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L’autobiographie et l’écriture autobiographique (synthèse)

Le terme autobiographie est apparu au début du XIXe siècle. Il est formé de trois mots grecs : graphein (écriture), bios (vie) et autos (par soi-même). Philippe Lejeune a défini ce terme dans L’Autobiographie en France : « Nous appelons autobiographie le récit rétrospectif en prose que quelqu'un fait de sa propre existence, quand il met l'accent principal sur sa vie individuelle, en particulier sur l'histoire de sa personnalité. »

L'écriture autobiographique concerne tous les récits de vie : il peut s'agir de la vie d'une personne réelle (par exemple un écrivain) ou de la vie d'un personnage fictif.

Sources

L'autobiographie est issue d'une longue tradition. Dès l'Antiquité, Marc Aurèle (IIe siècle) écrit ses Pensées et invite l'homme à se libérer de ses passions (stoïcisme). Saint Augustin (Antiquité tardive), dans ses Confessions, relate aussi, chronologiquement, les étapes de son existence, dans le sens de l'histoire d'une vocation.

Du côté de la réception

L'autobiographie souffre traditionnellement d'un préjugé défavorable car il s'agit d'une littérature personnelle. Cf. Pascal, Pensées, XXIX : « Le moi est haïssable. » et « Le sot projet que Montaigne a eu de se peindre [...]. » Au XIXe siècle, Stendhal écrit, dans Vie de Henry Brulard :

Cette idée me sourit. Oui, mais cette effroyable quantité de Je et de Moi ! II y a de quoi donner de l'humeur au lecteur le plus bénévole. Je et Moi, ce serait, au talent près, comme M. de Chateaubriand, ce roi des égotistes. [...]

La même idée d'écrire my life m'est venue dernièrement pendant mon voyage de Ravenne ; à vrai dire, je l'ai eue bien des fois depuis 1832, mais toujours j'ai été découragé par cette effroyable difficulté des Je et des Moi, qui fera prendre l'auteur en grippe, je ne me sens pas le talent pour la tourner. À vrai dire, je ne suis rien moins que sûr d'avoir quelque talent pour me faire lire. Je trouve quelquefois beaucoup de plaisir à écrire, voilà tout. [...]

Mes Confessions n'existeront donc plus trente ans après avoir été imprimées, si les Je et les Moi assomment trop les lecteurs ; et toutefois j'aurai eu le plaisir de les écrire, et de faire à fond mon examen de conscience. De plus, s'il y a succès, je cours la chance d'être lu en 1900 par les âmes que j'aime, les madame Roland, les Mélanie Guilbert, les...
Chapitre premier

Ce préjugé défavorable vient du fait que parler de soi implique en effet une vision individualiste et narcissique de l'écriture. Subsite également le problème, comme on peut le lire ci-dessus chez Stendhal, d'intéresser le lecteur...

La question de la sincérité

Le genre autobiographique a beaucoup du succès : à travers l'expérience d'un individu, le lecteur est à la recherche d'une vérité sur la condition humaine. La curiosité du lecteur pour un écrivain participe également au succès du genre.

Même si lecteur attend de l'autobiographe qu'il soit sincère et que l'auteur préténd qu'il va l'être (pacte de lecture), il est illusoire de croire à une vérité absolue dans une autobiographie :

  • Car on oublie des moments de son existence ;
  • Car on peut manquer d'objectivité sur sa propre vie ;
  • Car l'autobiographe omet volontairement des aspects de sa vie qu'il ne veut pas rendre publics ;
  • Car l'autobiographe peut ajouter des éléments (fictifs) dans son récit ;
  • Car l'autobiographe fait forcément des choix quand il s'agit d'écrire une grande partie de son existence. Et ces choix sont par nature subjectifs.

Le lecteur juge

« L'autobiographie, qui est à la fois témoignage, plaidoyer, justification et réquisitoire, s'inscrit par là dans le judiciaire, auquel elle emprunte sa mise en scène, ses rôles et les modalités de son énonciation. Le judiciaire et le théâtral ont partie liée ici, tant le théâtre est le lieu privilégié du procès, comme dans la tragédie grecque, tant le tribunal ressemble à un théâtre. »
(G. Mathieu-Castellani, La Scène judiciaire et l'autobiographie)

Les formes voisines de l'autobiographie

  • Les mémoires (masculin) : à la différence de l'autobiographie, les mémoires ont pour objet principal l'histoire ou la société, les événements qui se sont déroulés autour du mémorialiste qui est un personnage public (la perspective est historique). Le narrateur est à la fois témoin et personnage principal. Exemples : cardinal de Retz, Saint-Simon. C'est différent pour les Mémoires de Chateaubriand : celui-ci est également autobiographe. De même, les Mémoires d'une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir sont bien une autobiographie.
  • L'autoportrait : le projet de raconter l'histoire d'une personnalité n'est pas avoué. Exemple : Montaigne, Essais. La linéarité chronologique de la vie de l'auteur n'est pas respectée ; l'ordre est thématique ou logique.
  • Le roman autobiographique. Exemples : Constant, Adolphe ; Chateaubriand, René. Le je autobiographique n'est pas assumé : il est camouflé dans le il du personnage du roman.
  • Le journal intime : le narrateur (qui se confond avec l'auteur) raconte ses pensées au jour le jour.

L'autobiographie en France  La relation biographique  Le biographique
P. Lejeune, L'autobiographie en France, A. Colin, 2003.
M. Boyer-Weinmann, La relation biographique, enjeux contemporains, Champ Vallon, 2005.
L. Gervasi et F. Johansson, Le biographique, Presses Universitaires de France, 2003.