Du neutre en français
11 réponses
J'ai entendu ceci aujourd'hui.
"Je suis un gros mangeur"
Moi, je sais qui l'a dit. Mais, tenant compte de ceci, que l'écrit est une traduction, la plus fidèle possible, du discours oral, il semble qu'il existe bel et bien un neutre en français.
Partant:
- le neutre, en français, relève-til de la sémantique ou de la grammaire?
- la grammaire doit-elle être déduite du discours oral ( pardon pour la redondance) ou du discours écrit?
Etienne
Bonsoir, Etienne !
Je suis désolé de vous contredire : le neutre n'existe plus en français que pour quelques pronoms (tout, rien, quelque chose, ce, quoi ; outre le IL des verbes impersonnels). Ce qui n'empêche pas qu'on doive les accorder comme s'ils étaient des masculins :
* Tout est beau.
* Rien n'est perdu.
* Quelque chose d'important.
* Ce / Cela n'est pas poli.
Ces pronoms n'ont pas de pluriel.
Le neutre apparaît également dans le comparatif synthétique PIS, qui s'oppose à PIRE, valable pour le masculin et pour le féminin.
Il apparaît encore dans le pronom personnel notionnel LE :
* Intelligentes, elles LE sont.
Quand vous écrivez "Je suis un gros mangeur", le référent est, sans aucun doute, du sexe masculin. Il n'y a pas de raison de parler de neutre pour le motif que, à part vous, personne ne connaît le référent exact.
Par contre, dans "Je suis une vedette", nous avons affaire à un nom qui s'applique aussi bien aux hommes qu'aux femmes. Le référent se déduira soit du contexte (le texte antérieur ou le texte postérieur), soit de la situation.
Pour le reste, je ne suis pas linguiste.
Il me semble cependant que :
1 La notion (très réduite) de neutre relève à la fois de la grammaire et de la sémantique ;
2 La grammaire (de plus en plus descriptive et de moins en moins normative ou prescriptive) est le reflet du bon usage et, à ce titre, ne peut pas ignorer le langage parlé.
Par exemple, dans l'interrogation directe, elle admet, mais dans des registres différents,
* Viens-tu ? (Interrogation soutenue)
* Est-ce que tu viens ? (Interrogation périphrastique)
* Tu viens ? (Interrogation mélodique)
Elle admet de même :
* Où vas-tu ?
* Où est-ce que tu vas ?
* Tu vas où ?
Mais non : * Où tu vas ? (Très employé à l'oral.)
Bonne soirée, aimable poète (entre autres) !
Cordialement,
Edy
Cher Cyril,
Cette discussion intéressante ne devrait-elle pas être déplacée vers la Grammaire ?
Cordialement vôtre,
Edy
Cher Edy,
Je viens tout juste de déplacer cette discussion dans « Langue française ». J'étais en train de réfléchir à ce que disait Hub dans
cette discussion. 😉
Un exemple:
Lorsqu'on écrit:
"cher webmestre"
Cela ne relève-t-il pas du neutre, si l'on ne sait si le webmestre en question est dame ou monsieur, les deux cas pouvant exister?
Vous utilisez en réalité le masculin soit comme genre indifférencié, soit comme genre le plus probable (dans l'état actuel de notre société).
Quand une femme est enceinte, on dit aussi qu'elle attend UN enfant.
Quand on appelle LE médecin de garde, on aura peut-être la visite d'une femme. Et LE policier bien casqué qui m'interpelle de sa moto n'est pas nécessairement un homme.
Je n'ai jamais lu qu'on pouvait parler de neutre dans le cas que vous citez.
D'accord avec vous, mais je pense que le neutre aurait sa place, concernant, par exemple, les fonctions occupées.
Cela aurait l'avantage de nous éviter, par exemple, le ridicule, "professeure", qui n'entre guère dans la tradition orthographique.
L'orthographe, ou la grammaire, qui certes doivent évoluer, doivent-elles être le souffre-douleur des modes ou des combats de la société?
Je ne pense pas qu'on puisse introduire la notion de neutre à propos des professions : ce neutre ne pourrait être que le genre masculin.
Je ne nous vois pas introduire, pour les deux sexes, un soi-disant neutre "professant", qui de toute façon serait un masculin.
Nous n'allons tout de même pas créer un troisième genre, comme chez les Romains : templum, donum, etc. On a déjà assez souffert avec le latin et le grec ! (Et l'allemand…)
Quoi qu'il en soit, je m'habitue à auteure et à écrivaine.
Mais je pense pas que nous aurons amatrice, médecine ou cafetière.
Chers lecteurs,
Après onze ans depuis sa parution, je me permets certaines questions en réaction à la première réponse d'Edy, qui dit que le genre neutre en français n'existe "plus" maintenant. Depuis quand n'existe-t-il plus ? Pourquoi ? Comment l'écrivait-on avant ?
En vous remerciant d'avance pour vos réponses éclairées,
Larige.
Bonjour.
La phrase complète d'Edy est : "Le neutre n'existe plus en français que pour quelques pronoms."
Notre regretté Edy voulait simplement dire par là, je présume, que le latin connaissait le neutre, mais que ce genre a cessé d'exister dès le début en français, sauf pour quelques pronoms.
Le neutre a disparu a date ancienne. Beaucoup de noms neutres, dont le genre était par ailleurs immotivé, étaient employés au pluriel : folia, bracchia, cerebella, gaudia, armoria, etc… Leur terminaison, homophone de celle du féminin singulier des noms de la 1ère déclinaison, a été confondue avec ceux-ci et ils sont devenus des noms féminins dans la langue d'oïl et d'autre langues romanes : feuille, brasse, cervelle, joie (mais joi en occitan < gaudium), armoire,etc…
D'autre noms avaient eu très tôt un doublet masculin, c'est le cas de caelum/caelus (ciel), dorsum/dorsus (dos), etc…
Beaucoup enfin procèdent d'un calque moderne et ont été rattachés au masculin : les mots en -mentum, par exemple.