Jehan a écrit :Merci de ce rappel de la méthode Wilmet, à laquelle j'ai moi-même souvent fait de la publicité sur ce forum ! 🙂
C'est effectivement la méthode Wilmet. Mais il faut signaler que Wilmet s'est en l'occurrence beaucoup inspiré d'Audet. S'agissant de celui-ci, je conteste l'appellation "participe passif" alors qu'il est souvent à la voix active. Mais c'est une question académique !
J'ai par ailleurs commis une erreur dans mon message 817 (page 82), où la méthode Audet/Wilmet est exposée. Ce n'était pas le linguiste Ludo Melis qu'il fallait lire, mais Charles-Henri Audet. Je répète donc ce message, en indiquant l'étude d'Audet :
https://www.etudes-litteraires.com/le.grammairien/ftp/pp1.pdf
Les règles actuelles du participe (Grevisse) ont été ébauchées par les poètes Clément Marot (verbe Avoir) et François de Malherbe (verbes pronominaux). J'en profite pour souligner que les problèmes linguistiques ne devraient pas être traités par une assemblée d'écrivains comme l'Académie française, mais par un conseil de linguistes (théorie) et d'enseignants (pratique). Avoir écrit de très beaux poèmes ou romans ne fait pas forcément de vous un spécialiste de la grammaire et de l'orthographe !
Comme dit Jehan, les règles du participe passé ont été très discutées par les grammairiens, plus généralement les principes de l'orthographe française (étymologique ou phonétique). Dans l'étude signalée d'Audet, j'ai relevé 16 cas particuliers (pages 9 et suivantes) sans compter les cas trop généraux, redondants ou sans auxiliaire verbal : 4, 6, 11, 13, 16 à 20, 23 (24), 27, 29, 32, 34, 50, 53. Audet s'écarte de Grevisse dans huit cas : 4, 11, 13, 16, 19, 20, 24, 32.
Devant cet imbroglio, plusieurs linguistes ont proposé deux règles simples : invariabilité permanente du participe passé avec le verbe Avoir, son accord systématique avec le sujet du verbe Être (ou un verbe d'état). J'ai moi-même réalisé un travail allant dans ce sens : sujet "Pour une réforme du participe passé". Cette solution avait failli l'emporter lors de la réforme de 1990.
Les usages oraux suivent aussi largement ces principes, bien que l'on ne puisse en juger que pour les participes passés se prononçant au féminin. C'est aussi le cas pour 86 à 89 % des ''fautes'' relevées dans la presse. Je pourrais citer mes sources, pour l'oral comme pour l'écrit. Il faut par ailleurs signaler que c'est ce qui se fait en espagnol (langue apparentée au français), aussi bien pour son verbe Avoir (haber) que pour ses deux verbes Être (ser, estar).
Si vous écrivez un article ou un livre, vous pouvez suivre sans problème ces principes. Dans l'avertissement du livre, vous indiquerez par exemple que vous adoptez l'orthographe de la petite réforme de 1990 (facultative) en tout ou en partie, aussi ces principes d'accord pour le participe passé. Arguments : les règles actuelles du participe passé (Grevisse) manquent de bases théoriques, sont aussi trop controversées entre les grammairiens. Essayer de suivre ces règles multiplierait les risques de solutions divergentes pour des cas analogues.
Mais si vous devez passer des examens ou des concours, il vaut mieux essayer de suivre les règles actuelles, même s'il existe une certaine tolérance. Par ''règles actuelles'', j'entends celles exposées par Grevisse, généralement considéré comme le ''grand calife'' ! Pour ne pas trop vous casser la tête, vous pouvez alors poser la question : qui (personnes) ou qu'est-ce qui (choses) est participe passé ? Pour les verbes toujours pronominaux (s'enfuir), ce sera ''s'est'' au lieu de ''est''. Vous accorderez votre participe avec le support identifié par cette question.
Mettez toutefois de côté les cas où le support se confond avec le sujet du verbe Avoir : ''La terre a rougi''. L'accord sera aussi bloqué (invariabilité) si le support est situé après le participe, donc non encore apparu. On en exceptera les verbes Être avec sujet postposé : ''Paul visita le village où était
installée sa
fille''.
Vous résoudrez alors 80 ou même 90 % des problèmes ! Pour les 10 % restants, je ne vois malheureusement que le par-cœur, comme d'ailleurs souvent pour l'orthographe française. Suivez alors plutôt Grevisse, beaucoup plus connu qu'Audet. Mais celui-ci n'a pas forcément tort pour autant ! 🙄