Poésie : qu’est-ce qui fait qu’un texte est poétique ?

Littérature

117 réponses · Page 3 / 6

Pour paraphraser Buffon, la poésie c'est l'homme.

LA poésie est comme DIeu, impénétrable.

😀
Bonjour Krystyna,

Je suis bien d'accord avec cette voie mystique ou sacrée de la poésie même si elle ne permet pas de rendre compte de toutes les tentatives poétiques. En fait, je reformulerai votre propos d'une autre manière.

Si Dieu est un être absolu, il possède alors toutes les perfections, dont la beauté.
La fonction essentielle de la poésie est bien de révéler la beauté, l'harmonie, l'ordre, la surprise… quel que soit le nom que l'on veuille donner à la beauté. C'est pourquoi tout poète est amené à entrer en relation avec le sacré dans sa création poétique, même s'il nie toute forme de transcendance.

D'ailleurs, dans ses origines, la poésie a été en lien avec le sacré non seulement par le caractère miraculeux de l'inspiration, mais encore par son utilisation marquée dans la célébration des rites et l'élaboration des mythes.

A-t-on assez remarqué que la poésie est liée par nature à la respiration, aux rythmes, aux répétitions, toutes formes liées aux processus vitaux et aux apprentissages fondamentaux ?
Dieu est un être absolu
Il possède tous les attributs, dont la laideur.
Le laid est aussi sacré que le beau (Allen Ginsberg, à relire !)
Bonsoir Léah,

Dieu, que c'est laid de me titiller ainsi !
Revenons à nos classiques provocateurs et à l'article Beau du Dictionnaire philosophique.
Le laid peut être beau, c'est entendu.
Alphonse Allais aurait parlé du bolet. 😉
Je ne te titille pas. Dieu a tout créé, tout autant le laid que le beau. Les deux, étant son œuvre, sont sacrés. Du moins perso je le ressens ainsi…
Et puis à partir des Fleurs du mal on sort complètement des préoccupations "esthétisantes" de la poésie, pour en revenir aux considérations littéraires.
Bonsoir Léah,

Certes Dieu a tout créé, mais il faudrait distinguer entre les causes premières et les causes secondes.
L'homme qui a parfois ajouté la culture à la nature est quand même responsable d'un certain nombre d'enlaidissements.
Et si Baudelaire fait l'apologie de la laideur, ou plutôt du beau bizarre, il recherche en définitive la beauté, sa beauté.
"Tu m'as donné ta boue et j'en ai fait de l'or".
La beauté est effectivement une notion subjective et culturelle, c'est ce que Voltaire défendait dans ce fameux article avec sa pincée de sel philosophique.
Si Dieu existe et qu'il a tout créé alors, oui, hideur et beauté procède du sacré et l'on doit, sinon les rechercher, du moins les admettre. Mais, à ce moment-là, la recherche du "beau" ou du "laid" n'est-elle pas une recherche de "Dieu", et n'est-elle pas que cela?
Si Dieu n'existe pas, seul l'homme conceptualise et l'idée du beau et de l'affreux ne sont qu'un reflet de lui-même, tel qu'il le verrait, prisonnier dans la caverne de Platon. On n'en doit pas moins admettre ces deux idées, sinon les rechercher, comme étant la recherche de soi.
Quelle que soit l'origine que l'on donne à l'homme, nous ne pouvons que constater que "beau" et "laid" ne sont jamais que deux faces de "quoi exactement? et comment l'appeler?", et qu'invoquer l'un c'est forcément évoquer l'autre et inversement.

J'ai l'impression qu'il en est de l'esthétique comme de la notion de Dieu, c'est tellement personnel que toute discussion, pour intéressante qu'elle soit, ne trouvera jamais de conclusion éclatante aux yeux de tout un chacun comme aux yeux de tous..

Et pourtant, il faut discuter..
Mais quand je parle de sacré, ça n'implique pas forcément l'idée de Dieu. Il me semble que la poésie arrive à mettre en valeur ce qui est transcendant en chaque chose, ce qui est atemporel. Vous regardez une fleur, certains vont dire : tiens cette rose est fanée, j'aurais dû changer l'eau. D'autres sont se mettre à méditer sur le temps qui passe, etc.
Quant à Dieu, je ne pense pas qu'on puisse dire que la laideur soit dans ses attributs. L'idée d'un Dieu en clair-obscur, un peu manichéen, ne me convient pas. Mais c'est personnel.
La question "qu'est ce qui fait qu'un texte est poétique ou non? " porte sur le texte, non sur l'auteur. Espace clos, il est régi par un système d'élaboration considéré uniquement dans la réception : le texte nous parle - t - il ou non? car pour reprendre la formule de Sartre : "Il n'y a d'art que par et pour autrui." Il s'agit plus de réceptivité que de réception. La poétique, depuis Flaubert réduite au style, est autre, dans le sens où plus que l' expressivité, c'est l'impression que la lecture nous laisse qui fait qu'elle nous reste. Désolée mais pour moi ton texte ne l'est pas même si le sujet me passionne.
La poètique d'un texte est l'interface subtile entre le lecteur et l'auteur ; si l'auteur n'y a mis aucune donnée perso, difficile quand même d'y trouver de la poésie même si on y est réceptif !
Et de quel texte parles-tu Delhange ?
Encore faut-il que les données perso soient perceptibles en tant que telles, ce qui n'est pas toujours le cas. Et aller rechercher la biographie de l'auteur est, pour moi, très destructeur quant aux qualités du texte et de l'auteur: cela casse la dimension "sacrée" qu'un beau texte lui confère et le ramène à la simple dimension de l'humain quotidien: un désastre pour la poésie, sauf quand le texte chante par lui-même, de son rythme, assonnance ou dissonance, de sa respiration ou de la juxtaposition étrange et "révélatrice" ou "créatrice" de ses mots.
Ce n'est pas vraiment ce que je pensais ; je voulais dire qu'un texte purement informatif ne peut être poètique. Mais j'ajouterai : quoique…
Le passé c'est le roman,
le théâtre est du présent,
le futur est poésie.


L'Être face à ce grand Néant qu'on appelle avenir.
Le poète est ce baromètre que Rousseau applique à sa sensibilité pour sonder son âme dans Les confessions. Le poète, me dira-t-on, est parfois nostalgique, mais la nostalgie n'est qu'une tentative de prolongement dans le futur d'une époque plus heureuse mais révolue.
Et la mélancolie recèle une part d'espérance.
Le passé c'est le roman,
le théâtre est du présent,
le futur est poésie.
Et que fais-tu de la science-fiction, _BrainDamage_ ? C'est de la poésie romanesque ?…

:/
mozart62000 a écrit :
Le passé c'est le roman,
le théâtre est du présent,
le futur est poésie.
Et que fais-tu de la science-fiction, _BrainDamage_ ? C'est de la poésie romanesque ?…

:/
Interressant Mozart62000. Je disais ça à un autre niveau. Ce n'est d'ailleurs qu'une idée comme ça. Un sorte d'aphorisme si tu veux, une intuition. Je me suis demandé si à chaque grand genre littéraire correspondait un temps fondamental lequel serait-il?
Le théâtre ne s'incarne pas mieux que dans la représentation théâtrale; il est alors fortement ressenti comme appartenant essentiellement au présent même si l'époque diégétique est le Moyen-Âge.
Le roman -même de Science fiction ou d'anticipation- reste une histoire racontée donc, forcément, qui ne se produit pas "sous nos yeux" (comme dans une représentation théâtrale). Le discours rapporté y a souvent une place importante, de même que la narration.
Enfin la poésie m'a posé problème. Néanmoins, elle me semble toujours portée par une regard vers le futur, l'élan poétique me semble toujours s'adresser à la postérité. Je trouve qu'il y a là quelque chose d'essentiel. Ce n'est pas d'une rigueur scientifique je te l'accorde, si je peux m'aventurer à parler de sémiose poétique, je crois sincérement qu'elle s'inscrit dans le sens de l'avenir sur l'axe du temps, allant vers l'inconnu, l'indeterminé. Alors que le roman s'inscrit dans le sens contraire, il nous plonge dans une histoire délimitée dans le temps, dont la fin est déterminée (traditionellement), une sorte d'examen ou d'autopsie, de dissection. Le roman est souvent caractérisé par une large part analytique.
Le théâtre reste essentiellement une représentation Live en quelque sorte. Voilà pour les analogies. Là-dessus je n'ai aucune certitude, mais je vois que cela incite au débat, Peut-être faudrait-il ouvrir le sujet?
Je n'arrive pas à voir la poésie comme une vision du futur.
Elle est au contraire pour moi le cri d'un instant et que l'instant d'après oublie.
Bonjour Lebeau,

Bien sûr que cette intuition de _BrainDamage_ est réductrice. Mais elle a le mérite d'essayer d'expliquer l'HOmme et sa conception intérieure du monde à travers ses productions artistiques. Cependant, il est vrai qu'elle présente d enombreux problèmes :
1) ROMAN = PASSE
Que penser des romans de science fiction ? des romans d'anticpation ? des romans "d'autre monde" (onirique, utopique, etc.) ? Le genre romanesque est apte à rendre compte, de par sa prose, sa longueur, sa neutralité, d'un futur possible ou d'un monde plausible (voire tout à fait in-croyable).

Et que faire également des romans qui ont pour objectif de coller au temps présent ? Je conçois que l'acte d'écriture, comme un journal intime par exemple, est un acte a posteriori, mais il cherche à rétablir une quelconque cohérence propre à l'être écrivant (j'emploie le participe présent exprès).

Cette (vieille, [et après c'est moi qui m'inspire des Anciens ]) idée que le roman correspondrait au passé, remonte au fait que le genre romanesque est issu du genre épique, c'est-à-dire d'un genre qui narrait ce qui était passé.

2) THEATRE = PRESENT
Cette idée vient du concept même (ce qui constitue la spécificité de l'art dramatique) de la re-présentation. Le spectateur vit dans le même temps de la pièce ce qui se passe sur l'espace scénique. Mais dans ce cas, avec ces multiples représentations, le théâtre est multiplement présent. C'est une pieuvre du présent.

Et puis, le théâtre se préoccupe beaucoup de ce qui est PASSE, non ? Le théâtre classique et ses règles aristotéliciennes… Phèdre est un personnage très contemporain. Alexandre le grand, Britannicus, Néron, CInna, Figaro, Hernani, Cromwell, également. Nous pourrions aussi parler des pièces baroques (Garnier, Calderon, Shakespeare, etc.). Nous pourrions gloser également sur le fait que les dramaturges (et notamment les meilleurs) mettent en scène des "caractères" universels de l'homme (jalousie = Othello, ambition = Macbeth, avarice = Harpagon, etc.). Nous n'irions pas loin.

Le théâtre n'est pas présentation (excepté peut-être les scène d'improvisation) mais re-présentation.

3) POESIE = FUTUR
Là, on nage dans un flou complet. Qu'est-ce que cela signifie : poésie = futur ? Franchement, je crois que là, c'est juste pour combler la lacune des "évidentes" équivalences précédentes. Parce que :

- que faisons-nous de la poésie lyrique ? C'est un sentiment du futur ? En plus, le poète lui-même ressent dans l'instant (cf. Les COntemplations) cette surdose affective qui caractérise ces textes lyriques. Le lyrisme, c'est l'expression par l'écriture (principalement, et la musique bien sûr) d'une émotion PRESENTE. Et cette émotion se ressent également dans le temps de lecture même. Je ne lis pas un poème pour en ressentir les effets le lendemain.

- il y a très peu de poésie qui évoque le futur…

- en revanche, il y en a beaucoup qui évoque un fait présent ou passé !

etc.



De toute façon, dans l'ensemble, l'acte d'écriture, qu'il soit romanesque, théâtral (car le théâtre s'écrit avant d'être représenté) ou poétique, est un acte vécu dans le présent. Il est caractérisé par cela. Après, il est évident qu'il nous faut tourner les yeux en arrière et devant nous pour saisir l'inspiration. Et puis, il est tellement vrai que nombre d'écrivain ont pour objectif : le futur et la postérité.


Je suis d'accord avec toi, Lebeau, en ce qui concerne la poésie -même si l'sprit n'oublie jamais complètement ce qui nous a frappé….
Si la Poésie est future
Pour le poète le poème à écrire est toujours devant
Oui, léah, mais pour le romancier et le dramaturge aussi, non ?
Je ne sais pas, je n'écris que des poèmes.