Poésie : qu’est-ce qui fait qu’un texte est poétique ?

Littérature

117 réponses · Page 1 / 6

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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J'ai lu bien des citations sur la poésie : très intéressant.
Mais qu'est-ce qui, pour vous, fait qu'un texte est, ou n'est pas poétique ?

Si je pose cette question, c'est que la poésie, vue et enseignée par l'école, m'a inspiré ceci :

Ah! que les mots savants dont on se gargarise
Savent être le tombeau de ceux qui nous détruisent.

L'auteur est un pauvre homme, simple, d'esprit amène:
Il n'aime que ses dits que le savant malmène.

Synecdoque, anathème, anacoluthe et chiasme
Sentent comme un marais qu'on connaît à ses miasmes.

L'auteur est un pauvre homme, simple, d'esprit amène,
Que les mots des savants bien près des larmes amène.

Ah! Que les mots savants dont on se gargarise
Ressemblent au paradis des drogues que l'on prise.

L'auteur est un pauvre homme, simple, d'esprit amène,
Et que , seuls, la passion, l'amour et le coeur mènent.
Il y a belle lurette que la poésie ne se limite plus aux seuls alexandrins et rimes !
Est poètique, tout texte non discursif (non liléaire)
Bonjour Lebeau,

Pour être clair sans tomber dans les simplifications outrancières :

La poésie ou fonction poétique du langage se discerne mieux en revenant aux études de linguistique par Jakobson.
ici sur le site

On comprend alors que la poésie n'est pas liée à une forme, à un registre ou à un vocabulaire soutenu ou savant.

La poésie réside dans le travail sur la langue pour donner à la fois sens, image et musicalité. La poésie se situe dans un agencement esthétique des mots. Ce n'est plus une communication utilitaire, mais une communication qui cherche à produire un plaisir très particulier, des émotions liées au pouvoir de représentation du langage et aux modes de fonctionnement de notre cerveau. On discerne aujourd'hui deux grands courants :
· Le classicisme qui recherche la régularité, l'ordre, l'harmonie, les proportions…
· La modernité qui se situe plus dans la rupture, la surprise, la nouveauté, les associations d'idées…
Le carrefour dans la littérature française serait Baudelaire…
Mes soeurs et mes frères en l'humanité,
je constate que vous ne répondez pas à la question: vous vous contentez de répercuter une phraséologie quasi officielle et qui tente soit de constater, soit de définir "ce que doit être la poésie" .
Y aurait-il un texte qui, loin de répondre à vos définitions, voire en étant quasi à leur opposé, serait pour autant un texte poétique pour vous?
Si oui, répercutez le nous comme tel, et dans son intégralité.
Après, nous pourrons discuter.
Autrement dit, quelle est votre acception personnelle, en dehors de toute école, de la poésie générée par un texte.
Fraternellement
Etienne
bonsoir,

ton texte rimé, intéressant, et naïf, m'inspire ceci : le texte poétique est en quelque sorte l'écho verbal d'un état d'âme (authentique ou créé de toute pièce) ; il peut s'animer dans un joyeux désordre ou dans un cadre structuré. Il est harmonie, explicite ou pas. Rien ne t'interdit d'aligner des vers de treize pieds, si cela t'enchante. Mais des alexandrins de treize pieds, comme tu le fais, alors là non.
Bonsoir Etienne,

Il ne s'agit nullement de phraséologie officielle, mais d'une tentative personnelle de comprendre le phénomène poétique dans sa diversité afin de rendre compte autant des vers raciniens que du verset claudélien, des poèmes en prose de Baudelaire, de la période proustienne, des maximes pascaliennes… La poésie reste du côté de l'image, du travail sur le sens et de la musicalité, du travail sur le langage.
Désolé de ne pouvoir offrir une autre explication qui en outre me paraissait répondre à votre question :
"Mais qu'est-ce qui, pour vous, fait qu'un texte est, ou n'est pas poétique?"

Jean-Luc
aïe aïe… cher webmestre, que me réservez-vous ?
mon post était, et demeure, amical !
Je voulais juste dire que la poésie, et plus largement la littérature, était question d'intention.
hub a écrit :aïe aïe… cher webmestre, que me réservez-vous ?
mon post était, et demeure, amical !
Je voulais juste dire que la poésie, et plus largement la littérature, était question d'intention.
Mais rien, Hub, je ne vous réserve rien. 🙂
J'expliquais juste à notre cher Edy que votre message m'avait fait prendre un peu de retard dans le déplacement de la discussion.

Vous m'aviez par ailleurs déjà parlé de poésie dans le feu chat ! Puis-je dire ici que, si je me souviens bien, c'était pour vous un souffle ?
Le chat a emporté dans sa tombe le souvenir que j'ai tâché d'en garder ! Mais j'ai sûrement dit cela. N'est-ce pas terriblement banal ?
hub a écrit :[…] N'est-ce pas terriblement banal ?
« Banal », je ne me permettrais pas. Mais je m'interroge sur le rapport entre souffle et intention.
La poésie est un souffle qui n'intente à rien sinon aux vieilles habitudes des mots et des idées
Si la poésie est du côté de la musique, elle doit effectivement gérer le souffle. Claudel a écrit des propos très intéressants sur anima et animus.
Merci de toutes ces réponses. Je ne souhaite qu'une chose : en voir plus encore.

La poésie n'établit-elle pas un lien, une correspondance entre auteur et lecteur, mais un lien qui aurait quelque chose d'ineffable et qui ne peut qu'exister qu'à travers ce texte-là, à ce moment-là ? Comme une résonance entre le poète auteur et le poète lecteur ?
Etienne
La Poésie…
n'est pas l'envers des choses. Ni l'endroit. Elle en est la tessiture qui tente d'accompagner au plus près la MASSE spongieuse et protéiforme des lumières ou des sources dégoulinantes sur la face toujours offerte de CE monde…

Poésie. Paume de la main posée en mots pour empalmer, en étroite-adroite épousailles de la matière diversifiée-diversifiante mais tellement UNIE à elle-même - que tel, tentant de la DIRE, ne peut que courir à perte-que-veux-tu. perdu d'avance, éperdu, se raccroche aux mots
Multitude rassemblée

Mais
La Parole se déliquesce en lumières
du Verbe-Chair
Si le Verbe s'est fait Chair
L'écrire
d'un corps scriptural

Alors telle inhérente itinérance - Ne me quitte jamais le poignet fait pour courir sur la feuille. Mot à mot : perpétuel défrichement-déchiffrement La main faite pour épouser le mot
Caresse secrétée ou insistance de l'emprise
empreinte du mot qui m'emprunte pour obstinément s'épeler
S'appeler
Chapeau Léa !

Vous aimez jouer avec les mots, à mi-chemin du marmoréen mallarméen, des coulées daliennes et de la pâte (s)pongienne…
Laissez courir votre main au royaume des vocables et redonnez-nous de ces gemmes improbables…
Merci Jean-Luc pour les somptueuses références que vous attachez à ce texte.
Toutefois je l'ai écrit après une lecture de Giono.
Bonsoir Léah,

Puis-je vous inviter en experte de la poésie à retenter votre chance dans la discussion sur le sonnet d'Arvers ?
Je suis sûr que votre tenacité et votre perspicacité n'ont pas dit leur dernier mot. Vous pourriez contribuer au déclassement de Félix Arvers au profit de Marceline Desbordes-Valmore.
Relevez-vous le défi amical et intellectuel ?

Jean-Luc
Marceline D-V est à cent coudées au-dessus d'Arvers, c'est évident ! Alors pourquoi déclasser ce malheureux Félix 😉
Mais puisque défi il y a je veux bien essayer.
Dans le sonnet Arvers essaie de répondre aux règles de construction : une première idée développée dans les quatrains ; une idée nouvelle et contraire ou parrallèle sur les tercets. Cependant, l'idée "nouvelle" est tellement annoncée dans les quatrains qu'on n'apprend rien de bien nouveau, ni de contraire, dans les tercets.
Paul Celan écrivit

"Le poème, comme une main tendue"

le tension vers
l'expression d'"étant"
la poésie ,tant qu'on cherchera une définition ne fera que bafouer ses limites
pour moi, elle serait tension vers , elle se ferait désir, elle ferait "perseverer dans l'etre" ,une tension à la naissance, volonté
elle se resume à l'essentiel, peut-être

Se faire une idée de la poésie à partir de Jackobson est une chose mais seule…
la poèsie ne se sait pas
quand je lis Char ,par exemple, le poème se fait "vrai"
la poésir ferait-elle fait tache dans le silence de l'etre ?

Celan, encore, dira que "l'ombre parle vrai"

mais il me semble que je confonds poème, et poésie…