Hypokhâgne ou fac de lettres ?

La filière littéraire

453 réponses · Page 17 / 23

Salut à tous,
Alors voilà, j'aurais aimé que l'on m'explique les avantages qu'il y avait à intégrer une prépa littéraire plutôt que suivre une "simple" fac de lettres. Je m'explique: suite à ma terminale j'envisageais d'intégrer une fac de lettres modernes mais après avoir parlé de ce projet avec mes professeurs, tous m'ont conseillé , au vu de mon dossier de première, de tenter d'intégrer une prépa. Alors quelqu'un pourrait-il m'expliquer les différences entre ces deux cursus, à quoi ils préparent chacun et quels sont leurs avantages et inconvénients?
Je ne suis pas sûre d'avoir été claire mais je vous remercie d'avance pour vos réponses 🙂
L'avantage de la prépa c'est que l'on peut étudier plusieurs discipline lorsque l'on est indécis. Deux années de prépa te donneront également une culture générale solide. En ce qui concerne les lettres, l'avantage principal c'est quand même la très bonne préparation que ces classes offrent pour l'ENS (mon professeur de français avait eu normale et avait passé l'agrégation en lettres classiques), qui est quand même la voie royale du littéraire.

La fac te permettra de te spécialiser tout de suite, tout en obtenant un enseignement de qualité. Les cours changent radicalement dans leur fonctionnement, les classes sont plus hétérogènes et surchargées, mais un passionné y fera son petit bout de chemin - comme n'importe quel élève de prépa. Je pense quand même qu'un élève en fac aura davantage de connaissances (surtout s'il prend le temps d'approfondir) sur une matière spécifique, qu'un élève de prépa qui doit être sur tous les fronts.

Cela dépendra aussi de tes choix d'orientation !
La classe préparatoire forme aussi à l'exercice de la dissertation qui est l'exercice-roi pour l'agrégation et le CAPES. En ce sens, je pense que les khâgneux sont bien plus préparés à ces concours, parce qu'ils savent ce qu'est un concours, lequel est bien différent d'un examen, et parce qu'ils ont fait énormément de dissertations.

En revanche, les khâgneux ne sont pas du tout formés à la recherche, et ils ont clairement du retard sur ceux qui étudient à la fac.

Dans les deux cas, le retard peut se rattraper. 🙂
Sur les six épreuves écrites d'admissibilité de l'agrégation externe de lettres modernes, il n'y a que deux dissertations (certes elles ont un coefficient plus important), et pour le CAPES, l'épreuve de langue française est exactement au même coefficient que la composition française. Donc l'expression "exercice-roi" est sans doute à modérer quelque peu.
Quand bien même, la dissertation est l'exercice le plus pratiqué en licence à l'université que cela soit en littérature française ou en littérature comparée, donc tu y seras bien formée. Pour te donner un ratio, je faisais en moyenne 6/7 dissertations par semestre, donc cela fait quand même presque une douzaine par année universitaire… Et un universitaire peut très bien comprendre la différence entre un examen et un concours.

Je ne pense pas que les universitaires soient mieux former à la recherche que les khâgneux, les cours de licence étant organisés sur les maquettes des concours de l'enseignement. La recherche ne se découvre qu'au niveau master.

L'avantage de la prépa est surtout la pluridisciplinarité qui permet de se former une culture humaniste solide et large, surtout lorsqu'on est jeune et indécis sur la discipline que l'on souhaite étudier et approfondir par la suite, ainsi que l'encadrement et l'émulation intellectuelle favorisée par le fait d'être en effectif réduit par rapport au gigantesque promotion universitaire.

Je viens d'obtenir mon master 1 mention très bien (18 au mémoire de recherches) en obtenant des notes supérieures à mes collègues qui sont tous passés par une prépa, que cela soit aux séminaires comme au mémoire. Je déteste devoir brandir mes titres, mais on m'a déjà reproché de vanter l'université sans prouver ce que j'avançais. Certes, ce n'est pas un concours…
Et pour ceux qui ne visent pas les concours, pensez-vous qu'une année de prépa suffit s'ils ne savent pas encore où se spécialiser ?

Personnellement, je ne sais pas trop où j'en suis, entre ceux qui disent de la prépa que c'est une perte de temps qui n'amène qu'à un retard net sur les autres étudiants à la fac, et ceux qui disent que c'est la garantie de la réussite…
De l'avis général, une année de prépa (si elle est menée à son terme) est suffisamment enrichissante en soi.

Sache aussi qu'une prépa à Créteil (Léon Blum) via un contrat avec l'université de la ville propose des cours en université (1 cours sur deux de LVA, l'intégralité des cours de LVB et l'approfondissement de géographie qui y est obligatoire).

Pour les élèves ne visant pas l'ENS ou autre école prestigieuse, ça peut permettre une transition plus douce entre la méthodologie prépa et universitaire. Maintenant je n'ai jamais entendu d'élèves de prépa dans mon entourage se sentant en retard après avoir intégré une L3 suite à une khâgne.
Dans mon entourage, la prépa est un domaine assez méconnu et porté aux préjugés (j'ai les extrêmes, entre ceux qui considèrent que c'est le bagne et que ça détruit plus la santé qu'autre chose, ceux qui considèrent que seuls ceux qui visent le concours y ont leur place, et ceux qui pensent que la prépa est la voie royale et qu'il est impensable d'échouer quand on choisit cette filière). Je crois qu'à part moi, personne n'a encore tenté une hypokhâgne dans ma famille, et j'ai du coup pas mal d'appréhension, surtout que je ne sais pas encore si je dois aller au bout de la première année ou tenter les deux.

Ce sujet m'aide beaucoup, en tout cas, et je pense que la prépa m'aidera à me forger un avis plus personnel sur la question par la suite.
Ce sont surtout tes ambitions qui dicteront ta charge de travail et ton stress. Celui qui veut se donner les moyens d'intégrer l'Ens ne vit certainement pas sa prépa de la même manière que celui qui souhaite simplement acquérir des méthodes efficaces, avant de poursuivre à la faculté.
En ce qui concerne la décision de rester un an ou deux (ce qui présuppose donc une première année réussie) ça se fait généralement à la fin d'année selon l'expérience que tu auras eu durant ta première année et tes projets d'avenir.
Je n'ai pas grand chose à ajouter mais il est peut-être bon de nuancer certaines idées qui reviennent souvent quand on parle des prépas littéraires :
- celle de l'absence de choix contraignant d'une matière. Ce n'est vrai que pour l'hypokhâgne. A l'ENS-Lyon, la spécialité choisie au concours est déterminante pour les études ultérieures, et il va en être de même à Ulm à partir de 2015.
- celle de l'acquisition d'une "culture humaniste". Avec l'importance des programmes, c'est une vision bien idéalisée, du moins pour la khâgne. Si ces années sont bien entendu formatrices, c'est peut-être moins par les contenus que par les méthodes qu'on y acquiert. En histoire, par exemple, on peut devenir très savant sur le thème du concours tout en ayant une culture historique approximative sinon défaillante sur bien d'autres périodes.
Idea : Ce serait tout de même entrer dans un débat sans fin. Aucun élève, fût-il élève de prépa ou de fac, ne pourra dire, au terme de son cursus universitaire, qu'il connaît tout "sur le bout des doigts".

Je reste toutefois d'accord avec ce qui a été dit.
Non, bien entendu, mais je rejoins Idea sur le fait que les programmes ne sont pas pensés pour la formation qu'ils peuvent procurer, mais pour la sélection qu'ils permettent, ou du moins, c'est mon impression.

Faire travailler toute une promotion sur Hygiène et santé en Europe au XIXe siècle, par exemple, ne vise pas à donner des fondements en histoire, mais à donner un cadre pour la sélection du concours.

Je pense que le constat peut être moins sévère pour la philosophie (surtout à Ulm) et pour les lettres parce que les programmes sont plus étendus.
L'absence de programme à l'oral de tronc commun d'Ulm incite en effet les candidats à se construire une culture philosophique solide. Même à l'écrit, le thème choisi englobe des questions et des textes fondamentaux qui peuvent être étudiés avec précision. Difficile d'en dire autant pour l'option : si l'on prend l'exemple de l'an passé, on peut avoir des doutes quant à l'intérêt de l'étude détaillée de la physiologie épicurienne (théorie optique, phénomènes célestes…) dans une formation généraliste à bac +2. C'est très bien quand on s'intéresse à l'histoire de la physique, mais cela conduit de fait à négliger des textes philosophiques beaucoup plus fondamentaux. Je pense qu'il est important de garder à l'esprit cette dimension contraignante des programmes qui peut parfois se révéler frustrante quand on se dirige vers une khâgne.
Il serait d'ailleurs intéressant de se demander si cette évolution récente due au rapprochement des deux concours a des conséquences sur le profil des candidats à l'agrégation ou des futurs chercheurs. Je ne vois pas comment il en serait autrement…
D'après ce que j'ai entendu pour la philo, cela se traduit par des profils de plus en plus disparates, et - c'est plus préoccupant - une maîtrise de plus en plus faible des textes fondamentaux de la tradition philosophique chez les agrégatifs. Je ne sais pas ce qu'il en est pour les autres disciplines, mais on peut supposer que cette évolution contribue à de semblables déséquilibres, notamment en histoire.
Et en même temps, je me méfie aussi de ce discours "c'était mieux avant"…
Je vais pour ma part rentrer en TL et ce qui me gêne c'est (pendant deux ans) de ne pas avoir de cours de grammaire et d'ancien français. Avoir seulement un an avant le CAPES pour tout rattraper .. C'est juste 😐 ..
En apparence oui, mais en réalité ça se fait sans souci. ça demande un peu d'organisation et d'autonomie, mais tu as tout à coup beaucoup plus de temps libre et moins de travail imposé en L3 par rapport à la prépa, donc tu t'organises et tu rattrapes, en bossant seul ou avec tes anciens potes de khâgne. Quasiment toutes les personnes qui sortent de prépa y arrivent, pour moi c'est loin mais j'ai souvenir de quelque chose qui m'inquiétait beaucoup et qui finalement s'est fait très naturellement pour moi comme pour les autres de ma promo.
Après, il y a aussi mon envie pressante de me spécialiser en français 😜
Je ne comprends pas… C'est seulement pendant les trois années de licence que l'on étudie les lettres ? Lors des deux années de master qui précédent le CAPES, que fait-on ? 🙂