Grammaire

Accord du participe passé dans les formes pronominales

Une contribution de Michel.

C’est l’une des difficultés majeures du français que d’accorder les participes passés dans les propositions à la forme pronominale.

  • La proposition est pronominale de sens réfléchi, réciproque ou successif, et elle peut donc être tournée à la voix non pronominale avec l’auxiliaire « avoir ». Si le verbe non pronominal qui figure dans cette nouvelle tournure a un COD et si ce COD précède le participe ou remplace le pronom conjoint, alors le participe s’accorde avec le COD. Sinon le participe reste invariable.
  • La proposition est de sens passif ou essentiellement pronominale. Si le verbe pronominal qui y figure a un COD (ce qui ne se produira pas lorsque la proposition est de sens passif), le participe passé s’accorde avec ce COD ou reste invariable, selon que le COD précède ou non le participe. Si le verbe pronominal n’a pas de COD, le participe s’accorde avec le sujet.

Ces règles sont d’un intérêt pratique limité, comme on va le voir.

Dans un très grand nombre de cas, la situation est celle-ci : le verbe pronominal qui figure dans la proposition n’a pas de COD, et lorsqu’on tente de tourner la proposition à la forme non pronominale, le pronom conjoint devient un COD. Le participe passé s’accorde donc avec le sujet, SANS QU’IL SOIT NÉCESSAIRE de se demander si la proposition est bien pronominale de sens réfléchi, réciproque ou successif. Ainsi en est-il pour « Elle s’est consacrée à l’éducation des enfants abandonnés ».

Dans un grand nombre d’autres cas, le verbe pronominal qui figure dans la proposition a un COD, et lorsqu’on tente de tourner la proposition à la forme non pronominale, le pronom conjoint devient un complément d’attribution (« à moi-même », « à soi-même », « l’un à l’autre », etc.), tandis que le COD du verbe pronominal reste le COD du verbe non pronominal. Le participe passé s’accorde donc avec le COD ou reste invariable, suivant que le COD précède ou non le participe. Là encore, IL N’EST PAS NÉCESSAIRE de se demander si la proposition est bien pronominale de sens réfléchi, réciproque ou successif. Ainsi en est-il pour « La somme qu’ils se sont partagée était considérable ».

En général, le fait qu’une proposition soit ou non accidentellement pronominale n’influera pas sur l’accord des participes passés. Il n’en sera pas ainsi lorsqu’elle contient des verbes comme se convenir, se correspondre, s’écrire, se dire, se laisser, se mentir, se nuire, s’en vouloir, se parler, se ressembler, se sourire, se succéder, se suffire, se survivre, se téléphoner ; une telle proposition est de sens réfléchi, réciproque ou successif, et le participe passé y est invariable.

Voici quelques propositions dans lesquelles l’accord même du participe passé montre clairement qu’elles sont accidentellement pronominales: « Il est vrai qu’elle et moi nous nous sommes parlé des yeux » (Molière, Le Sicilien, Acte I, scène 2), « Si tu savais comme nous nous sommes parlé ! » (Marivaux, L’Épreuve, scène 9), « Les quatre coups de fusil s’étaient succédé avec une rapidité incroyable » (Mérimée, Colomba, chapitre 17), « Depuis la mort de Bovary, trois médecins se sont succédé à Yonville sans pouvoir y réussir » (8, partie 3, chapitre 11), « Leurs progrès se sont ressemblé » (Sully Prudhomme, La Justice, veille 4, poème Entre États), « Elle s’était laissée mourir » (André Bellesort, Virgile), « D’après des experts qui s’en seraient voulu d’estimer trop haut une fortune » (Louis Aragon, Les Cloches de Bâle, partie 3, chapitre 6), « Elle ne s’est pas sentie mourir »(Marcel Arland, Terre natale), « Ils se sont nui », « Ils se sont suffi à eux-mêmes », « Les grands génies se sont survécu ».

Par contre, « s’en prendre à » étant essentiellement pronominal, on écrira « À qui la Direction s’en est-elle prise ? ».

Maintenant, examinons la proposition « Ils s’étaient refusés à suivre l’exemple de ceux qui, se reniant par lâcheté ou par intérêt, sont passés dans le camp de ceux qu’ils combattaient la veille» (Aragon, tract de février 1942). « Se refuser » y a le sens de « ne pas consentir ». Il n’est pas transitif direct, et ne peut donc signifier « refuser à soi-même ». Ceci montre qu’il est pronominal autonome et explique l’accord du participe. Par contre, « se refuser » veut dire « refuser à soi-même » dans « Elle se rappela tout ce qu’elle s’était refusé, tout ce qu’elle aurait pu avoir ! et pourquoi ? pourquoi ? » (8, partie 2, chapitre 11).

Il ne faut pas confondre un attribut du sujet et un COD du verbe pronominal. Ainsi dans « Julien ne passait pas une heure de sa vie sans se dire que Bonaparte, lieutenant obscur et sans fortune, s’était fait le maître du monde avec son épée » (6, livre 1, chapitre 5), « Jamais elle ne s’était sentie abandonnée ainsi par la vie, prête à exhaler son dernier souffle » (10, chapitre 7), « Depuis la fuite de Simon, dont ils s’étaient faits les complices, maman ne parlait plus aux Duberc que pour leur donner des ordres » (F. Mauriac, Un adolescent d’autrefois), « Les Goncourt se sont faits l’écho de certaines de ses confidences à ce sujet » (Billy, dans le Figaro littéraire du 25 Septembre 1967), « Elle s’est imaginée toute vêtue de noir », « Elle s’est rendue coupable de malversations », le verbe pronominal n’a pas de COD.

En ce qui concerne les participes cru, dit, jugé, su, trouvé, voulu et leurs synonymes, l’accord ou le non accord avec le sujet est possible, lorsque le pronom conjoint, devenu un COD dans la tournure avec « avoir », est suivi d’un attribut, et l’on peut écrire « Anarchistes, communistes, socialistes, républicains, comme l’inépuisable grondement de ces avions mêlait bien ces sangs qui s’étaient crus [ou cru] adversaires, au fond fraternel de la mort » (Malraux, L’Espoir, partie « sang de gauche », chapitre 2). Dans ce cas, on peut en effet considérer que le véritable objet direct, dans la tournure avec « avoir » est l’ensemble formé par le pronom conjoint et l’attribut.

Les exemples ci-dessous de propositions à la forme pronominale auraient pu être omis, car, ainsi qu’expliqué plus haut, l’accord des participes passés y figurant est évident, alors que leur classement est contestable. La distinction est parfois floue entre les diverses catégories de formes pronominales; comme exemples citons : « Les manifestants s’étaient dispersés », « On avait brodé cela sur quelque métier de palissandre, meuble mignon où s’étaient penchées les boucles molles de la travailleuse pensive » (8, partie 1, chapitre 9) et « Elle sentait bien qu’elle ne saurait plus vivre que là, où ses mornes habitudes s’étaient enracinées » (10, chapitre 13) — même si l’on peut raisonnablement estimer que les deux dernières propositions pronominales sont médio-passives.

  • Les propositions suivantes sont (me semble-t-il !) à la forme réfléchie et elles ont le premier comportement décrit ci-dessus : le verbe pronominal qui figure dans la proposition n’a pas de COD, et lorsqu’on tente de tourner la proposition à la forme non pronominale, le pronom conjoint devient un COD. « Manon s’était couchée dans son appartement » (1, page 77), « J’appris, en arrivant de la ville assez tard, que Manon, pendant sa promenade, s’était écartée un moment de ses compagnes, et que l’étranger, qui la suivait à peu de distance, s’étant approché d’elle au signe qu’elle lui en avait fait, elle lui avait remis une lettre qu’il avait reçue avec des transports de joie. Il n’avait eu le temps de les exprimer qu’en baisant amoureusement les caractères, parce qu’elle s’était aussitôt dérobée » (1, page 122), « C’était une âme naïve, qui jamais ne s’était élevée même jusqu’à juger son mari, et à s’avouer qu’il l’ennuyait » (6, livre 1, chapitre 3), « Quelques-uns même qui s’étaient levés dès avant l’aube, n’ayant pas vu clair à se faire la barbe, avaient des balafres en diagonale sous le nez » (8, partie 1, chapitre 4), « Les enfants s’étaient endormis sous les bancs » (ibidem, chapitre 4), « Pourquoi, mon Dieu ! me suis-je mariée ? » (ibidem, chapitre 7), « Elle se parut à elle-même bien sotte et bien bonne de s’être troublée tout à l’heure pour si peu de chose » (8, partie 2, chapitre 6), « Ils s’y étaient promenés bien des fois, à ce même murmure des ondes sur les cailloux couverts de mousse » (ibidem, chapitre 7), « Elle s’était appuyée contre l’embrasure de la mansarde » (ibidem, chapitre 13), « Vous vous êtes donc décidée à rester ? ajouta-t-il » (8, partie 3, chapitre 1), « Il fut sur la Place accosté par l’Aveugle, qui, s’étant traîné jusqu’à Yonville, demandait à chaque passant où demeurait l’apothicaire » (ibidem, chapitre 9), « Des militaires, s’étant approchés du tribunal de la pénitence, avaient senti les écailles leur tomber des yeux » (ibidem, chapitre 9), « Ils s’étaient mis à droite, contre le mur » (ibidem, chapitre 10), « Elle s’était décidée à quitter l’île pour venir se fixer sur le contient » (9, chapitre 2)– rappelons que l’on décide quelqu’un à faire quelque chose–, « Après son départ, j’assainissais moi-même la partie de ma table où ses coudes s’étaient posés, en l’essuyant avec des serviettes » (9, chapitre 21), « Elle s’était habituée même à lire le grec » (9, chapitre 38), « Un soir Lise, âgée alors de vingt ans, s’était jetée à l’eau sans qu’on sût pourquoi » (10, chapitre 4), « Elle s’était endormie jeune fille ; elle était femme maintenant » (10, chapitre 4), « Après l’angoisse du premier soir, Jeanne s’était habituée déjà au contact de Julien » (10, chapitre 5), « Alors la baronne, s’étant penchée par la portière et l’ayant considéré, fut secouée d’une crise de gaieté » (10, chapitre 6), « Elle aussi l’avait trouvé gentil ; et c’est uniquement pour cela qu’elle s’était donnée, liée pour la vie » (10, chapitre 7), « La bonne Hortense s’est brûlée au doigt » (10, chapitre 9), « Les créanciers ne s’étaient point montrés d’abord » (10, chapitre 11), « Ils lui faisaient l’effet de ces gens qu’on a fréquentés longtemps sans qu’ils se soient jamais révélés et qui soudain, un soir, à propos de rien, se mettent à bavarder sans fin » (10, chapitre 12), « C’était le dernier fragment du banc où elle s’était assise si souvent avec tous les siens » (10, chapitre 14), « Elle s’était considérée comme une véritable courtisane » (chapitre 7), « Ma tante et ma mère s’étaient levées, effrayées » (chapitre 15).
  • Celles-là sont à la forme réciproque, et elles ont le premier comportement décrit ci-dessus. « Ce malheureux, qui se voyait sans un sou, avait prié Lescaut de lui prêter la moitié de la somme qu’il avait perdue ; et sur quelques difficultés nées à cette occasion, ils s’étaient querellés avec une animosité extrême » (1, page 116), « Un jour qu’ils s’étaient quittés de bonne heure, elle aperçut les murs de son couvent » (8, partie 3, chapitre 6), « Ils ne s’étaient pas rencontrés de tout l’hiver, comme si une fatalité les eût toujours éloignés l’un de l’autre » (Loti, Pêcheur d’Islande, partie 2, chapitre 11), « Maintenant, leurs lèvres s’étaient rencontrées, et elle ne détournait plus les siennes » (ibidem, partie 4, chapitre 7), « Il leur sembla, à tous les deux, qu’ils ne s’étaient pas encore vus » (10, chapitre 4), « Elle y songeait souvent, se demandant d’où venait qu’après s’être rencontrés ainsi, aimés, épousés dans un élan de tendresse, ils se retrouvaient tout à coup presque aussi inconnus l’un à l’autre que s’ils n’avaient pas dormi côte à côte » (10, chapitre 6), « Et les deux carrioles partirent au trot, secouant et ballotant à chaque cahot des grandes ornières ces restes d’êtres qui s’étaient étreints » (10, chapitre 10), « On s’est séparés à regret » (H. Bosco, Tante Martine), « Tant que nous nous sommes aimés, nous nous sommes compris sans paroles » (A. Camus, La Peste, partie 2, chapitre 2).
  • Les propositions suivantes sont à la forme réfléchie, et elles ont le second comportement décrit ci-dessus : le verbe pronominal qui figure dans la proposition a un COD, et lorsqu’on tente de tourner la proposition à la forme non pronominale, le pronom conjoint devient un complément d’attribution (« à moi-même », « à soi-même », « l’un à l’autre », etc.), tandis que le COD du verbe pronominal reste le COD du verbe non pronominal. « Ce n’est pas, en vérité, Athéniens, pour gagner beaucoup de temps que vous vous serez fait le renom et l’accusation d’avoir été les meurtriers d’un homme sage, de Socrate » (Platon, Apologie de Socrate), « Je m’aperçus, peu après, que notre table était mieux servie, et qu’elle s’était donné quelques ajustements d’un prix considérable » (1, page 45), « C’était un amusement qu’elle s’était donné plusieurs fois » (1, page 123), « Mme de Rênal s’était trouvé assez de sens pour oublier bientôt, comme absurde, tout ce qu’elle avait appris au couvent » (6, livre 1, chapitre 7), « Sans les principes de gravité austère que, depuis quinze ans, il s’était imposés envers ses élèves en théologie, le directeur du séminaire eût embrassé Julien » (6, livre 1, chapitre 25), « Suivant les maximes qu’il s’était faites, il considéra ses trois cent vingt et un camarades comme des ennemis » (ibidem, chapitre 26), « C’est une épreuve que je me suis imposée » (ibidem, chapitre 26), « L’examinateur changea de visage et lui reprocha avec aigreur le temps qu’il avait perdu à ces études profanes, et les idées inutiles ou criminelles qu’il s’était mises dans la tête » (ibidem, chapitre 29), « Voilà une bourse qui renferme tout ce que nous nous sommes trouvé d’argent » (Stendhal, Trop de faveur tue), « Il en vint à se délier de toutes les propositions qu’il s’était faites »(8, partie 1, chapitre 1), « Elle s’était acheté un buvard, une papeterie, un porte-plume et des enveloppes » (8, partie 1, chapitre 9), « Une femme qui s’était imposé de si grands sacrifices pouvait bien se passer des fantaisies » (8, partie 2, chapitre 7), « Pour s’être découvert trois cheveux gris sur les tempes, elle parla beaucoup de sa vieillesse » (ibidem, chapitre 7), « À la porte de l’église, les mariés s’étaient acheté, suivant la coutume, des bouquets de fausses fleurs » (Loti, Pêcheur d’Islande, partie 4, chapitre 6), « Elle songeait pourtant à la joie qu’elle s’était promise en retrouvant ses parents » (10, chapitre 6), « Elle s’était fait une indifférence inébranlable à tous les accidents de la naissance ou de la mort » (10, chapitre 8), « Peut-être parfois, Mme de Guermantes s’était dit de moi : “Un à qui nous demanderons de venir dîner”. Mais d’autres pensées l’avaient distraite » (12), « En parlant de la nièce de M. Besson, qui s’était cassé un bras en tombant d’un arbre, il avait dit : “ Cette petite est un garçon manqué” » (15, chapitre 7), « Elle s’est rendu compte de ses erreurs ».
  • Celles-là sont à la forme réciproque, et elles ont le second comportement décrit ci-dessus. « En se quittant le matin, quand tout le monde était parti à la débandade, au petit jour glacé, ils s’étaient dit adieu d’une façon à part, comme deux promis qui vont se retrouver le lendemain » (Loti, Pêcheur d’Islande, partie 1, chapitre 5), « Elle avait au moins la consolation et l’attente délicieuse de cet au revoir qu’ils s’étaient dit pour l’automne » (ibidem, partie 5, chapitre 2), « En se quittant, ils s’étaient donné une solide poignée de main » (V. Larbaud, Fermina Marques). Il semble que la phrase « C’était de là qu’ils s’étaient donnés un dernier rendez-vous » (Loti, Pêcheur d’Islande, partie 5, chapitre 2) soit fautive.
  • Les propositions suivantes sont à la forme essentiellement pronominale. « Presque tous les siècles se sont plaints d’avoir vu l’iniquité triomphante » (Bossuet, Sermon sur la Providence), « Ce sont des fautes dont ils ne se sont pas souciés » (Boileau, Traité du Sublime, chapitre 27), « Les parents de Manon se seront servis de cet homme pour lui faire tenir quelque argent » (1, page 47), « Il me restait à peine vingt pistoles qui s’étaient trouvées heureusement dans ma poche » (1, page 67), « Je lui ai dit que l’avenir apporterait à ma sœur de grands besoins ; qu’elle s’était chargée, d’ailleurs, du soin d’un jeune frère » (1, page 80), « Il apprit à son oncle de quelle manière les choses s’étaient passées entre nous » (1, page 186), « Les fonctions de Tribune du Peuple que s’était arrogées l’Assemblée des Jacobins, n’étaient alors que trop faciles à remplir » (4, page 276), « Elle s’est échappée de la prison » (Chateaubriand, Les Martyrs, livre 24), « Mme de Rênal regardait les grosses larmes qui s’étaient arrêtées sur les joues si pâles d’abord et maintenant si roses de ce jeune paysan » (6, livre 1, chapitre 6), « Quoi, c’était là ce précepteur qu’elle s’était figuré comme un prêtre sale et mal vêtu, qui viendrait gronder et fouetter ses enfants ! » (6, livre 1, chapitre 6), « Un sommeil de plomb s’empara de Julien, mortellement fatigué des combats que toute la journée la timidité et l’orgueil s’étaient livrés dans son cœur » (ibidem, chapitre 9), « Une heure ne s’était pas écoulée, qu’à son grand étonnement, il découvrit que Mme de Rênal lui faisait mystère de quelque chose » (ibidem, chapitre 23), « Ma présomption s’est si souvent applaudie de ce que j’étais différent des autres jeunes paysans ! » (ibidem, chapitre 27), « Chazel et les plus distingués des séminaristes lui firent des avances, et se seraient presque plaints à lui de ce qu’il ne les avait pas avertis de la fortune de ses parents » (ibidem, chapitre 29), « Elle pensait souvent à l’être singulier dont la rencontre avait bouleversé son existence, mais se fût bien gardée de lui écrire » (ibidem, chapitre 29), « Elle s’en est allée avant d’être une femme » (Hugo, Les Contemplations, livre 5, poème 14), « Alors elle s’était tue, avalant sa rage dans un stoïcisme muet, qu’elle garda jusqu’à sa mort » (8, partie 1, chapitre 1), « La dernière journée s’était écoulée comme les précédentes, à reculer de quart d’heure en quart d’heure » (ibidem, chapitre 3), « Le bonheur qui aurait dû résulter de cet amour n’étant pas venu, il fallait qu’elle se fût trompée, songeait-elle » (ibidem, chapitre 5), « Mme Bovary s’étant avisée de prétendre que les maîtres devaient surveiller la religion de leurs domestiques, elle lui avait répondu d’un œil colère » (ibidem, chapitre 9), « Emma s’était emportée ; elle avait accusé Charles de ce malheur » (8, partie 2, chapitre 1), « T’es-tu bien amusée hier ? demanda-t-il » (ibidem, chapitre 2), « Il avait tant dépensé que toute la dot s’était écoulée en deux ans » (ibidem, chapitre 3), « La fatalité s’en était mêlée » (ibidem, chapitre 11), « Elle ne partageait pas son humiliation, elle en éprouvait une autre : c’était de s’être imaginé qu’un pareil homme pût valoir quelque chose » (ibidem, chapitre 11), « Une fièvre cérébrale s’était déclarée » (ibidem, chapitre 13), « Elle semblait ne point souffrir, comme si son corps et son âme se fussent ensemble reposés de toutes leurs agitations » (ibidem, chapitre 13), « Le jeune homme déclara s’être ennuyé prodigieusement tout le temps de ses études » (8, partie 3, chapitre 1), « Il se désespérait en pensant au bonheur qu’ils auraient eu si, se rencontrant plus tôt, ils se fussent attachés l’un à l’autre d’une manière indissoluble » (ibidem, chapitre 1), « L’idée de revoir les lieux où s’était passée sa jeunesse l’exaltait sans doute » (8, partie 3, chapitre 6), « Longtemps elle s’était mise auprès de la grande Lisa, qu’on disait grosse ; et elle coulait des regards luisants sur sa voisine, comme si elle s’était attendue à la voir enfler et éclater tout d’un coup » (Zola, L’Assommoir, chapitre 11), « Elle n’avait point de religion, mais elle s’était imaginé brusquement que ce prêtre allait lui donner quelque chose » (Zola, Germinal, livre 2, chapitre 2), « Mais enfin, comment la chose s’est-elle passée ? » (A. Daudet, L’Agonie de la Sémillante), « Allons, bon, cette histoire n’était pas encore finie, elle s’en était bien doutée » (Loti, Pêcheur d’Islande, partie 1, chapitre 3), « Et le long des parterres, c’était une profusion de roses, de pivoines, de lis, qui semblaient s’être trompés de saison et frissonner comme nous, sous ce crépuscule brusquement refroidi »(9, chapitre 37), « Ils se sont accoudés ensemble, la mère et le fils, à cette fenêtre » (Pierre Loti, Matelot, chapitre 19), « Les nuages s’étant fendus, le fond bleu du firmament parut » (10, chapitre 1), « Dès que la fraîcheur de la nuit s’était dissipée, elle descendait appuyée sur le bras de Rosalie » (10, chapitre 2), « A mesure que sa taille s’était épaissie, son âme avait pris des élans plus poétiques » (10, chapitre 2), « Il leur semblait qu’une bonté nouvelle entrait en eux, une affection plus épandue, un intérêt à mille choses dont ils ne s’étaient jamais souciés » (10, chapitre 3), « Ses parents s’étaient contentés de parler d’un coup de tête » (10, chapitre 4), « Tante Lison s’était remise à tricoter »(10, chapitre 4), « Tante Lison s’était déjà retirée dans sa chambre » (10, chapitre 4), « Deux mois s’étaient écoulés depuis leur départ » (10, chapitre 5), « S’étaient-ils trompés ? » (10, chapitre 6), « De temps en temps, on entendait craquer les arbres, comme si leurs membres de bois se fussent brisés sous l’écorce » (10, chapitre 7), « Julien t’a-t-il dit pourquoi je me suis sauvée dans la neige ? » (10, chapitre 7), « Une douleur rapide, aiguë, l’avait brusquement parcourue, puis s’était éteinte aussitôt » (10, chapitre 8), « Ses joues énormes s’étaient empourprées » (10, chapitre 9), « Cette mécanique ne s’était point arrêtée » (10, chapitre 9), « Madame, la main de Dieu s’est appesantie sur vous » (10, chapitre 11), « Elle s’était remise à parler haut » (10, chapitre 11), « La fatalité s’est acharnée sur ma vie » (10, chapitre 11), « Ce qui lui manquait si fort, c’était la mer, que chaque matin elle voyait de sa fenêtre des Peuples, qu’elle s’était mise à aimer comme une personne sans s’en douter » (10, chapitre 13), « Des bruyères roussies semblaient s’être résignées à la mort » (A. Gide, Rencontres), « Elle s’était arrogé le droit de tout dire » (H. Bosco, L’Ane Culotte), « La lune s’était couchée, il faisait nuit noire » (chapitre 26), « Le camionneur, comme la tante le lui avait promis, n’eut plus jamais à signer de bulletin de retenue : son épouse s’en était chargée, après un long entraînement clandestin » (16, chapitre 3), « J’espérais que cette préparation serait assez longue pour me permettre de mener à bonne fin cet abricot dont la dernière moitié s’était collée à mon palais » (ibidem) « Les os ne s’étaient jamais ressoudés » (16, chapitre 4), « Des années entières s’étaient passées et je les avais vécues comme si mon oncle devait vivre éternellement » (J. Green, Le Voyageur sur la terre), « La municipalité ne s’était rien proposé et n’avait rien envisagé du tout mais commença par se réunir en conseil pour délibérer » (A. Camus, La Peste, partie 1, chapitre 2), « Nos édiles se sont-ils avisés du danger que pouvaient présenter les cadavres putréfiés de ces rongeurs ? » (ibidem, chapitre 3), « Longtemps leurs relations s’étaient bornées à quelques saluts dans l’escalier » (ibidem, chapitre 4), « Mme Castel, quelques jours avant l’épidémie, s’était rendue dans une ville voisine » (ibidem, partie 2, chapitre 1), « La maison qu’il s’est appropriée », « Les faveurs qu’ils se sont conciliées », « Ils se sont concilié les faveurs du public », « Les choses qu’il s’est imaginées », « Les dépouilles qu’ils se sont partagées ». La phrase de Zola « Elle s’était imaginée un instant que sa fille lui revenait avec une balle au ventre » (Germinal, livre 7, chapitre 1) semble fautive. De même, le passage « Le transport s’en allait, secouant ses lits, ses blessés et ses malades, sur une mer remuée. Depuis le départ d’Ha-Long, il en était mort plus d’un, qu’il avait fallu jeter dans l’eau profonde sur ce grand chemin de France ; beaucoup de ces petits lits s’étaient débarrassé déjà de leur pauvre contenu » (Loti, Pêcheur d’Islande, partie 3, chapitre 2) semble fautif car, usuellement, « débarrasser »signifie « dégager de ce qui embarrasse ».
  • Les verbes essentiellement pronominaux s’entrenuire, se rire, se plaire (à ou dans), se déplaire et se complaire font exception à la règle. Leur participe passé ne s’accorde pas : « La morale de cette histoire, c’est qu’ils se sont entre-nui », « Ils se sont ri de nos projets », « Les écrivains du dix-huitième siècle se sont plu à représenter les croisades sous un jour odieux » (Chateaubriand, Itinéraire de Paris à Jérusalem), « Dans le jardin de cet hôtel, vendu pendant la Révolution, madame de Beaumont, presque enfant, avait planté un cyprès, et elle s’était plu quelquefois à me le montrer en passant» (Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, deuxième partie, livre 16, chapitre 1). Cependant, on trouve : « Sa Majesté […] attend de votre zèle pour son service […] que vous tiendrez dans la position où elle s’est plue à vous mettre (Marquis de Bouillé, Mémoires, chapitre 8).
  • Les propositions suivantes sont (me semble-t-il !) à la forme pronominale de sens passif. « Nous avions trouvé au Havre une autre bande, qui s’était jointe à la nôtre » (1, page 174), « Son nom s’était répandu, sa clientèle s’était accrue » (8, partie 1, chapitre 3), « Il lui semblait qu’une abondance subite se serait détachée de son cœur, comme tombe la récolte d’un espalier quand on y porte la main » (8, partie 1, chapitre 7), « Elle serra pieusement dans la commode sa belle toilette et jusqu’à ses souliers de satin dont la semelle s’était jaunie à la cire glissante du parquet» (ibidem, chapitre 8), « L’opération, du reste, s’est pratiquée comme par enchantement » (8, partie 2, chapitre 11), « Mais, un jour, tôt ou tard, cette ardeur se fût diminuée, sans doute » (ibidem, chapitre 13), « Sa timidité s’était usée au contact des compagnies folâtres » (8, partie 3, chapitre 1), « Mes notions s’étaient complétées de photographies de glaciers »(9, chapitre 36), « Ayant passé mon unique matinée à revoir mille choses, avec une mélancolie toujours croissante, sous ces nuages d’hiver, j’avais oublié ce vieux jardin et ce berceau de vigne à l’ombre duquel s’était décidée ma vie, et je voulus y courir, à la dernière minute, avant le départ de la voiture qui allait m’emporter pour jamais » (9, chapitre 82), « Ce doit être si doux de retrouver les traces de ces peuples dont nous savons l’histoire depuis notre enfance, de voir les lieux où se sont accomplies les grandes choses » (10, chapitre 3), « La muraille verte qui séparait et faisait secrètes les gentilles allées sinueuses, s’était éparpillée » (10, chapitre 6), « En cette seule nuit toutes les branches encore garnies des peupliers s’étaient dépouillées » (10, chapitre 6), « Elle raisonnait péniblement, cherchant des choses qui lui échappaient, comme si elle avait eu des trous dans la mémoire, de grandes places blanches et vides où les événements ne s’étaient point marqués » (10, chapitre 7), « Julien prit le bras du baron qui se laissa faire, heureux au fond que la chose se fût arrangée ainsi » (10, chapitre 7), « Dans le lit, les souffrances s’étaient un peu apaisées » (10, chapitre 8), « La porte d’entrée s’était ouverte, et la pâle comtesse apparut » (10, chapitre 9), « Elle se sentait de nouveau presque heureuse, s’étonnant de la promptitude avec laquelle s’était adoucie sa douleur après la mort de sa mère. Elle s’était crue inconsolable » (10, chapitre 10), « Alors il s’assit, comme si ses jambes se fussent brisées » (10, chapitre 10), « Elle allait de pièce en pièce, cherchant les meubles qui lui rappelaient des événements, ces meubles amis qui se sont usés à côté de nous, dont la couleur s’est effacée » (10, chapitre 12), « La fermeture s’était faite quelques heures avant que l’arrêt préfectoral fût publié » (A. Camus, La Peste, partie 2, chapitre 1), « Tous ces changements s’étaient accomplis si rapidement qu’il n’était pas facile de les considérer comme normaux et durables » (ibidem, chapitre 2).
  • Si le complément d’objet direct est « en », le participe est invariable : « Des directives, ils s’en sont donné ». Le participe reste donc invariable dans l’expression s’en donner à cœur joie. « En » est COI dans « Je m’en étais doutée » (3, page 55), « Maman s’en est aperçue dès qu’elle m’a vue » (Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses, lettre 97) ou dans « Sa femme lui déclara qu’elle voulait avoir Julien chez elle ; sa vanité s’en était coiffée » (6, livre 1, chapitre 22).
  • L’accord du participe suivi d’un infinitif, dans une forme pronominale, se fait comme dans n’importe quelle forme pronominale. On écrira donc : « Je voulus être informé de quelle manière elle s’était laissé séduire » (1, page 61), « Elle s’était laissé ébranler par degrés » (1, page 61), « Chère enfant, vous vous êtes laissé entraîner par un sentiment de vengeance, vous avez à cœur les châtiments que vous m’avez obligée de vous infliger » (3, page 92), « C’était la quatrième fois qu’elle couchait dans un endroit inconnu, et chacune s’était trouvée faire dans sa vie comme l’inauguration d’une phase nouvelle » (8, partie 2, chapitre 2), « La démarche qu’il s’était proposé de faire » –car il se propose de faire une démarche–, «Elle ne s’est pas sentie mourir », « Elle s’est senti piquer par un moustique ».  De même, on écrira : « Elle s’était imaginé rouler lentement». Bien entendu, si le verbe pronominal ne peut avoir l’infinitif (ou l’infinitif précédé d’une préposition) comme COD, l’accord se fera sans tenir compte de cet infinitif : « Les membres des départements, des districts et des municipalités seront également responsables, sur leurs têtes et sur leurs biens, de tous les délits […] qu’ils ne se seront pas notoirement efforcés d’empêcher dans leur territoire » (Thiers, Histoire de la Révolution française, livre 7), « Les oiseaux s’étaient arrêtés de chanter » (A. Daudet, Le Sous-préfet aux champs), « Elle s’était arrêtée de peindre » (12), « Une poussière d’eau glacée s’était mise à tomber » (14, chapitre 21). Rappelons que fait suivi d’un infinitif est invariable : « On s’assurait également qu’elle ne s’était pas fait déflorer exprès pour entrer dans le couvent » (Huysmans, En route, partie 1, chapitre 7), « Elle s’est fait sortir de la classe ».

Les règles d’accord du participe passé dans les formes pronominales remontent à François de Malherbe, et elles sont stupidement compliquées. Il faudrait les abolir et, dans tous les cas, accorder le participe passé avec le sujet. Ne faire l’accord systématique avec le sujet que pour les formes essentiellement pronominales et les formes de sens passif, comme certains le proposent (entre autres, M. Marc Wilmet), me paraît un remède pire que le mal. Cela anéantirait la remarque au début de ce paragraphe qui m’a permis d’accorder toutes sortes de formes pronominales, sans me poser la question de savoir si elles le sont accidentellement ou essentiellement. Le lecteur le constatera en considérant les exemples : « Quoi, c’était là ce précepteur qu’elle s’était figuré comme un prêtre sale et mal vêtu, qui viendrait gronder et fouetter ses enfants ! » (6, livre 1, chapitre 6) et « Les idées qu’elle s’est appropriées ». Que l’on regarde les propositions « ce précepteur qu’elle s’était figuré comme un prêtre » et « les idées qu’elle s’était appropriées » comme pronominales autonomes ou comme pronominales réfléchies ne changera pas les accords, tant que l’on se conformera aux règles de M. Grevisse que j’ai suivies. On peut, en effet, admettre que « se figurer » signifie « figurer à soi », si l’on donne à « figurer » le sens désuet de « représenter », comme dans « L’aventure dont vous vous plaignez a été causée par la présence d’une vieille tante qui […] nous figure tous les hommes comme des diables qu’il faut fuir » (Molière, Le Bourgeois gentilhomme, Acte III, scène 10). De même, on peut admettre que « s’approprier » signifie « approprier à soi », si l’on donne à « approprier » le sens désuet de « attribuer en propriété », comme dans « Et son intérêt doit lui conseiller de faire cesser les misères que sa compassion lui attribue » (Guez de Balzac, Discours à la Reine Régente).

Conseils de lecture

Grammaire  Grammaire méthodique du français
Grammaire, Le Robert & Nathan.
M. Riegel, J.-C. Pellat et R. Rioul, Grammaire méthodique du français, PUF.

Voir aussi

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