Louis-Ferdinand Céline : un écrivain engagé ?

Entraide scolaire

2 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
Livres sur Amazon
Salut, je dois faire un exposé sur Céline, et plus particulièrement sur les visions du monde et des persos dans Voyage au bout de la nuit.

J'aurai voulu vous poser une question. Après m'être beaucoup renseigné sur Céline, j'ai lu pas mal de ses citations dans diverses interviews. Il se défendait d'être un homme à idée :

Céline s'est toujours défendu d'être un homme à style et non un homme à idées : " Les idées, rien n'est plus vulgaire. Les encyclopédies sont pleines d'idées, il y en a quarante volumes, énormes, remplis d'idées. Très bonnes d'ailleurs, excellentes. Qui ont fait leur temps. Mais ça n'est pas la question. Ce n'est pas mon domaine, les idées, les messages. Je ne suis pas un homme à message. Je ne suis pas un homme à idées. Je suis un homme à style. Le style, dame, tout le monde s'arrête devant, personne n'y vient à ce truc-là. Parce que c'est un boulot très dur. Il consiste à prendre les phrases, je vous le disais, en les sortant de leurs gonds." (Louis-Ferdinand Céline vous parle, 1958)


Moi qui pensais que Céline était un écrivain très engagé, je ne sais plus quoi penser maintenant.
Pourtant, engagés, ses romans le sont. Alors que voulait-il dire par là dans cette interview ?

PS : vous avec une idée de musique qui pourait accompagner un diaporama fait sous impress, et qui irait bien pour la présentation de cet auteur ?
Bonjour,

Je répond à un message périmé depuis 6 mois, mais ça pourra toujours servir (je suis étudiant en master de lettres et mon mémoire porte précisément sur Céline)

La difficulté avec Céline c'est qu'il est un interlocuteur peu fiable. Quand il ne se contredit à quelques années d'intervalle, il lui arrive d'ironiser ou de provoquer. Il faut donc toujours se garder de le croire sur parole (une anecdote: Céline prétendait avoir écrit Voyage au bout de la nuit pour se "payer un petit appartement"… Evidemment, ça n'est pas sérieux…)

Si Céline prétend, en 1958 (c'est à dire à la fin de sa vie) qu'il n'est pas un homme d'idée c'est parce que ces idées, par le passé, lui ont couté cher: les pamphlets antisémites qu'il a publié dans les années trente lui ont valu d'être emprisonné pendant plusieurs mois au Danemark et d'être déchu de ses droits républicains. Par ailleurs, il est vrai que Céline ne s'est toujours intéressé qu'aux stylistes (Barbusse, Morand, Ramuz et, plus tard, Chateaubriand, Hugo, La Bruyère, etc.)

De toute façon, la vérité n'est pas dictée par les écrivains mais par le texte: toute interprétation, à partir du moment où elle est étayée par des preuves textuelles, est valable. L'auteur n'est pas le seul dépositaire du sens d'un texte (le structuralisme nous a permi de nous défaire de cette naïveté). C'est pourquoi il est inutile de poser aux professeurs des question du genre: "mais, monsieur, vous êtes sûr que l'auteur voulait dire ça?". En effet, non seulement il peut toujours une part d'inconscient dans une production (l'auteur peut signifier quelque chose sans s'en rendre compte) mais un texte peut être exploité à l'infini et recèle toujours de nouvelles significations (pourquoi croyez-vous qu'on continue à étudier Montaigne après 5 siècles…)

Conclusion: Ne pas tenir compte des propos de Céline. Considérer que Voyage au bout de la nuit est un roman engagé n'est pas incorrect… A condition de ne pas commettre des erreurs d'interprétation: ce n'est pas parce que Céline critique la colonisation, le système américain et décrit la misère des banlieue qu'il est de gauche (ses écrits ont d'ailleurs prouvé le contraire). Il pourrait justement être intéressant de définir les ambiguïtés de son engagement. Mais c'est une autre histoire…