Réflexion sur la beauté d’un personnage de roman

Entraide scolaire

44 réponses · Page 2 / 3

JSC, il me semble que la notion de "beau" personnage renvoie à un personnage qui, de par sa construction riche de symboles et tout en profondeur, suscite chez le lecteur une admiration, fut-elle positive et négative.

En fait, il me semble que la notion de "beau" personnage en littérature française renvoie à cette idée d'un personnage riche, ouvert quant à la question du sens : un personnage qui provoque l'interrogation en somme. Rien à voir, donc, avec la beauté morale ou physique, ou même la perception positive que l'on s'en fait.

C'est presque une notion littéraire, mais je ne sais comment on appellerait cela en anglais…

En tout cas, pour bien répondre au sujet, je crois qu'il faut surtout ne pas se cantonner au sens littéral de beau, mais aussi au sens spécifiquement littéraire.

Me trompé-je ?
Bonsoir, Florent.
Qu'est ç'une admiration négative?
Notion littéraire en anglais = litarary notion. L'un comme l'autre plutôt vides de sens réel.
Si on ne peut pas se fier aux sens des mots, poourquoi s'en servir?

Je serais plutôt d'avis que "beau" n'est pas le mot approprié pour qualifier "personnage".
JSC, le problème ne tient pas vraiment à savoir si le mot est approprié ou non : on parle d'une notion, d'un concept.

Pour l'admiration négative, je veux dire qu'on peux trouver un personnage fascinant, intéressant, justement parce que dans sa négativité, il atteint une forme de perfection.
Bien vu Florent !

Si je prends Don Juan (qui n'est pas un personnage de roman), il est à la fois repoussant et attirant. Mais c'est un "beau" personnage par sa complexité et son ambivalence. Nous ne voudrions pas nous identifier à son hypocrisie, à ses manquements de toutes sortes, mais nous pouvons admirer une certaine forme de courage ou rester ébahis devant sa virtuosité ou la radicalité de sa révolte…
La "beauté" est dans la justesse du point de vue (psychologique, esthétique, culturel…) et dans son caractère exemplaire au point d'accéder au mythe.
« C’est un beau personnage !» Que veut-on dire ?
En reprennant le sujet initial, j'oserais dire que la plupart des posts assument ce qui est le sens de "beau personnage". Pour moi, rien n'est plus incertain que l'on croie d'avoir créé un consensus sur ce point.
En effet, par les différentes interventions, on pourrait faire un cas pour appliquer l'épithète à n'importe quel personnage, ce qui banalise, sinon balaye, son sens, me semble-t-il.

Dans le "que veut-on dire?" je sousentends une nécessaire justification (ou non) de "beau" dans le syntagme.

Je ne crois pas que l'admiration et la fascination sont forcément des synonymes.
Pire, admirer qqchose de malsain, ne serait-il pas en soi…….pervers?

Le Diable: perfection du Mal; fascinant: admirons-le. 😉
JSC. Peut-être n'admets-tu pas cette analyse parce que tu restes du côté de la morale.

Et malheureusement, l'étude de la littérature serait impossible sans un minimum de concepts fixes, comme dans toute autre discipline d'ailleurs.
Florent a écrit :on parle d'une notion, d'un concept.
Avec beaucoup d'imprécision, car parler d'un concept est presque contradictoire.
Nous avons les idées arrêtées dès que nous cessons de réfléchir.
Ernest Renan
Figer la littérature/une idée/un concepte? Quelle idée!

{Vous ne parlez tjrs pas du personnage, simplement de sa fabrication. De l'artisanat donc, pas de l'Art.}
JSC

Pourrait-on philosopher sans concepts ? Non ! C'est la même chose en littérature. Il ne s'agit pas de la figer : les concepts sont des moyens autour desquels naviguer : c'est en tout cas ce que j'apprends chaque jour en cours…

Un personnage est toujours fabriqué par son auteur : je ne vois pas en quoi cette idée est contradictoire avec l'Art !
Florent.

Tu fais en sorte que ceci n'est pas un dialogue (voir un autre fil à ce sujet). C'est-à-dire, tu ne me donnes pas l'impression de répondre à des points précis dans mes propos. Simplement avancer un point de vue sans exemple concret n'est pas raisonner et je suis bien "homme raisonnable", comme l'a dit Jean-Luc.

Tu veux philosopher maintenant? Soit! Sur le beau, alors!
Kant: Schön ist, das was ohne Begriff allgemein gefällt. (Critique de jugement I, 9)
Est beau, ce qui, sans concept, est l'objet d'une satisfaction de l'esprit (non pas procure du plaisir).
Florent a écrit :Un personnage est toujours fabriqué par son auteur : je ne vois pas en quoi cette idée est contradictoire avec l'Art !
. Le mot contradictoire est de toi. Tu focalises sur l'auteur, automatiquement "artiste" à tes yeux. J'ai essayé sans succès de mettre en évidence l'aspect "fabrication". Depuis très longtemps , les deux côtés Art/Artisanat ont marché sur des chemins parallels.

Mes notes étymologiques donnent:
AR (indo-européen) => ARMUS (latin) = haut du bras => ARS (latin)
ARS +In =>inerte.
ARTIFICIUM = artifice (facio = je fais).


RTAM (sanskrit) => rite = ordre conforme à la religion.
RITUS (latin) = compte = ordre conforme à la logique.


L'ordre général dicté par les dieux (9 arts en Grèce ancienne) ou par les lois 'logiques'.

ARS (latin) substantif féminin = façon d'être, d'agir => habilité acquise par l'étude ou la pratique = TEKNE (grec) => technique.
Iners = inhabile => inerte.


Art poétique (1300).
Artisan.
Artiste.


Il me semble que ce n'est pas seul l'artisanat, même si on peut l'admirer, qui soit responsable de la réussite d'un personnage. Comme pour le personnage du théâtre qui a besoin d'un metteur en scène et un public, le personnage d'un roman prend vie uniquement 'sous les projecteurs' qu'un lecteur lui apporte. Son succès ou sa beauté existe seulement dans le regard que nous lui apportons, faisant suite de notre éducation, notre goût, nos sentiments, nos émotions.

P.-S.
Les exercices donnés aux élèves ne cessent pas de figer la littérature! J'ai compté plus de 200 figures de style et vocablaire littéraire sur une fiche de ce site et ne supporte plus de voir les classifications par registre, genre et autres tonalités. Comme si l'auteur concerné a pensé comme cela! Hah.
Un post récemment voulait savoir quel mouvement littéraire (française) débutait en 1852. D'autres croient que tous les mouvement littéraires furent nés en France.
Des idées bien arrêtées, non?
Pour la fin du message, tout à fait d'accord.

Mais pardonne-moi, JSC, quand je t'entends dire, "l'auteur n'a pas pensé comme cela", j'ai l'impression de réentendre certains propos que je tenais au lycée.

Quelqu'un qui s'intéresse vraiment à la littérature ne cherche pas à savoir ce que l'auteur a pensé, mais cherche à savoir ce qu'il peut bien penser de ce que l'auteur a fait.

Voilà pourquoi on peut faire une lecture psychanalytique du mythe d'Oedipe, par exemple. Crois-tu vraiment que les Grecs avaient dans la tête ce que Freud écrira bien plus tard ? Je ne pense pas.

Autre exemple : j'étudie cette année La Place Royale de Pierre Corneille. Certains critiques voient dans Alidor un impuissant : je ne crois pas que Corneille y ait pensé, mais peut importe. Ce qui est "beau" dans Alidor, c'est justement que ce personnage nous permet d'avancer mille et une interprétation à ce sujet. C'est ce que je veux dire quand je parle de profondeur.

Quant à tes étymologies, pardonne-moi, mais je n'y comprends rien.

Enfin, les profs de lettres ne me contrediront sûrement pas, on ne peut pas faire de littérature, sans se référer aux figures littéraires, aux genres ou aux registres. Ce qui ne veut pas dire qu'il faille à tout prix enfermer tel auteur dans tel courant littéraire : par exemple, cette année, j'étudie aussi La Chartreuse de Parme, et nous nous demandons en quoi cette oeuvre est romantique, mais aussi en quoi elle peut annoncer le naturalisme (ce qui est d'ailleurs très contestable).

Ainsi, ces concepts littéraires, s'ils sont bien maniés, n'enferment pas les oeuvres : au contraire, ils démultiplient les clés de lecture.

Voilà… Est-ce suffisamment argumenté cette fois ?
J'ai compté plus de 200 figures de style et vocablaire littéraire sur une fiche de ce site et ne supporte plus de voir les classifications par registre, genre et autres tonalités. Comme si l'auteur concerné a pensé comme cela! Hah.

Entièrement d'accord avec toi JSC
Il est certain qu'aucun auteur n'a jamais pensé : tiens sur cette page je vais mettre une métaphore et deux ou trois anacoluthes
Et je vais écrire dans le registre pathétique
Et je vais donner une indication spatio-temporelle
Et je vais ajouter une signification politique
Et la première phrase sera en style elliptique
Et mon style sera heurté
Et le ton sera bouffon
Et le mouvement littéraire dont je fais partie sera le baroque
Et c'est justement pour faire ce travail qu'il y a eu le critique : pour voir ce qui était "beau" dans le personnage.

Léah, toi qui ai prof de lettres, est-ce que je me trompe ? (ce qui est fort possible, je ne prétends pas avoir raison)…
Nan je ne suis pas prof de lettres, désolée 🙂 🙂

Un beau personnage n'a pas besoin de la critique pour se dévoiler : il l'est, par lui-même (sur la critique littéraire, lire la postface de Elles se rendent pas compte de Brois Vian : édifiant !)
Oups, désolé… Je m'en étais persuadé depuis que je fréquente ce site.

Quand je parle de critique, je ne parle pas forcément des critiques spécialistes. Je crois que tout lecteur, avec un minimum d'effort, peut être critique.
Oui, il est évident que l'auteur tout seul ne peut faire qu'un personnage soit “beau” ! Un personnage (un livre) n'existe qu'avec des lecteurs. Le personnage acquiert une existence propre, au-travers de l'imaginaire de tous les lecteurs
Emma n'est ni celle de Flaubert ni celle que tu vois dans le roman ni celle que j'y vois
Et pour revenir au sujet initial : c'est ce qui fait sa beauté…

Léah (si j'ai bien compris) voit en elle une victime de son éducation.
Je suis assez d'accord avec cette lecture.
Toi, tu y vois un personnage un peu borné.

Et personne n'a tort… Sauf peut-être celui qui nous dirait qu'Emma est un personnage terne et fade.
Florent a écrit :Quelqu'un qui s'intéresse vraiment à la littérature ne cherche pas à savoir ce que l'auteur a pensé, mais cherche à savoir ce qu'il peut bien penser de ce que l'auteur a fait.
Ceci mérite réflexion.
Bach, a-t-il continué d'écrire dans un style démodé parce que
-il avait deux femmes et 20 enfants
-il n'approuvait pas le style à la mode
-il ne pouvait pas changer car les vieux sont tous psychorigides
-il gagnait pas mal sa vie comme ça sur trois postes suimultanément
-il voulait mener à perfection un Art qui fut en train de disparaître
-
-
Mais non, dit Florent. Il ne faut pas s'intéresser à ce que Bach pensait: ce qui le motivait…. :/
Voilà pourquoi on peut faire une lecture psychanalytique du mythe d'Oedipe,
ou bien une étude sur l'homosexualité à bord ses navires. L'une comme l'autre me désintéressent au plus haut point. 😀
Quant à tes étymologies, pardonne-moi, mais je n'y comprends rien.
{C'est compréhensible; j'avais prévenu que ce sont des notes, désolé}. Je ne vais pas copier tout l'article (très intéressant) du Robert Dictionnaire Historique, mais te recommande sa lecture pendant les vacances.
Enfin, les profs de lettres ne me contrediront sûrement pas, on ne peut pas faire de littérature, sans se référer aux figures littéraires, aux genres ou aux registres.
J'y trouve l'écho de cela dans "on ne peut pas étudier un instrument sans avoir fait du solfège". Malheureusement pour la théorie, les pays nordiques produisent des excellents musiciens sans ce système de donner des béquilles aux débutants qui veulent apprendre à marcher.
Ainsi, ces concepts littéraires, s'ils sont bien maniés, n'enferment pas les oeuvres : au contraire, ils démultiplient les clés de lecture.
Ainsi j'attends que l'on me démontre dans un personnage, non pas dans sa construction, sa beauté (non pas son intérêt, sa fascination, sa grandeur, son importance……et j'en passe). C'est sûrement conceptuel….
Voilà… Est-ce suffisamment argumenté cette fois ?
Pas mal, Flo. 🙂
Emma n'est ni celle de Flaubert ni celle que tu vois dans le roman ni celle que j'y vois
.
Excellent, Léah!
Tout à fait d'accord: il n'existe pas une Emma.
La vraie question reste "est-ce que la beauté de son personnage perçue par certain(e)s est universellement reconnaissable?"
Pour Bach, je ne peux répondre, je n'y connais rien (ce qui ne m'empêche pas d'aimer Bach, rassure-toi 😉)

Bien sûr, les concepts littéraires ne sont pas le seul moyen d'atteindre à la beauté d'un personnage : un lecteur qui n'y connaîtrait rien pourrait dire si tel ou tel personnage est beau. Mais je crois que les concepts peuvent nous aider à aller plus loin dans l'analyse.

Je vais te parler de ce que je connais mieux, l'histoire : et bien pour faire de l'histoire, la connaissance des évènements ne suffit pas, il faut aussi savoir manier certains "concepts" historiques que des historiens ont avant nous forgé (ce qui ne nous empêche pas de les contester ensuite).

Je crois que c'est pareil pour la littérature.
Florent a écrit :Mais je crois que les concepts peuvent nous aider à aller plus loin dans l'analyse.

Je vais te parler de ce que je connais mieux, l'histoire : et bien pour faire de l'histoire, la connaissance des évènements ne suffit pas, il faut aussi savoir manier certains "concepts" historiques

Je crois que c'est pareil pour la littérature.
Quels concepts pour l'histoire?
Quels concepts pour la littérature?

{Bach fut mon exemple de facilité. Avec plus de réflexion j'aurais pu dire le même "genre" de chose (antiphrase? sarcasme, ironie?) sur Balzac.}
Pour la littérature : les genres, les figures de style (mais peut-être le terme est-il mal choisi, celui de notion conviendrait mieux)

Pour l'histoire : là encore, le terme est mal choisi. Mais je pense par exemple à une nouvelle pratique de l'histoire (histoire du sensible, des mentalités) qui nous donne à voir d'un oeil nouveau l'histoire du passé. C'est ce que je voulais dire : les évènements dans la science historique ne sont intéressants que pour ce que l'historien en fait, en fonction d'une grille de lecture qu'il s'est fixée. Par exemple, je voudrais travailler, plus tard, sur la lumière et l'obscurité dans la ville médiévale : et puis à partir de cette idée, je revisiterai une série de faits historiques (cadastres urbain, place de l'aveugle, vitraux…).

Je ne suis pas sûr d'être très clair…