"Passer" conjugué avec "avoir" ou "être"

Langue française

28 réponses · Page 1 / 2

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour à tous,

Permettez-moi de vous poser une question concernant la conjugaison du verve "passer", construit avec l'auxiliaire "être" s'il est employé comme intransitif et avec "avoir", comme transitif. Pourtant, je vois bien souvent s'écrire "les années ont passé", "le temps a passé très rapidement", "voilà trois heures qui ont passé",…. Puis-je substituer l'auxiliaire "être" à "avoir" dans ce cas ? Et pourquoi "avoir" peut y être mis en usage ?

merci de toute réponse.
Bonjour, Ipseite !

PASSER
Avec un COD, ce verbe (employé donc TRANSITIVEMENT) se conjugue avec AVOIR.
* J’ai passé un examen, les bornes, des vacances agréables.
De même lorsqu’il signifie « être considéré comme ».
* Elle a longtemps passé pour un agent double.

En dehors de ces deux cas, le verbe est INTRANSITIF et se conjugue avec AVOIR lorsqu’il exprime l’action en cours et avec ETRE lorsqu’il exprime un résultat.
* Deux mois ont passé.
* L’autobus est déjà passé.

Néanmoins, on utilise souvent ETRE, même lorsqu’il s’agit d’exprimer l’action.
Grevisse abonde dans le même sens : avec passer (notamment), l’usage semble faire prévaloir l’auxiliaire être sans distinguer l’état de l’action. Il fait également observer qu’avec l’auxiliaire être, le participe passé se rapproche de l’adjectif : Il est bien changé / vieilli.

Observons au passage la nuance :
* Il a bien vieilli. (= Il assume bien sa vieillesse.)
* Il est bien vieilli. (= Il a beaucoup vieilli.)

Voici quelques ALTERNANCES observées :
* J’ai passé par là. / Je suis passé par là.
* L’envie lui a passé. / L’envie lui est passée.
* La journée a passé / est passée rapidement.
* Un an a passé / est passé depuis son départ.
* Il est passé / a passé capitaine.

En regardant la liste des citations données par Hanse, il me semble qu’on emploie sans hésiter ETRE quand il s’agit d’un déplacement de la personne ; ceci confirme la prévalence de ETRE, même pour exprimer l’action.
* Il était passé sans tourner la tête. (Nathalie Sarraute)
* La pluie tombait quand vous êtes passé. (Michel Butor)
* Nous sommes passés devant une foire. (Modiano)
* Demain peut-être vous serez passée dans l’autre camp. (Anouilh)

ETRE s’impose cependant :
1 lorsqu’on veut exprimer quelque chose de fini, de révolu,
* Le temps des tergiversations est passé.
2 lorsque passer signifie devenir,
* Je suis passé maître dans l’art de la litote.
3 lorsque passer signifie perdre son aspect.
* La peinture est passée trop vite.
Edy a écrit :En dehors de ces deux cas, le verbe est INTRANSITIF et se conjugue avec AVOIR lorsqu’il exprime l’action en cours et avec ETRE lorsqu’il exprime un résultat.
* Deux mois ont passé.
* L’autobus est déjà passé.
Je me permets d'exhumer un peu le sujet. Pourquoi conjuguer le verbe au passé composé lorsque l'action est en cours ? - le fait de mettre "passer" au passé composé me fait penser plutôt que l'action est déjà fini.

Merci de me répondre.

ip.
Bravo, Ipseite !

Vous avez été attentif. Au lieu de "action en cours", il fallait lire tout simplement "action", opposée à "résultat".
Mes excuses à tout le monde.

Effectivement, comment voir une action en cours dans :
* Deux mois ont passé.

Un accompli ne peut jamais être en cours.
Merci Edy de votre précision,

En fait, ce n'est pas facile pour un non natif de pouvoir comprendre à fond ce que vous avez rédigé: toujours d'un niveau avancé, d'un savoir éminent.

ip.
Bonjour,

Dans l' extrait ci-dessous de "La guerre des boutons", le groupe nominal "ce soir-là" est-il COD du verbe passer ou bien CCT ?

Il avait justement, en abreuvant les bêtes, passé ce soir-là près du maître d’école qui fumait sa pipe sous les arcades de la maison commune, près de la fontaine du milieu, et il s’était enquis de la façon dont son fils se comportait.

Merci pour vos réponses.
Bonjour Chrisbi,

C'est un CCT. Ce n'est pas la soirée qu'il avait passée en compagnie du maître d'école, mais au moment du soir, il était passé près du maître d'école. Sinon, il n'aurait pas été en train de mener ses bêtes à l'abreuvoir.

Muriel
Bonjour Muriel,

Dans votre réponse vous faîtes bien l' emploi de l' auxilliaire être "il était passé près de …", comme il se doit.

Pourquoi, dans ce cas, Pergaud a-t-il employé l' auxilliaire avoir ?
Dans cet ouvrage les fautes grammaticales sont attribuées à ses personnages.
Ici, c' est le narrateur qui s' exprime. Le reste de la phrase étant écrit en langage soutenu, je m' interroge toujours sur la fonction de "ce soir-là".

Chrisbi
Bonjour Chrisby,

Je vous conseille la lecture du message d'Edy (message #2 ci-dessus).
Voyez cet extrait :
Edy a écrit:
Voici quelques ALTERNANCES observées :
* J’ai passé par là. / Je suis passé par là.
* L’envie lui a passé. / L’envie lui est passée.
* La journée a passé / est passée rapidement.
* Un an a passé / est passé depuis son départ.
* Il est passé / a passé capitaine.
Muriel
Et Muriel a indiqué très clairement la fonction de "ce soir-là" : c'est un CC de temps du verbe "avait passé".

QUAND avait-il passé ?… "Ce soir-là"

Je ne vois pas ce qui fait problème…
Jehan a écrit :Et Muriel a indiqué très clairement la fonction de "ce soir-là" : c'est un CC de temps du verbe "avait passé".

QUAND avait-il passé ?… "Ce soir-là"

Je ne vois pas ce qui fait problème…
Il avait passé QUOI ? la soirée (COD)
On peut également poser la question ainsi, donc COD ou CCT, voilà ce qui pose problème.
Quels sont les arguments qui vous font privilégier le CCT ?

- L’emploi de l’auxiliaire avoir dans la conjugaison du verbe passer au plus que parfait de l’indicatif induit un COD.
On peut s’en dispenser uniquement en langage parlé familier, ce qui n’est pas le cas ici.

- Ce n’est pas en allant abreuver les bêtes mais bien « en abreuvant les bêtes », d’où une situation statique (on ne fait pas boire les animaux tout en marchant !)qui ne permet pas de passer devant quelqu’un dans un même temps. Cette situation me paraît invraisemblable.

- Quant à l’alternance, outre le fait qu’elle se rencontre en langage familier, elle est illogique avec le reste de la phrase qui est écrite en langage soutenu. Si on supprime tous les CC non essentiels (dont le CCT à vous en croire) on obtient une phrase « il avait passé près de lui et s’était enquis de son comportement » dont le style me paraît bien étrange.

Voilà exposées les raisons qui m’amènent à penser qu’il s’agit d’un COD et non d’un CCT.
Merci de me donner votre opinion et vos arguments.
Bonjour Chrisbi,

Voici le contexte :
Il avait justement, en abreuvant les bêtes, passé ce soir-là près du maître d’école qui fumait sa pipe sous les arcades de la maison commune, près de la fontaine du milieu, et il s’était enquis de la façon dont son fils se comportait.

Il avait naturellement appris que Lebrac jeune était resté en retenue jusqu’à quatre heures et demie, heure à laquelle il avait, sans broncher, récité la leçon qu’il n’avait pas sue le matin, ce qui prouvait bien que, quand il voulait… n’est-ce pas…

– Le rossard ! s’était exclamé le père. Savez-vous bien qu’il n’emporte jamais un livre à la maison ? Foutez-lui donc des devoirs, des lignes, des verbes, ce que vous voudrez ! mais n’ayez crainte, j’vas le soigner ce soir, moi !

C’était dans cette même disposition d’esprit qu’il se trouvait, quand son fils franchit le seuil de la chambre.

Chacun était à sa place et avait déjà mangé sa soupe. Le père, sa casquette sur la tête, le couteau à la main, s’apprêtait à disposer sur un ados de choux les tranches de lard fumé coupées en morceaux plus ou moins gros suivant la taille et l’estomac de leur destinataire, quand la porte grinça et que son fils apparut.

https://fr.wikisource.org/wiki/La_Guerre_des_boutons_-_Livre_I#Les_cons.C3.A9quences_d.E2.80.99un_d.C3.A9sastre
Quelques arguments solides en faveur du CCT :
- Quand Lebrac jeune rentre, Lebrac père est à table et a seulement mangé sa soupe (on mange tôt chez les paysans ou les villageois) ;
- En cas de COD, l'auteur aurait probablement écrit : Il avait justement, en abreuvant les bêtes, passé cette soirée-là auprès (ou en compagnie) du maître d’école… ;
- On dit Ce soir-là, j'etais chez les Dupont (CCT) ; mais J'ai passé cette soirée-là chez les Dupond (COD) ;
- Etc.

Toujours pas convaincu(e) ? 🙂

Muriel
Le sujet a l'air délaissé mais en consultant deci delà je n'ai rien trouvé de convaincant, c'est cette phrase de Proust qui m'a turlupinée :

"Aussi suivait-elle avec fièvre les mouvements de cet homme grossier et le réprimanda-t-elle vivement parce qu’il avait passé trop près de deux jardinières qu’elle se réservait de nettoyer elle-même dans sa peur qu’on ne les abîmât et qu’elle alla regarder de près pour voir s’il ne les avait pas écornées."

Hélas je ne m'ose aucun autre commentaire
Le cas a été évoqué plus haut, où l'on dit : "En dehors de ces deux cas, le verbe est INTRANSITIF et se conjugue avec AVOIR lorsqu’il exprime l’action en cours et avec ETRE lorsqu’il exprime un résultat." et l'on cite précisément le cas "j'ai passé par là".
Dans la phrase de Proust, c'est bien l'action de passer près des jardinières qui compte et qui justifie l'emploi de "avoir".
Edy a écrit:
Voici quelques ALTERNANCES observées :
* J’ai passé par là. / Je suis passé par là.
* L’envie lui a passé. / L’envie lui est passée.
* La journée a passé / est passée rapidement.
* Un an a passé / est passé depuis son départ.
* Il est passé / a passé capitaine.
j'ai grand mal à comprendre ces exemples. Comme c'est au passé l'action étant révolue à chaque fois je ne saisis pas la différence entre :

"la journée a passé et la journée est passée rapidement." dans les deux cas elle est déjà passée …

Y aurait-il une âme généreuse pour m'expliquer ?
Peut-être n'est-ce pas l'exemple le plus probant. Pour ma part, je verrais mieux faire la différence entre :
Ouf, la journée est passée. Finalement, je ne suis pas si fatigué que ça!
et :
La journée a passé très rapidement, avec toutes les occupations que nous avions.
Dans le premier exemple, la journée est passée, c'est un simple constat.
Dans le second exemple, la journée a passé très rapidement, on s'intéresse à la manière dont la journée a passé, donc à l'action même de "passer" pour la journée.
Oui, "est passée" est plutôt un aboutissement, un résultat.
Tandis que "a passé" insiste plutôt sur le mouvement, sur l'écoulement du temps.
donc si l'on me demande mon chemin, je peux répondre :

"j'ai passé par là " ? pour indiquer mon passage, mon action.

mais je peux aussi dire " je suis passé par là " pour indiquer le chemin pris, le résultat ?

la nuance est ténue … !

Mais donc, dans les récits narratifs, l'emploi d'avoir devrait être très courant car si je dis:

" on a passé dans la bibliothèque "; je parle forcément de l'action de passer, il n'y a pas vraiment de résultat à passer dans la bibliothèque…??



PS :

" La journée a passé très rapidement, avec toutes les occupations que nous avions. "

Pourquoi l'emploi de l'imparfait ?
tommy a écrit :" La journée a passé très rapidement, avec toutes les occupations que nous avions. "
Pourquoi l'emploi de l'imparfait ?
Parce que l'imparfait rend bien le déroulé de l'action d'être occupé toute la journée. Par contre, j'écrirais plus volontiers : " La journée est passée très rapidement, avec toutes les occupations que nous eûmes (ou que nous avons eues). "
De toute façon, comme on l'a mentionné quelque part déjà je crois, ces nuances sont plus théoriques que pratiques. Dans l'usage courant, on emploie sans grande distinction l'auxiliaire "être" dans la plupart des cas.
Mais donc, dans les récits narratifs, l'emploi d'avoir devrait être très courant car si je dis:
" on a passé dans la bibliothèque "; je parle forcément de l'action de passer, il n'y a pas vraiment de résultat à passer dans la bibliothèque…??
Cela contredit un peu ce que tu expliquais toi-même à l'instant :
mais je peux aussi dire " je suis passé par là " pour indiquer le chemin pris, le résultat ?
Il s'agit du résultat de l'action…
Cela dit, les exemples donnés par Lamaneur concernaient plutôt le sens figuré du verbe appliqué au temps, à la durée.