Bonjour Lebeau,
Bien sûr que cette intuition de _BrainDamage_ est réductrice. Mais elle a le mérite d'essayer d'expliquer l'HOmme et sa conception intérieure du monde à travers ses productions artistiques. Cependant, il est vrai qu'elle présente d enombreux problèmes :
1) ROMAN = PASSE
Que penser des romans de science fiction ? des romans d'anticpation ? des romans "d'autre monde" (onirique, utopique, etc.) ? Le genre romanesque est apte à rendre compte, de par sa prose, sa longueur, sa neutralité, d'un futur possible ou d'un monde plausible (voire tout à fait in-croyable).
Et que faire également des romans qui ont pour objectif de coller au temps présent ? Je conçois que l'acte d'écriture, comme un journal intime par exemple, est un acte a posteriori, mais il cherche à rétablir une quelconque cohérence propre à l'être écrivant (j'emploie le participe présent exprès).
Cette (vieille, [et après c'est moi qui m'inspire des Anciens ]) idée que le roman correspondrait au passé, remonte au fait que le genre romanesque est issu du genre épique, c'est-à-dire d'un genre qui narrait ce qui était
passé.
2) THEATRE = PRESENT
Cette idée vient du concept même (ce qui constitue la spécificité de l'art dramatique) de la
re-présentation. Le spectateur vit dans le même temps de la pièce ce qui se passe sur l'espace scénique. Mais dans ce cas, avec ces multiples représentations, le théâtre est multiplement présent. C'est une pieuvre du présent.
Et puis, le théâtre se préoccupe beaucoup de ce qui est PASSE, non ? Le théâtre classique et ses règles aristotéliciennes… Phèdre est un personnage très contemporain. Alexandre le grand, Britannicus, Néron, CInna, Figaro, Hernani, Cromwell, également. Nous pourrions aussi parler des pièces baroques (Garnier, Calderon, Shakespeare, etc.). Nous pourrions gloser également sur le fait que les dramaturges (et notamment les meilleurs) mettent en scène des "caractères" universels de l'homme (jalousie = Othello, ambition = Macbeth, avarice = Harpagon, etc.). Nous n'irions pas loin.
Le théâtre n'est pas présentation (excepté peut-être les scène d'improvisation) mais re-présentation.
3) POESIE = FUTUR
Là, on nage dans un flou complet. Qu'est-ce que cela signifie : poésie = futur ? Franchement, je crois que là, c'est juste pour combler la lacune des "évidentes" équivalences précédentes. Parce que :
- que faisons-nous de la poésie lyrique ? C'est un sentiment du futur ? En plus, le poète lui-même ressent
dans l'instant (cf. Les COntemplations) cette surdose affective qui caractérise ces textes lyriques. Le lyrisme, c'est l'expression par l'écriture (principalement, et la musique bien sûr) d'une émotion PRESENTE. Et cette émotion se ressent également dans le temps de lecture même. Je ne lis pas un poème pour en ressentir les effets le lendemain.
- il y a très peu de poésie qui évoque le futur…
- en revanche, il y en a beaucoup qui évoque un fait présent ou passé !
etc.
De toute façon, dans l'ensemble, l'acte d'écriture, qu'il soit romanesque, théâtral (car le théâtre s'écrit avant d'être représenté) ou poétique, est un acte vécu dans le présent. Il est caractérisé par cela. Après, il est évident qu'il nous faut tourner les yeux en arrière et devant nous pour saisir l'inspiration. Et puis, il est tellement vrai que nombre d'écrivain ont pour objectif : le futur et la postérité.
Je suis d'accord avec toi, Lebeau, en ce qui concerne la poésie -même si l'sprit n'oublie jamais complètement ce qui nous a frappé….