Exercice de lexicologie / sémantique : casser un jugement / du sucre

Langue française

5 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
Livres sur Amazon
expliquez pourquoi "casser un jugement" ( la cour d'appel a cassé le jugement condamnant Jules à quinza ans de prison) n'est pas une locution verbale au même titre que"casser du sucre sur le dos de quelqu'un" ( c'est pas sympa de casser du sucre sur le dos de ton collègue).

voilà ma réponse, je voudrais savoir si c'est juste:

la locution"casser un jugement" n'en est pas une au même titre que la 2éme car elles ne sont pas soumises à le même rigidité de cohésion interne puisque dans la première on peut ajouter par ex: la cour d'appel a cassé hier le jugement condamnant Jules à quinza ans de prison. tandis que dans la 2éme on ne peut dire par ex:c'est pas sympa de casser du bon sucre sur le dos de ton collègue
Voilà ! le seconde expression est insécable
donc, "casser un jugement" est bien une locution mais qui n'a pas la caractéristique de cohesion interne et non une expression libre?
Bonsoir !

* CASSER DU SUCRE SUR LE DOS DE QUELQU’UN
* CASSER UN JUGEMENT

Je suis de votre avis : seule la première, en raison de sa COHÉSION INTERNE, est une LOCUTION VERBALE. Le Petit Robert précise qu’il s’agit d’une locution FIGURÉE.
Votre exemple « casser du BON sucre sur le dos de quelqu’un » illustre a contrario cette cohésion.

On objectera qu’il est possible de dire « casser BEAUCOUP DE sucre ». Mais ce n’est pas décisif, puisqu’on peut dire, à propos d’autres locutions verbales, « avoir GRAND faim », « faire ENTIÈREMENT confiance » ; la présence de quelques occurrences ne peut pas mettre en échec le fait qu’il s’agit bien d’une locution verbale FIGÉE et INSECABLE, au même titre que « avoir envie », tenir lieu », « prendre en grippe » ou « prendre garde ».

On objectera aussi qu’une locution verbale se caractérise par l’absence de DÉTERMINANT, ce qui n’est pas le cas de « casser DU sucre ». Ce critère HABITUEL n’est cependant pas décisif, puisque « prendre LA fuite » comporte un déterminant, alors que tout le monde y voit une locution verbale. Comme quoi il y a toujours une exception derrière la règle.

A l’inverse, « casser un jugement » n’est pas une locution verbale, mais simplement la CONSTRUCTION D’UN VERBE + COD.
Outre la présence d’un DÉTERMINANT, vous constatez que la formule se prête facilement à des MANIPULATIONS :
- casser un jugement ÉTONNANT, casser un MAUVAIS jugement, casser un jugement DU TRIBUNAL DE X, etc.
- le jugement A ÉTÉ CASSÉ PAR… (Voix passive)
- C’EST la Cour … QUI a cassé le jugement. (Emphase)

Par parenthèse, je crois me souvenir, en matière judiciaire, que :
- une cour d’appel ou un tribunal de grande instance RÉFORME un jugement ;
- seule la Cour de Cassation CASSE UN ARRÊT (de cour d’appel) OU UN JUGEMENT (de grande instance ou d’instance).
(En Belgique, le jugement est celui d’un tribunal de première instance ou d’un juge de paix, terminologie qui nous vient de l’époque napoléonienne et que la France a modifiée dans les années 70, je pense.)

Vous amenderez donc, si vous le jugez bon, votre libellé en « la COUR DE CASSATION a cassé… ». Vous pourriez ajouter que "casser du sucre sur le dos de" est une locution verbale figée et insécable, et qui ne se prête pas à des manipulations syntaxiques.
J’ajoute cet extrait de la Grammaire de RIEGEL :

Un GRAND NOMBRE d’expressions verbales lexicalisées ou quasi lexicalisées contiennent un complément d’objet SANS DÉTERMINANT.
Cependant, lorsque la lexicalisation n’est pas complète, il est possible d’adjoindre un MODIFICATEUR (par exemple, un adjectif ou un complément de nom), ce qui a pour effet de réintroduire le DÉTERMINANT.
- faire long feu
- faire bon / mauvais ménage avec
- se mettre à table / en mouvement
- faire peur, faire UNE peur BLEUE
- rendre hommage, rendre UN hommage APPUYÉ
- faire connaissance AVEC une personne, faire LA connaissance D’UNE personne.

SELON MOI :
La locution n’est que QUASI LEXICALISÉE, lorsqu’elle accepte un modificateur, ce qui réintroduit un déterminant.
Ce modificateur peut être « casser BEAUCOUP DE sucre sur » ; ce « beaucoup de » est un déterminant indéfini.

Comme je l’ai dit, étant donné la présence du déterminant « du » (qui semble faire de la locution une locution quasi lexicalisée, à cohésion interne moindre), vous pouvez mettre en évidence l’impossibilité de faire des manipulations syntaxiques. Manipulations que vous pouvez faire avec « casser un jugement ».