Bonjour à tous,
Comment analysez-vous la proposition formée avec « il y a » dans la phrase complexe suivante?
Il avait eu une liaison avec Zedna il y a vingt-cinq ans.
Au moins trois possibilités :
1. Deux propositions indépendantes (je ne crois pas car il y a subordination me semble-t-il).
2. La proposition avec il y a est une circonstancielle de temps de la principale il avait eu une liaison (ce qui est embêtant c'est qu'il n'y a pas de mot de subordination mais après tout pourquoi pas).
3. La phrase matrice est plutôt : Il y a vingt-cinq ans qu'il avait eu une liaison avec Zedna. Dans ce cas, la principale est « il y a » (présentatif) et la sub. relative est « qu'il avait eu une liaison avec Zedna ». À moins que je ne me trompe dans cette analyse?
4. La prop « il y a » est une incidente ou un élément incident? Mais je n'y crois pas vraiment pour ce qui est de la fonction car un élément incident ou une incidente n'a habituellement pas cette fonction de durée.
Merci à l'avance de vos commentaires toujours éclairants!
Syntagme
Bonsoir !
* Il avait eu une liaison avec Zedna il y a vingt-cinq ans.
En réalité, IL Y A peut être considéré comme une locution prépositive, du moins dans un énoncé tel que le vôtre. (Ce ne serait donc pas le cas avec : Il y a quelqu'un.)
En conséquence, cette locution forme avec son régime un CC de temps.
* Il y a vingt-cinq ans que…
Lorsque le complément de temps est mis en début de phrase, on considère que c'est une forme d'emphase (mise en relief) :
présentatif + durée + corrélatif que + procès.
Cette forme est donc une phrase dérivée ; la forme de base est énoncée plus haut.
De même avec voilà et voici :
→ Voilà vingt-cinq ans que…
→ … voilà vingt-cinq ans.
Lorsque le verbe du procès est à un temps simple (non accompli), seule l'antéposition est admise :
* Voilà vingt-cinq ans qu'il a une liaison.
→ ° Il a une liaison voilà vingt-cinq ans.
Bonsoir!
Merci Edy pour l'analyse. Je suis d'accord avec vous sur toute la ligne. Effectivement, c'est un CC de temps. Aussi, je n'avais pas pensé à la direction de la relation entre la mise en relief et la phrase de base. La première est nécessairement dérivée de la seconde, et non l'inverse.
N'est-ce pas curieux tout de même que ilya soit considéré comme une loc. prépositive?
En me posant cette question, je me demande maintenant comment on peut analyser une phrase similaire qui vient compliquer un peu les choses (et qui est synonyme à mon avis) :
Il avait eu une liaison avec Zedna il y a ***de cela*** vingt-cinq ans.
Si on admet la grammaticalité de cette phrase (et celle de la première), n'y aurait-il pas lieu d'analyser autrement le cc de temps? C'est comme si la loc. prépositive avait deux régimes : de cela et vingt-cinq ans. En outre, il y a ici un bel effet de subordination par la pronominalisation. À moins que la loc. prépositive ait elle-même un régime prépositionnel, ce qui est possible.
Aussi, cette construction ne pourrait-elle pas être l'indice qu'on peut voir en ilya un présentatif qui aurait pour complément la "principale"? La tournure sans le syntagme ***de cela*** serait ainsi elliptique. J'ai consulté Grevisse-Goosse dans la dernière édition du Bon Usage et il me semble qu'ils sont muets à ce sujet.
Qu'en pensez-vous?
Bonsoir, Syntagme !
Effectivement, « il y a » est mis à toutes les sauces, mais le langage familier est bien content d’avoir ce caméléon.
1 VERBE IMPERSONNEL,
* Boire sans soif et faire l’amour en tout temps, IL n’Y A que cela qui nous distingue des autres bêtes. (Beaumarchais)
2 PRÉSENTATIF,
* IL Y A du mou dans la corde à nœud. (Pierre Dac)
* À Marseille, pour le conducteur d’une voiture, IL n’Y A pas la gauche ni la droite, IL Y A l’ombre. (Fernandel)
3 PRÉSENTATIF AVEC EMPHASE,
* IL Y A ma femme QUI n’en finit pas d’avoir la migraine.
4 PRÉPOSITION, mais uniquement avec des CC de temps.
* IL Y A longtemps QUE votre mari râle ? – Oui, depuis que nous sommes mariés. (Dialogue avec un médecin) (Ici avec emphase)
→ Votre mari râle-t-il DEPUIS longtemps ? (Sans emphase)
* Il a eu une liaison avec Zedna IL Y A DE CELA vingt-cinq ans.
A mon avis, « cela » REPRÉSENTE « une liaison avec Zedna ».
→ Il a eu une liaison… ,et IL Y A, DEPUIS CELA, vingt-cinq ans.
Je paraphrase autrement :
→ Il a eu une liaison… et, DEPUIS LA RUPTURE, vingt-cinq ans se sont écoulés.
Sur le SENS, nous pouvons nous accorder, je pense.
Pas de problème quant à la NATURE : une préposition et un pronom démonstratif.
Quant à la FONCTION, je dirais volontiers que c’est un complément de « vingt-cinq ans », qui en indique le point de départ, comme dans "à compter de".
C’est comme si nous avions :
→ Il a eu une liaison… IL Y A vingt-cinq ans DE CELA / DEPUIS CELA / DEPUIS LORS / A COMPTER DE CELA.
Je pense que cette analyse est la plus simple.
GREVISSE fait une brève allusion à la nature prépositionnelle sous les numéros 373c, 989 in fine et 1045b (de mon édition de 1986).
RIEGEL (p. 456) est plus explicite :
* Les présentatifs voici, voilà et IL Y A servent à introduire des compléments circonstanciels de temps ; ils jouent alors le rôle d’une PRÉPOSITION.
- Il a déménagé IL Y A cinq ans.
- IL Y A cinq ans QU’il a déménagé. (L’antéposition constitue une structure emphatique particulière : le CC introduit par le présentatif est mis en relief.) [Fin]
Mais, encore une fois, aucune trace de notre DE CELA, pourtant courant.
La nuit porte conseil…
Bonsoir Edy!
Je suis bien d'accord avec vous. Pour la nature de "de cela", pas de problème. Pour la fonction, je vois aussi que c'est sans doute la façon la plus simple d'analyser "de cela", surtout qu'il peut être déplacé après la durée.
Pour ajouter à votre analyse, je dirais que "cela" remplace en fait tout le prédicat avec son régime (peut-être même toute la phrase tant qu'à y être) et non pas juste le complément du prédicat (comparez avec J'ai pris un verre avec Luc il y a de cela vingt ans).
En tous cas, merci infiniment de votre aide!
Bonjour, Syntagme !
Effectivement, CELA représente plus que "une liaison avec Zedna".
Quant à savoir quelles sont les limites exactes de la représentation…
Personnellement, je n'irais pas plus loin que sujet + (prédicat - CC).
Bonjour.
Ma question concerne le bon usage avec la locution prépositive 'il y a'.
J'ai trouvé sur l'Internet trois explications grammaticales :
1. Il y a : on parle de quelque chose qui a eu lieu. Le verbe est en général au passé composé.
2. Il y a : (avec le passé composé affirmatif) : indique un moment précis du passé, pour une action terminée.
3. Il y a : agotoujours employé avec le passé composé.
Est-ce ainsi ?
Pourquoi toujours ou généralement avec le passé composé ?
J'ai aussi trouvé cette phrase, qui me paraît toute naturelle :
Il y a 2000 ans la France s’appelait la Gaule.
Veuillez m'éclairer, s'il vous plait.
Amicalement.
Comme tu l'as trouvé toi-même, il est tout à fait correct d'utiliser l'imparfait avec "il y a", quand on insiste sur la durée de l'action.
Il y a 2000 ans la France s’appelait la Gaule.
Si dans l’exemple de Eddy 4. préposition "il y a longtemps que votre mari râle ?" on peut évoquer la durée de l'action (le nombre d’année que le malheureux supporte sa femme), je ne suis pas certain ce soit le cas de la phrase proposée. Ici on évoque le temps écoulé depuis l'événement.
Hors cette remarque plus ou moins fondée qui ne remet pas en question l'emploi de l'imparfait, je me demande ce que signifie "ago" dans la 3ème exemple de Hwang. J'ai cru comprendre à la lecture de Reverso ou Wordreference que c’était un mot anglais, mais je ne vois pas très bien son sens dans ladite phrase.