Nature et fonction de "que"

Langue française

169 réponses · Page 4 / 9

il y avait eu cette sympathie entre le colonel et lui, que ce que le colonel faisait pour les fleurs, il le faisait pour les fruits.
Dans la partie soulignée, je verrais plutôt une complétive introduite par que, apposée au régime du présentatif "il y avait eu" ("cette sympathie entre le colonel et lui" = "ce que le colonel faisait pour les fleurs, il le faisait pour les fruits").
La sympathie entre les deux hommes évoquée ici est une façon commune de ressentir… Tous deux soignent bien leurs végétaux respectifs.

D'ailleurs, une complétive peut être directement régime du présentatif.
Exemple :
Qu'est-ce qu'il y a ? - Il y a que je suis fatigué.
Avec cette horrible anacoluthe ? J'ai du mal à l'admettre chez Hugo.
Horrible, horrible… Voilà une appréciation bien subjective… 😉
Et je suis sûr que tout Hugo qu'il soit, il a commis d'autres anacoluthes.
Plus précisément, il s'agirait ici d'un zeugma, pas plus horrible à mon sens que ce zeugma de Racine :
« Ah ! savez-vous le crime et qui vous a trahie ? »

D'ailleurs, la fameuse "subordonnée causale" avec que évoquée par le Tlf après un verbe ou un adjectif de sentiment me semble tenir énormément de la complétive :
. [Empl. seul]
− [après un verbe ou un adj. de sentiment] Le duc s'enorgueillissait que, sur une centaine de ses bêtes ainsi essayées, une quarantaine seulement fussent d'ordinaire gardées pour l'arène (Montherlant) Il avait été heureux que la propriété de son père servît à quelque chose (Martin du Gard).
On remarquera toutefois que, dans les exemples donnés, ces subordonnées sont au subjonctif. Ce qui n'est pas le cas chez Hugo : indicatif pour le présentatif, indicatif pour la complétive.
Merci, Jean-Luc, Anne345, et Jehan.

C'est difficile, le français !
Mais, j'écrirai dans mon journal cette phrase :
"Aujourd'hui, il y a eu un temps heureux pour moi, que les amis français ont aimablement répondu à ma question."

Cordialement.
A ta place, j'enlèverais le que ! 🙂
Je ne suis pas bien d'accord avec ces analyses.
Je ne vois pas d'anacoluthe dans la construction ; "que" me paraît simplement expliciter "sympathie" ; il équivaut presque à "selon laquelle".
Il y avait entre eux cette sympathie que ce que le colonel faisait pour les fleurs, il le faisait pour les fruits.
Il me semble que c'est la même construction que dans des phrases comme :
Nous avons en France le problème que les impôts sont très élevés.
Cette idée que les Français payent plus d'impôts que les autres est-elle juste ?
Autrement dit : nom + que + phrase explicitant le nom.

@Hwang
Non, la phrase que tu écriras dans ton journal ne convient pas trop car la deuxième partie de la phrase n'explicite pas vraiment le terme "temps", même s'il est précisé qu'il est "heureux" !
Par contre, tu pourrais écrire :
"Aujourd'hui, j'ai connu ce bonheur que mes amis français ont aimablement répondu à ma question."
Victor Hugo, lui, a écrit une virgule avant le que.
Par rapport à "sympathie", la proposition n'est plus complément explicatif, mais apposition explicative, comme j'ai analysé.
Une complétive explicative peut aussi bien être complément d'un nom qu'apposée à ce nom.
Je ne partage pas ton avis. La ponctuation de Hugo et celle recommandée aujourd'hui, cela n'est pas nécessairement la même chose. Je crois plutôt qu'il a mis cette virgule à cause du "entre le colonel et lui" interposé.
Apposée ou complément de nom, cela peut se discuter. Mais pour en revenir à la question initiale, tu es tout de même d'accord sur le fait que le que introduit ici une complétive ?
Oui, bien sûr.
Eh bien, il me semble que c'est l'essentiel…
Bonjour.
Une question s'il vous plait.
J'ai touché le fond de la piscine
Dans le petit pull marine,
Tout déchiré aux coudes
Qu'j'ai pas voulu recoudre,
Que tu m'avais donné.
J'me sens tellement abandonnée.

Y'a pas qu'au fond de la piscine
Que mes yeux sont bleu marine.

Tu les avais repérés
Sans qu'il y ait un regard
Et t'avais rappliqué.
Maintenant, je paie l'effet retard.
Je n'arrive pas à comprendre le sens de la partie soulignée.
Il y a deux conjonctions 'que' dont je ne peux pas discerner la fonction.
Si je la réécris pour mieux comprendre, cela donne :
Il n'y a pas qu'au fond de la piscine que mes yeux sont bleu marine.
Si je réécris une fois encore, pour simplifier en supprimant CC, cela donne :
Il n'y a pas que que mes yeux sont bleu marine.
Et… tout se brouille dans ma tête.
Ce 'au fond de la piscine' n'est-il pas CC par hasard ?
Quelle est la relation contextuelle entre 'au fond de la piscine' et 'mes yeux sont bleu marine' ?

Ensuite, le verbe 'rappliqué' est-il transitif ou intransitif ?
Qu'est-ce que le 'tu' a fait exactement ?
Je ne peux aucunnement saisir le sens de 'avais rappliqué'.

Et ensuite, 'effet', 'retard' sont tous les deux noms liés sans préposition.
'Payer l'effet retard', qu'est-ce que cela veut dire ?

En bref, je veux savoir le sens exact des parties soulignées, y compris les fonctions de deux 'que'.

J'attendrais humblement vos explications amicales.
Merci, d'avance.
Si je réécris une fois encore, pour simplifier en supprimant CC, cela donne :
Il n'y a pas que que mes yeux sont bleu marine.
Et… tout se brouille dans ma tête.
Eh oui, comme ça, ça ne marche pas, ça n'a pas de sens. C'est donc qu'il y a eu une erreur de manipulation. Tu n'aurais pas dû enlever le CC. Pourquoi ?
Regardons le mécanisme de ces constructions introductrices ou de mise en valeur. Commençons par une autre construction, plus simple.
J'étudie le français en Corée.
C'est en Corée que j'étudie le français.
C'est le français que j'étudie en Corée.
C'est moi qui étudie le français en Corée.

Le "c'est … que", "c'est … qui" sert à mettre en relief un élément de la phrase qui dans la phrase initiale pouvait être un CC, un COD ou même un sujet.
Une fois mis en relief, il est évident que cet élément est indispensable et qu'on ne peut pas le supprimer, même s'il s'agissait d'un CC. Comme tu vois, on peut avoir dans cette construction "que", "qui", ou même d'autres pronoms relatifs :
C'est moi dont les journaux ont parlé au sujet de l'enseignement du français.
C'est moi sur qui les journaux ont fait un article récemment.
C'est le journal sur lequel un article a été écrit récemment à propos du français.
C'est le journal un article a été écrit récemment à propos du français.
C'est moi à qui le professeur a donné le prix de français.


Voyons maintenant la construction "il n'a que … que/qui"
Il n'y a qu'en Corée que j'étudie le français.
Il n'y a que le français que j'étudie en Corée.
Il n'y a que moi qui étudie le français en Corée.

Tu as compris le système je pense. On ne peut toujours pas supprimer l'élément mis en relief. Et on pourrait encore avoir d'autre pronoms :
Il n'y a que moi dont les journaux ont (aient) parlé au sujet de l'enseignement du français.
Il n'y a que ce journal un article a (ait) été écrit récemment à propos du français.
Il n'y a que moi à qui le professeur a (ait) donné un prix de français.

Par contre, on constate qu'on a toujours la même conjonctionque au début, parce qu'elle appartient à l'expression il n'y a que.

Voilà, on est presque arrivé. Si on nie l'expression "il n'y a que", on obtient l'expression "il n'y a pas que", qui s'utilise de même :
Il n'y a pas qu'en Corée que j'étudie le français, mais aussi à Paris.
Il n'y a pas que le français que j'étudie en Corée, mais aussi l'allemand.
Il n'y a pas que moi qui étudie le français en Corée, mais aussi ma sœur.

Il n'y a pas que moi dont les journaux ont (aient) parlé au sujet de l'enseignement du français, mais aussi de mon professeur.

C'est exactement la construction qu'on a dans :
Il n'y a pas qu'au fond de la piscine que mes yeux sont bleu marine.

On pourrait d'ailleurs la tourner autrement :
Ce n'est pas seulement au fond de la piscine que mes yeux sont bleu marine.
Hwang(moijesuisneant) a écrit :Et t'avais rappliqué.

Ensuite, le verbe 'rappliqué' est-il transitif ou intransitif ?
Qu'est-ce que le 'tu' a fait exactement ?

Je ne peux aucun(n)ement saisir le sens de 'avais rappliqué'.
https://www.cnrtl.fr/definition/rappliquer
Légèrement argotique ou populaire pour "arriver, venir promptement". Par contre, se conjugue usuellement avec "avoir", contrairement à "arriver" ou "venir".
"tu" est sujet.
Tu avais rappliqué = tu étais venu immédiatement.
Hwang(moijesuisneant) a écrit :Et ensuite, 'effet', 'retard' sont tous les deux noms liés sans préposition.
'Payer l'effet retard', qu'est-ce que cela veut dire ?

Un "effet retard" est une expression qu'on utilise d'abord en pharmacie pour décrire l'effet d'un médicament qui se produit avec un certain retard par rapport à la prise du médicament. Son sens s'est élargi à d'autres domaines, et l'effet retard est donc simplement un effet qui se produit avec retard par rapport à un autre événement.
Je ne pourrais pas te donner le sens exact dans la chanson, probablement quelque chose comme "maintenant, je paie les conséquences". La plupart des textes de chansons n'ont pas forcément grand sens quand on les analyse, c'est souvent une juxtaposition de mots et d'expressions choisis pour l'impression et pour la rime. Le poète fait souvent de même quand il écrit une poésie, mais tous les auteurs de chansons ne sont pas vraiment poètes !
lamaneur a écrit : […]
C'est exactement la construction qu'on a dans :
Il n'y a pas qu'au fond de la piscine que mes yeux sont bleu marine.

On pourrait d'ailleurs la tourner autrement :
Ce n'est pas seulement au fond de la piscine que mes yeux sont bleu marine.
[…]

Tu avais rappliqué = tu étais venu immédiatement.
[…]

Un "effet retard" est une expression qu'on utilise d'abord en pharmacie pour décrire l'effet d'un médicament qui se produit avec un certain retard par rapport à la prise du médicament. Son sens s'est élargi à d'autres domaines, et l'effet retard est donc simplement un effet qui se produit avec retard par rapport à un autre événement.
[…]
Le poète fait souvent de même quand il écrit une poésie, mais tous les auteurs de chansons ne sont pas vraiment poètes !
Merci, lamaneur pour ton explication facile à moi et pleine de bonté.
J'ai compris.

Et… puisque tu es la, une question de plus, s'il te plait.
Viens vite au fond de la piscine
Repêcher ta petite sardine,
L'empêcher de se noyer,
Au fond de toi, la garder,
Petite soeur traqueuse,
De l'air de ton air amoureuse.
La partie soulignée, C'est vraiment difficile à comprendre.
'Air' étant masculin, pourquoi 'amoureuse' féminin ?
'De l'air de ton air', qu'est-ce que cela veut dire et quelle est sa fonction dans la phrase ?
(Il y a deux 'air', c'est trop pour moi !!!)

Aide-moi encore !!
Petite sœur traqueuse,
De l'air de ton air amoureuse.
"amoureuse" qualifie "sœur"
"de l'air de ton air" est complément de l'adjectif "amoureuse"; ce complément est exceptionnellement placé avant par effet de style.
Ordre normal : "amoureuse de l'air de ton air".
Quant à "l'air de ton air", c'est un effet de style également, un renforcement équivalant à "l'apparence de ton air", "l'apparence de ton apparence"… Donc "amoureuse de l'apparence de ton apparence"… Une certaine façon sans doute d'insister sur le narcissisme de la "petite sœur".

Quant à "traqueuse", cela signifie sans doute ici "qui a le trac", "qui a peur, qui n'a pas confiance en elle-même".
Eh ben heureusement que tu es la jehan car dans ce genre de sujet je ne suis pas très très bonne !! ça me rappelle mes petites fautes dans mon commentaire précédent !!
Jehan a écrit :"amoureuse" qualifie "sœur"
"de l'air de ton air" est complément de l'adjectif "amoureuse"; ce complément est exceptionnellement placé avant par effet de style.
Ordre normal : "amoureuse de l'air de ton air".
Quant à "l'air de ton air", c'est un effet de style également, un renforcement équivalant à "l'apparence de ton air", "l'apparence de ton apparence"… Donc "amoureuse de l'apparence de ton apparence"… Une certaine façon sans doute d'insister sur le narcissisme de la "petite sœur".

Quant à "traqueuse", cela signifie sans doute ici "qui a le trac", "qui a peur, qui n'a pas confiance en elle-même".
Lyrics de chansons me sont très difficiles.
Ton explication m'a beaucoup aidé à apprécier la chanson.
Grand merci Jehan, et je te souhaite une très belle soirée.
Hwang(moijesuisneant) a écrit :Lyrics de chansons me sont très difficiles.
Les paroles des chansons …
Rassure-toi, pour moi aussi, elles sont difficiles !
Bonjour~~
Une question s'il vous plait.
Voici une partie d'un poème d'Aragon.
Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu'un coeur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement
Je veux savoir la nature et fonction des trois 'que'.
Y a-t-il par hasard quelques omissions de mots ?
En bref, je ne peux pas comprendre, à cause de ces 'que', le sens de la partie soulignée.
Pourriez-vous me réécrire la partie soulignée plus facilement(en expression banale), je vous prie ?

Amicalement.
Hwang(moijesuisneant) a écrit :Bonjour~~
Une question s'il vous plait.
Voici une partie d'un poème d'Aragon.
Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu'un coeur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement
Je veux savoir la nature et fonction des trois 'que'.
Y a-t-il par hasard quelques omissions de mots ?
Aragon omet la ponctuation. On peut comprendre :
Que serais-je sans toi ? Qu'un cœur au bois dormant.
Autrement dit,
Sans toi, je ne serais rien qu'un cœur au bois dormant.
Etc.