Albert Camus (1913-1960), La Chute (1956)

Albert Camus - Repères biographiques

Albert CamusClamence n’est pas Camus. Mais il y a dans le récit des éléments biographiques. Né en Algérie, il a été élevé par sa mère et il est issu d’un milieu modeste. En 1957, il a reçu le prix Nobel de littérature pour « avoir mis en lumière les problèmes se posant de nos jours à la conscience des hommes ». Dès son adolescence, il est atteint de la tuberculose. Il fait des études de philosophie et adhère au parti communiste. 1938 est l’année de publication des Noces qui est un hymne à la Méditerranée. À cause de la guerre, Camus vient s’installer à Paris et c’est pour lui un déchirement. Atteint de la tuberculose, il ne peut s’engager dans la guerre mais il entre dans le réseau « Combat » de la Résistance où il fut très actif. Il y poursuit notamment son métier de journaliste. En 1954, c’est la guerre d’Algérie et Camus milite en faveur de la paix. En 1960, il meurt dans un accident de voiture.
L’œuvre de Camus fonctionne par cycles et La Chute en est le cycle final. Les Noces (1939) est son œuvre la plus positive, la plus heureuse. Dans L’Étranger et Le Mythe de Sisyphe, l’homme est jugé pour ce qu’il est (sentiment de l’absurde) ; La Peste (1947) symbolise une révolte collective contre un mal qui touche tout le monde. C’est le point de rupture avec Sartre. En 1951, c’est la publication de L’Homme révolté, un ouvrage précurseur de La Chute. C’est la rupture définitive avec Sartre : Camus serait un idéaliste alors que Sartre est pour l’action.

À propos de La Chute - Le titre

1956 est l’année de publication de La Chute. Camus avait pensé à d’autre titres, notamment « Le Cri » (contre la société, les existentialistes). Le titre « La Chute » a une dimension morale et sociale, physique, religieuse, géographique et, bien sûr, littéraire.
C’est d’abord une chute physique, celle du suicide de la jeune femme (depuis le Pont Royal) → ce suicide déclenche la chute morale et sociale de Clamence : celui-ci se rend compte qu’il est double.
C’est aussi une chute sociale car il fait du recel au Mexico-City. Il est « juge-pénitent » : il se châtie lui-même de ne pas avoir sauvé la jeune femme ; il se punit en fait de ses crimes, c’est une maladie de la conscience, c’est sa chute.
C’est également une chute géographique : Clamence s’installe à Amsterdam, lieu opposé à celui de lumières, de hauteurs où il vivait auparavant. Ce nouveau lieu symbolise les enfers, c’est un lieu plat, situé au-dessous du niveau de la mer.
Le titre a aussi une dimension religieuse : « Clamence » n’est pas sans rappeler clamans in deserto (« criant dans le désert ») // Jean-Baptiste, prophète (« celui qui parle devant, qui annonce les choses avant qu’elles n’arrivent ») qui a baptisé le Christ dans les eaux du Jourdain et qui a passé sa vie dans le désert. La chute, dans la Bible, c’est aussi la chute d’Adam et Ève. C’est également la chute des anges rebelles (dont le chef est Lucifer ; « celui qui porte la lumière ») dans l’Apocalypse. Comme Lucifer, Clamence a chuté : c’est la victoire de dieu sur les forces du mal. Enfin, c’est la chute dans l’Évangile selon saint Matthieu (XI, 6 : « Heureux celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute ! »).
La chute du livre : ce sont les dernières lignes de l’ouvrage → le suicide est présent au début et à la fin de La Chute. Le dernier mot en est « heureusement » : Clamence ne sauverait pas la jeune femme s’il se retrouvait dans la situation initiale. Clamence semble heureux d’avoir commis une faute et d’avoir chuté. Il transforme le malheur en bonheur ; est-il sincère ?
Pour clore cette présentation, cette chute est aussi celle des autres car Clamence raconte son histoire aux autres, qui doivent se rendre compte de leurs fautes et se confesser, à l’instar de Clamence, et devenir, peut-être, juges-pénitents.

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La Chute
A. Camus, La Chute.

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