Molière, Dom Juan, acte III, rôle des scènes 1 et 2

Entraide scolaire

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonsoir,
Voila j'ai une question sur dom juan sur laquelle je bloque ; Quel est le rôle des scènes 1et 2 de l'acte III, du point de vue de la progression de l'action, et de la connaissance du caractère des personnages?
Pour le caractère des personnages (dites moi si je me trompe) les 2 scènes nous apprennent comment sont dom juan(infidèle,etc), son valet et le pauvre homme. Jusque là aucun problème.

Mais du point de vue de la progression de l'action, je sèche complètement. Je ne comprends pas bien la question. J'ai cherché et j'ai pensé que la 2ème scène s'inscrivait dans la continuité de la 1ère. Les 2 scènes nous font mieux découvrir les 2 personnages dans une situation. Mais je pense être incomplet voire hors sujet.
Je vous remercie par avance pour votre aide.
ACTE III*, SCÈNE PREMIÈRE

DOM JUAN, en habit de campagne, SGANARELLE, en médecin.

SGANARELLE.- Ma foi, Monsieur, avouez que j'ai eu raison, et que nous voilà l'un et l'autre déguisés à merveille. Votre premier dessein n'était point du tout à propos, et ceci nous cache bien mieux que tout ce que vous vouliez faire.

DOM JUAN.- Il est vrai que te voilà bien, et je ne sais où tu as été déterrer cet attirail ridicule.

SGANARELLE.- Oui? C'est l'habit* d'un vieux médecin qui a été laissé en gage au lieu où je l'ai pris, et il m'en a coûté de l'argent pour l'avoir. Mais savez-vous, Monsieur, que cet habit me met déjà en considération? que je suis salué des gens que je rencontre, et que l'on me vient consulter ainsi qu'un habile homme?

DOM JUAN.- Comment donc?

SGANARELLE.- Cinq ou six paysans et paysannes en me voyant passer me sont venus demander mon avis sur différentes maladies.

DOM JUAN.- Tu leur as répondu que tu n'y entendais rien?

SGANARELLE.- Moi, point du tout, j'ai voulu soutenir l'honneur de mon habit, j'ai raisonné sur le mal, et leur ai fait des ordonnances à chacun.

DOM JUAN.- Et quels remèdes encore leur as-tu ordonnés?

SGANARELLE.- Ma foi, Monsieur, j'en ai pris par où j'en ai pu attraper, j'ai fait mes ordonnances à l'aventure, et ce serait une chose plaisante si les malades guérissaient, et qu'on m'en vînt remercier.

DOM JUAN.- Et pourquoi non? Par quelle raison n'aurais-tu pas les mêmes privilèges qu'ont tous les autres médecins? Ils n'ont pas plus de part que toi aux guérisons des malades, et tout leur art est pure grimace. Ils ne font rien que recevoir la gloire des heureux succès, et tu peux profiter comme eux du bonheur du malade, et voir attribuer à tes remèdes tout ce qui peut venir des faveurs du hasard, et des forces de la nature.

SGANARELLE.- Comment, Monsieur, vous êtes aussi impie en médecine?

DOM JUAN.- C'est une des grandes erreurs qui soient parmi les hommes.

SGANARELLE.- Quoi, vous ne croyez pas au séné*, ni à la casse*, ni au vin émétique*?

DOM JUAN.- Et pourquoi veux-tu que j'y croie?

SGANARELLE.- Vous avez l'âme bien mécréante*. Cependant vous voyez depuis un temps que le vin émétique fait bruire ses fuseaux*. Ses miracles ont converti les plus incrédules esprits, et il n'y a pas trois semaines que j'en ai vu, moi qui vous parle, un effet merveilleux.

DOM JUAN.- Et quel?

SGANARELLE.- Il y avait un homme qui depuis six jours était à l'agonie, on ne savait plus que lui ordonner, et tous les remèdes ne faisaient rien, on s'avisa à la fin de lui donner de l'émétique.

DOM JUAN.- Il réchappa, n'est-ce pas?

SGANARELLE.- Non, il mourut.

DOM JUAN.- L'effet est admirable.

SGANARELLE.- Comment? il y avait six jours entiers qu'il ne pouvait mourir, et cela le fit mourir tout d'un coup. Voulez-vous rien de plus efficace?

DOM JUAN.- Tu as raison.

SGANARELLE.- Mais laissons là la médecine, où vous ne croyez point, et parlons des autres choses: car cet habit me donne de l'esprit, et je me sens en humeur de disputer contre vous. Vous savez bien que vous me permettez les disputes, et que vous ne me défendez que les remontrances.

DOM JUAN.- Eh bien*!

SGANARELLE.- Je veux savoir un peu vos pensées à fond. Est-il possible que vous ne croyiez point du tout au Ciel?

DOM JUAN.- Laissons cela.

SGANARELLE.- C'est-à-dire que non. Et à l'Enfer?

DOM JUAN.- Eh.

SGANARELLE.- Tout de même*. Et au diable, s'il vous plaît?

DOM JUAN.- Oui, oui.

SGANARELLE.- Aussi peu. Ne croyez-vous point l'autre vie?

DOM JUAN.- Ah, ah, ah.

SGANARELLE.- Voilà un homme que j'aurai bien de la peine à convertir. Et dites-moi un peu, encore faut-il croire quelque chose. Qu'est ce que vous croyez*?

DOM JUAN.- Ce que je crois?

SGANARELLE.- Oui.

DOM JUAN.- Je crois que deux et deux sont quatre, Sganarelle, et que quatre et quatre sont huit*.

SGANARELLE.- La belle croyance, que voilà*! Votre religion, à ce que je vois, est donc l'arithmétique? Il faut avouer qu'il se met d'étranges folies dans la tête des hommes, et que pour avoir bien étudié, on en est bien moins sage le plus souvent. Pour moi, Monsieur, je n'ai point étudié comme vous, Dieu merci, et personne ne saurait se vanter de m'avoir jamais rien appris; mais avec mon petit sens, mon petit jugement, je vois les choses mieux que tous les livres, et je comprends fort bien que ce monde que nous voyons, n'est pas un champignon qui soit venu tout seul en une nuit. Je voudrais bien vous demander qui a fait ces arbres-là, ces rochers, cette terre, et ce ciel que voilà là-haut, et si tout cela s'est bâti de lui-même? Vous voilà vous, par exemple, vous êtes là; est-ce que vous vous êtes fait tout seul, et n'a-t-il pas fallu que votre père ait engrossé votre mère pour vous faire? Pouvez-vous voir toutes les inventions dont la machine de l'homme est composée, sans admirer de quelle façon cela est agencé l'un dans l'autre, ces nerfs, ces os, ces veines, ces artères, ces… ce poumon, ce cœur, ce foie, et tous ces autres ingrédients qui sont là et qui… Oh dame, interrompez-moi donc si vous voulez, je ne saurais disputer si l'on ne m'interrompt, vous vous taisez exprès, et me laissez parler par belle malice.

DOM JUAN.- J'attends que ton raisonnement soit fini.

SGANARELLE.- Mon raisonnement est qu'il y a quelque chose d'admirable dans l'homme, quoi que vous puissiez dire, que tous les savants ne sauraient expliquer. Cela n'est-il pas merveilleux que me voilà ici, et que j'aie quelque chose dans la tête qui pense cent choses différentes en un moment, et fait de mon corps tout ce qu'elle veut*? Je veux frapper des mains, hausser le bras, lever les yeux au ciel, baisser la tête, remuer les pieds, aller à droit, à gauche, en avant, en arrière, tourner…
Il se laisse tomber en tournant.

DOM JUAN.- Bon, voilà ton raisonnement qui a le nez cassé.

SGANARELLE.- Morbleu, je suis bien sot de m'amuser à raisonner avec vous. Croyez ce que vous voudrez, il m'importe bien que vous soyez damné.

DOM JUAN.- Mais tout en raisonnant, je crois que nous sommes égarés? Appelle un peu cet homme que voilà là-bas pour lui demander le chemin.

SGANARELLE.- Holà ho, l'homme, ho, mon compère, ho l'ami, un petit mot, s'il vous plaît.

SCÈNE II

DOM JUAN, SGANARELLE, UN PAUVRE*.

SGANARELLE.- Enseignez-nous un peu le chemin qui mène à la ville.

LE PAUVRE.- Vous n'avez qu'à suivre cette route, Messieurs, et détourner à main droite* quand vous serez au bout de la forêt. Mais je vous donne avis que vous devez vous tenir sur vos gardes, et que depuis quelque temps il y a des voleurs ici autour.

DOM JUAN.- Je te suis bien obligé, mon ami, et je te rends grâce de tout mon cœur*.

LE PAUVRE.- Si vous vouliez, Monsieur, me secourir de quelque aumône.

DOM JUAN.- Ah, ah, ton avis est intéressé, à ce que je vois.

LE PAUVRE.- Je suis un pauvre homme, Monsieur, retiré tout seul dans ce bois depuis dix ans*, et je ne manquerai pas de prier le Ciel qu'il vous donne toute sorte de biens.

DOM JUAN.- Eh, prie-le qu'il te donne un habit, sans te mettre en peine des affaires des autres.

SGANARELLE.- Vous ne connaissez pas Monsieur, bon homme, il ne croit qu'en deux et deux sont quatre, et en quatre et quatre sont huit.

DOM JUAN.- Quelle est ton occupation parmi ces arbres?

LE PAUVRE.- De prier le Ciel tout le jour pour la prospérité des gens de bien qui me donnent quelque chose.

DOM JUAN.- Il ne se peut donc pas que tu ne sois bien à ton aise.

LE PAUVRE.- Hélas, Monsieur, je suis dans la plus grande nécessité du monde.

DOM JUAN.- Tu te moques; un homme qui prie le Ciel tout le jour, ne peut pas manquer d'être bien dans ses affaires.

LE PAUVRE.- Je vous assure, Monsieur, que le plus souvent je n'ai pas un morceau de pain à mettre sous les dents*.

DOM JUAN.- Voilà qui est étrange, et tu es bien mal reconnu de tes soins; ah, ah, je m'en vais te donner un Louis d'or tout à l'heure*, pourvu que tu veuilles jurer.

LE PAUVRE.- Ah, Monsieur, voudriez-vous que je commisse un tel péché?

DOM JUAN.- Tu n'as qu'à voir si tu veux gagner un Louis d'or ou non, en voici un que je te donne si tu jures, tiens il faut jurer.

LE PAUVRE.- Monsieur.

SGANARELLE.- Va, va, jure un peu, il n'y a pas de mal.

DOM JUAN.- Prends, le voilà, prends te dis-je, mais jure donc.

LE PAUVRE.- Non Monsieur, j'aime mieux mourir de faim.

DOM JUAN.- Va, va, je te le donne pour l'amour de l'humanité, mais que vois-je là? Un homme attaqué par trois autres? La partie est trop inégale, et je ne dois pas souffrir cette lâcheté.
tu as tout a fait raison dans la mesure où ces scènes sont indissociables l'une de l'autre. Je n'ai plus le texte en tête… je regarderai ça demain et je te dirai 🙂
Je me souviens néanmoins qu'elles marquent une pause dans l'action, mais une fausse pause : DJ refuse l'aumône à un pauvre, il s'entête, il se pousse encore lui-même contre Dieu, et c'est le tournant qui va précipiter sa chute en fait.
merci pour l'aide que tu me donnes.
PS: J'ai ajouté les textes.

J'ai réfléchi sur la question et un cherché sur internet : j'ai trouvé que la scène 2 montrait le libertin en action( ce qui est un élément de réponse pour le point de vue de la progression de l'action)

Après avoir affirmé, dans la scène précédente, que « deux et deux sont quatre… et que quatre et quatre sont huit » –assertion rationaliste énonçant ici sa seule croyance, Dom Juan est amené à faire la preuve de son impiété face aux hommes.

Dans cet univers en mouvement constant dans lequel Dom Juan peut exercer son impitoyable « méchanceté », Molière fait revenir le peuple sur scène : après le Pierrot bafoué, les paysannes méprisées, c’est un pauvre anonyme et démuni qui subira les caprices du « grand seigneur méchant homme ».

J'aimerai connaître ton avis sur ce que j'ai trouvé. Merci
Bonjour,
Je ne comprend pas en quoi l'acte III est une pause dans l'histoire, c'est tout de même le moment où il se fait "attraper" car il est reconnu par Don Alonse, non ?