Vivre suivi d’un adjectif et d’un adverbe
18 réponses
Bonjour à tous,
Pourriez-vous me dire pourquoi le verbe vivre est tantôt suivi d'un adjectif, tantôt d'un adverbe ?
Par exemple :
- nous vécûmes malheureux et non malheureusement
- il vécut pauvrement et non pauvre
merci de votre aide.
ip.
Bonjour, Ipseite !
L'adjectif est, dans vos exemples, utilisé comme attribut.
Le verbe vivre est un verbe attributif exprimant la permanence de l'état du sujet.
L'adverbe exprime une manière de vivre du sujet.
Sémantiquement, les deux tournures sont équivalentes.
Sont admissibles AUSSI :
* Nous vécûmes malheureusement.
* Il vécut pauvre. Ils vécurent pauvreS.
Cette double formulation n'est pas toujours possible.
* Mon rêve est de mourir jeune à un âge très avancé. (Henri Jeanson)
Jeunement n'est pas dans l'usage.
Merci Edy,
Je me demande si l'on peut dire vivre heureusement ? et si oui, quelle en est la distinction avec "heureux".
merci encore.
ip.
* J'ai vécu heureusement.
Cette formulation est possible, mais elle ne semble pas être dans l'usage courant.
Mais, après tout, pourquoi pas puisqu'on dit :
* J'ai vécu courageusement.
* J'ai vécu intensément.
Etc.
Je ne vois pas de différence sémantique avec "J'ai vécu heureux".
Attention cependant ! L'adverbe, qui est ici adverbe de verbe, peut devenir adverbe de phrase, par exemple à la faveur d'une anticipation avec ponctuation.
* Heureusement, j'ai (sur)vécu.
= Par bonheur, j'ai (sur)vécu.
Autres adverbes de phrase donnant le même sens :
* J'ai (sur)vécu, heureusement.
* J'ai, heureusement, (sur)vécu.
(Notez que cela passe mieux avec survécu.)
Ce qui est différent de :
* J'ai vécu heureusement.
= J'ai vécu d'une manière heureuse. J'ai vécu heureux.
Salut Ipseite!
Pas spécialiste en grammaire, mais je ressens différemment les deux formulations:
" Nous vécûmes malheureux"
Nous n'étions pas heureux à cette époque où nous vécumes.
" Nous vécûmes malheureusement"
Il y est introduit un jugement de valeur sur la période: nous aurions pu vivre autrement mais nous avons vécu ainsi cette période( par choix, ou pour toute autre raison);
Voire, nous n'étions pas si malheureux que ça mais nous n'avons pas su- nous savons maintenant ou nous ne savons toujours pas- saisir le bonheur que pouvait nous apporter notre situation de l'époque. Peut-être saurons-nous la revivre de façon heureuse, dans l'avenir.
Etienne
Edy
Vous semblez faire une équivalence sémantique entre ces deux phrases:
"J'ai vécu d'une manière heureuse."
"J'ai vécu heureux."
Je ne peux les ressentir de la même manière, la première signifiant aussi, pour moi:
J'aurais pu la vivre de façon malheureuse, mais j'en ai fait quelquechose d'heureux. C'est une volonté, un choix que je lis "entre les mots".
Pas d'interprétation possible dans l'autre.
Bonsoir, Etienne !
* Nous vécûmes malheureusement / malheureux.
Je comprends votre analyse, mais je ne la ressens pas.
* J'ai vécu d'une manière heureuse / heureux.
Dans les deux formulations, il y a, selon moi, matière à penser que le bonheur a été vécu soit passivement, soit activement. C'est le mot manière qui vous fait penser à un acte de la volonté. Dans une certaine mesure, chacun est un peu l'artisan de son bonheur, c'est vrai. En réalité, on peut aussi fort bien échapper à un accident, passivement, d'une manière heureuse… La manière dont cela s'est passé. Et c'est pareil pour la vie.
Cordialement vôtre,
Edy
Dans un texte de QCM, on me demande de choisir entre vivre malheureux et vivre malheureusement. Là je me perds pour de vrai, tous les 2 étant possibles. Enfin, c'est malheureux dont il s'agit, pour raison que le verbe vivre est accompagné d'un adj.
A vous lire, vous deux, je comprends que le problème ne s'arrête pas là. Pourriez-vous m'en dire plus là-dessus pour des raisons plus convaincantes à mon jury ?
merci encore.
ip.
Bonjour amis grammairiens,
Il me semble que du point de vue du sens les deux expressions ne sont pas équivalentes :
- si les deux peuvent signifier que ma vie a été malheureuse,
- seule la seconde porte en elle un commentaire et peut signifier "j'ai vécu, hélas !" mais il faudrait alors une virgule disjonctive, me semble-t-il.
Il y aurait peut-être une autre nuance :
- la première est une affirmation objective : le malheur est certain,
- la seconde est plus subjective : je juge ma vie malheureuse.
Je verse donc ces pièces au dossier.
Bonjour, Jean-Luc !
* J’ai vécu 1 malheureux / 2 malheureusement.
Effectivement, la seconde expression peut avoir le sens que vous lui donnez, à la condition d’isoler l’adverbe au moyen d’une ou de deux virgules (ainsi que vous le dites). Comme je l’ai écrit plus haut, nous avons affaire alors non plus à un adverbe de verbe mais à un adverbe de phrase, mobile par définition ; le jugement que je porte sur mon propre énoncé peut effectivement se trouver à trois places différentes :
* Malheureusement, j’ai vécu.
* J’ai vécu, malheureusement.
* J’ai, malheureusement, vécu.
Dans les trois cas, cela signifie : « Je n’ai pas eu de chance : j’ai vécu. Peu importe que ma vie ait été heureuse ou malheureuse ! Mon malheur, c’est d’avoir vécu. » On retrouve ici Chateaubriand : sa naissance a été son premier malheur.
Ce n’est pas une question de nuance mais une question de sens.
Quant à savoir si la première formule est objective et si la seconde est subjective, je suis perplexe, puisque que, avec Etienne d’ailleurs, vous exprimez des nuances que je ne sens pas.
Il me semble que, dans les deux cas, le sens est le même : s’agissant de l’expression d’une opinion personnelle du JE, l’appréciation ne peut être que subjective. Que j’aie vécu malheureux ou malheureusement, c’est MOI qui le dis, parce que c’est comme cela que je juge ma vie.
Je pense que ce serait pareil avec :
* Il a vécu malheureux / malheureusement.
C’est l’énonciateur qui formule une opinion personnelle, donc subjective.
Cela relève plus de la sémantique que la grammaire. Mais ce n’est pas une raison pour mettre la question à la poubelle, « le meilleur des accessoires de rangement » , selon San-Antonio.
Bonne journée à toutes et à tous !
Edy
Enfin, je n'y comprends plus rien.
Bonjour à tous
A Ipseite:
Je voudrais savoir si la première formulation que vous avez donnée est la "bonne"
En effet, rédigé ainsi:
"nous vécûmes malheureux et non malheureusement" peut s'interpréter ainsi:
Malheureux, ils l'étaient, mais ils n'ont pas commis d'erreurs ou de fautes;
(Songeons à cette expression:"il eut un geste malheureux").
Quant à:
"il vécut pauvrement et non pauvre"
Je vois deux interprétations possibles:
Soit
Riche, il ne pouvait disposer de ses richesses et donc vécut comme un pauvre (il s'agit donc d'argent et seulement d'argent)
Soit
riche, il vécut une vie faible d'intensité car peu fertile en évènements, ou peu fertile intellectuellement ( opposition entre un état supposé amener des évènements intéressants à tout point de vue dans la vie et ce qui s'est réellement passé).
On parle en effet de vie "riche en évènements", ou "riche intellectuellement".
Il vous est donc loisible de jouer sur ces utilisations des mots "riche" et "pauvre".
Etienne
ipseite a écrit :Bonjour à tous,
Pourriez-vous me dire pourquoi le verbe vivre est tantôt suivi d'un adjectif, tantôt d'un adverbe ?
Par exemple :
- nous vécûmes malheureux et non malheureusement
- il vécut pauvrement et non pauvre
merci de votre aide.
ip.
Bonjour à tous
Je voudrais pour ma modeste part, participer à ce débat que je trouve passionnant.
Dans le cas du verbe VIVRE : si l'adverbe peut être suivi par un autre terme tel qu'un adjectif ex: "Il est malheureusement absent pour le moment" , cet adverbe ne peut pas être employé comme attribut du verbe vivre. Par contre si cet adverbe ne tolère pas de complément, il peut être employé comme attribut du verbe VIVRE.
Bonsoir !
Effectivement, dans certaines formules, le sens peut être différent :
* Il a vécu riche.
= Il a vécu à la tête d'une grosse fortune. (On ne préjuge pas de ce qu'il en a fait.)
* Il a vécu richement.
= Il a vécu en faisant voler l'argent, d'une manière ostentatoire.
Pourrait-on en dire autant avec pauvre / pauvrement ? Cela me paraît difficile : quand on est pauvre, comment vivre autrement que pauvrement ? (A moins de parler de richesse intérieure…)
Je continue à ne pas sentir de différence entre :
* Il a vécu malheureux / malheureusement.
Sauf si l'adverbe est un adverbe de phrase, ce qui donne un sens différent à l'énoncé :
* Malheureusement, il a vécu.
L'énonciateur déclare que, par malheur, il a vécu.
Je ne pense pas que la distinction faite par Taieb soit pertinente.
De toute manière, dans "Il est malheureusement absent pour le moment", nous avons affaire à un adverbe de phrase, malgré l'absence de virgules.
En effet, l'énoncé signifie par déplacement :
* Malheureusement (opinion du loctuteur), il EST absent pour le moment.
Help, help !
Mon professeur conseille toujours aux élèves de mettre l'adj après le verbe vivre. En effet, dans les tests de contrôle, c'est en cochant la case de l'adj qu'on a la bonne notre. Quant à moi, j'aurais voulu répliquer, mais n'étant rien et n'ayant rien comme documents, le silence semblait la bonne solution.
ip.
Bonsoir, Ipseite,
Suivez le conseil de votre professeur.
Mais retenez que l'adverbe n'est pas exclu pour autant, même s'il existe des nuances de signification (sur lesquelles le débat reste ouvert).
* Vivre joyeux / joyeusement.
* Vivre triste / tristement.
* Vivre riche / richement. (De même avec pauvre.)
L'adverbe est même parfois préférable :
* Vivre courageux / courageusement.
* Vivre studieux / studieusement.
* Vivre douloureux / douloureusement.
Il est en outre la seule solution lorsqu'on ne peut pas recourir à un adjectif, soit parce qu'il n'existe pas, soit parce que ce n'est pas dans l'usage :
* Vivre précipitamment. (°)
* Vivre dangereusement. (° Vivre dangereux.)
* Vivre scandaleusement. (° Vivre scandaleux.)
* Vivre chichement. (? Vivre chiche.)
A l'inverse, l'adjectif peut être la seule solution usuelle :
* Pour vivre heureux, vivons cachés.
* ° Pour vivre heureusement, vivons cachément.
Bonsoir à tous
Edy, j'interprète votre proposition:
"Malheureusement, il a vécu" comme signifiant
" Hélas, il est mort".
Bonjour, Etienne !
C'est exact, on peut aussi comprendre de cette manière, puisque "il a vécu" est une autre façon de dire "il est mort". Et votre "hélas" est justifié.
Dans la discussion, nous n'avons pas fait ce glissement de sens ; nous avons pris vivre dans son sens ordinaire :
* Malheureusement, j'ai vécu.
= Hélas ! je suis né. / Hélas ! j'ai subi mon existence.
Cela fait penser à Chateaubriand, qui a dit en substance, je l'ai déjà dit, que sa naissance avait été son premier malheur.
On comprend cependant mieux avec survivre :
* Malheureusement, j'ai survécu.
Cela fait penser à quelqu'un qui a raté son suicide.
Dans tous ces exemples, il s'agit d'un adverbe de phrase, dont la mobilité est remarquable :
→ J'ai survécu, malheureusement.
→ J'ai, malheureusement, survécu.
Par contre, on aurait affaire à un adverbe de verbe dans :
* J'ai bien survécu.
Voici une phrase où les deux coexistent :
* Souvent (adv. de phrase), je me couche tôt (adv. de verbe).
→ ° Tôt, je me couche souvent.
Grammaticalement vôtre,
Edy