoir vu donner et recevoir une Lettre. Cela me rappelle, ajoutai-je, qu'un jour elle ouvrit devant moi un tiroir de son secrétaire, dans lequel je vis beaucoup de papiers, que sans doute elle conserve. Lui connaissez-vous quelque correspondance fréquente ? Ici la figure de Madame de Volanges changea, et je vis quelques larmes rouler dans ses yeux. Je vous remercie, ma digne amie, me dit-elle, en me serrant la main, je m'en éclaircirai.
Après cette conversation, trop courte pour être suspecte, je me rapprochai de la jeune personne. Je la quittai bientôt après, pour demander à la mère de ne pas me compromettre vis-à-vis de sa fille, ce qu'elle me promit d'autant plus volontiers, que je lui fis observer combien il serait heureux que cet enfant prît assez de confiance en moi pour m'ouvrir son cœur et me mettre à portée de lui donner mes sages conseils. Ce qui m'assure qu'elle tiendra sa promesse, c'est que je ne doute pas qu'elle ne veuille se faire honneur de sa pénétration auprès de sa fille.
Je me trouvais, par là, autorisée à garder mon ton d'amitié avec la petite, sans paraître fausse aux yeux de Madame de Volanges ; ce que je voulais éviter. J'y gagnais encore d'être, par la suite, aussi longtemps et aussi secrètement que je voudrais, avec la jeune personne, sans que la mère en prît jamais d'ombrage. »
L'ironie et le discours rapporté
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Laclos, Les Liaisons dangereuses, texte intégral et dossier, Gallimard.
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