Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves - Pistes de lecture
61 réponses · Page 1 / 4
Je suis en train de lire La Princesse de Clèves, de Madame de La Fayette, et j'aimerais avoir des pistes de lectures, de réflexion…
je vous remercie d'avance.
manon.
Salut, moi aussi je suis en train de lire cette œuvre alors si t'as des réponses j'aimerais bien que tu les partages avec moi, merci d'avance.
À partir de vos propres réflexions, il sera plus facile d'entamer un dialogue sur ce pur chef-d'œuvre de notre littérature
Quelques pistes de lecture :
· Le trouble de l'amour-passion
· Un roman d'analyse
· La préciosité. Attention, ici il ne s'agit pas des comportements alambiqués dénoncés par Molière dans les Femmes savantes, mais bien de cette école de la psychologie des passions, de la subtilité de l'analyse et de ce raffinement langagier qui irrigue tout le XVIIe siècle et trouve son apothéose chez Racine…
· Mme de Lafayette se rattache à la tradition des moralistes du grand siècle. La passion amoureuse — plus que tout autre tourment de l’âme — détourne de la plénitude et du bonheur véritables. Examine aussi le pessimisme : horreur de la passion, propension à la faute, souffrance. Mme de Lafayette développe une morale féminine, équivalente à celle de la mesure pour l'honnête homme, il s'agit d'un « art du bien se comporter », de la réputation, de la quiétude, qui consiste en premier lieu à savoir se tenir éloigné de tout facteur de trouble. Le salut (mondain et religieux) est à ce prix.
· Difficulté de la condition féminine, en un temps où mariage et amour sont rarement compatibles.
· Classicisme et modernité : ce roman est à l'opposé du roman pastoral, ou du grand roman précieux alors en vogue. Il marque une rupture dans l'esthétique du roman.
· Une tragédie en prose.
Je serais quasiment d'accord avec vous, sauf sur la difficulté d'une femme à avoir des aventures extra-conjugales. Les exemples ne manquaient pas à la Princesse de Clèves dans une cour aux mœurs légères ! Cette galanterie est d'ailleurs annoncée dès la première phrase du roman. La princesse s'éloigne d'ailleurs volontairement de la cour pour fuir la tentation ; et ceci à la demande de sa mère sur son lit de mort ; madame de Chartres allant jusqu'à dire à sa fille si quelque chose était capable de troubler le bonheur que j'espère en sortant de ce monde, ce serait de vous voir TOMBER COMME LES AUTRES FEMMES
Bonjour Léah,
Où ai-je parlé de la difficulté à avoir des aventures extra-conjugales ?
J'ai simplement suggéré que la femme au XVIIe siècle avait du mal à trouver l'épanouissement amoureux dans l'institution matrimoniale.
Etes-vous d'accord avec cette piste de lecture sociologique ?
Jean-Luc
Désolée mais non ! Je pense que de tous temps et encore de nos jours, certaines femmes sont ou ont été parfaitement épanouies dans une relation matrimoniale, et d'autres non. Parmi celles-ci, certaines prenaient un (voire des 😉 amants, d'autres restent ou restaient, par conviction religieuse ou morale, fidèles à leur mari.
Dans le roman de Madame de La Fayette il est impossible de dire si madame de Clèves est comblée par son mariage ; toutefois elle entretient avec son époux une relation de parfaite confiance et estime réciproque. Il semble qu'elle soit bel et bien "victime" d'un coup de foudre en rencontrant le duc de Nemours, situation possible à toutes les époques, Mais également dans la première partie du roman un dialogue entre Mr et Mme de Clèves montre qu'elle n'est pas éprise de son mari et que celui-ci en souffre.
Bonsoir Leah,
Les généralités par lesquelles vous commencez votre réponse sont forcément recevables dans la mesure où il existe bien quelques cas où elles se sont vérifiées. Mais au XVIIe siècle, les conditions de l'institution matrimoniale ne sont pas favorables à l'épanouissement de la femme. Rappelons que la jeune femme est mariée par ses parents et qu'on ne tient pas compte en principe de ses inclinations surtout dans la noblesse où les alliances ont un caractère politique ou économique. Molière, quant à lui, a montré tous les travers de ces mariages dans la bourgeoisie.
Si on s'en tient au seul roman qui nous intéresse, il ne vous a pas échappé que tout le début baigne dans la description sans complaisance du "marché matrimonial". Mademoiselle de Chartres est une jeune fille, riche, de très haut noblesse, orpheline de père. Elle est conduite par sa mère à la cour pour y être mariée. C'est d'abord le fils du prince de Nevers qui en tombe éperdument amoureux, ce parti est repoussé parce que les familles sont en inimitié. Ensuite le prince de Guise, amoureux lui aussi, ne peut être un mari car, cadet de famille, il doit servir comme chevalier de Malte dans la lutte contre les infidèles. Enfin le mariage avec le prince de Montpensier ne peut aboutir. Trois échecs donc, lorsque la mort du duc de Nevers permet au jeune cadet, M. de Clèves, de se déclarer et d'enfreindre la règle politique et familiale : Il va épouser Mlle de Chartres. Il apparaît nettement que M; de Clèves est dévoré par la passion. Sa femme ne lui retourne qu'amitié et affection pour son plus grand chagrin. Chez Mme de Clèves, les conditions pour une passion et une éventuelle infidélité sont donc réunies.
J'ajouterai que Mme de La Fayette a mis dans son roman toute son expérience personnelle de l'institution matrimoniale et de la vie à la cour où beaucoup cherchent dans la galanterie des compensations à leur désert affectif. Elle a été mariée, selon les usages du temps, à un homme qu'elle a peu vu, puis qu'elle a ignoré, et même qu'elle a combattu en justice., Enfin comme femme et aristocrate, elle n'a pu déchoir à signer ses œuvres, trop contemporaines. Elle a donc bien fait l'expérience de la difficile condition féminine de son temps. Son nom n'apparaîtra en tête de son œuvre qu'un siècle plus tard. Le XVIIIe et le XIXe siècles ne seront guère plus tendres pour les femmes de surcroît écrivains.
Vous ai-je fait douter ?
Bonsoir Mademoiselle,
J'ai lu la Princesse de Clèves (édition pocket). Si tu vas dans une librairie, feuillette ce livre ; tu verras, il y a une liste des thèmes abordés par l'oeuvre avec quelques indications. J'aurais aimé te donner une liste mais je n'ai pas le livre sur moi. J'espère que tu trouveras ton bonheur.
Pas vraiment ! Aujourd'hui le mariage par inclination réciproque se termine si souvent par une séparation qu'on peut douter de la qualité de l'union, par rapport à celle d'un mariage arrangé. Excepté les cas (rares j'espère) où une jeune fille était mariée à un vieux barbon, l'épanouissement pouvait naïtre au fil du temps.
Mais Madame de la Fayette a bien raison d'écrire à partir de sa propre expérience ! C'est ce qui fait les meilleures histoires. Et, oui, les femmes écrivains (même encore aujourd'hui) n'ont pas acquis droit de cité plein et entier. Il suffit de consulter la moindre antho de poésie pour le constater.
Bonsoir Leah,
Je vais vous surprendre peut-être, mais je suis d'accord avec vous : le mariage arrangé a pu donner d'excellentes unions alors que les couples issus des inclinations ont rapidement échoué. Il y aurait beaucoup à écrire sur les critiques adressées à la première coutume (dont des origines libertines et des attaques contre l'autorité parentale et religieuse), mais je crois surtout que la bienveillance et la clairvoyance des parents ont joué un rôle stabilisateur en protégeant la jeunesse inexpérimentée des "folies". Regardez toute la littérature romantique (particulièrement en Angleterre) sur les drames causés par les séducteurs libertins et autres chasseurs de dot…
Enfin je vous donne acte de l'injustice faite aux femmes dans le Panthéon littéraire. Et puisque vous souhaitez que soit rétabli un semblant d'équité, je ferai non seulement la promotion de Madame de Lafayette, mais aussi celle de Marceline Desbordes-Valmore trop absente des anthologies poétiques.
Merci pour ces grandes dames !
Pour les interessé-e-s à découvrir les femmes poètes, venez nous voir sur le forum de la Micronésie Poètique. Vous serez étonné-e-s du nombre de poètes féminines ! (et encore, Patricia et moi n'avons listé presque que des françaises)
https://web.archive.org/web/*/https://85945.aceboard.fr/85945-2183-0-Femmes-poetes-XIXeme.htmhttps://web.archive.org/web/*/https://85945.aceboard.fr/85945-2376-0-Autres-femmes-poetes-siecles.htm
De madame de La Fayette, je vous invite à lire
Histoire de la Princesse de Montpensier ;
Zaïde ou
La comtesse de TendeBonsoir Léah,
J'ai parcouru avec grand intérêt ces deux forums et j'ai pu découvrir bien des noms inconnus pour moi.
Il m'a semblé (sauf erreur de ma part) qu'il manquait deux noms à votre travail de mémoire :
Rosemonde Gérard, la femme d'Edmond Rostand,
Et surtout Colette, magnifique poétesse en prose…
La grande Colette est à l'honneur dans la section "la prose poétique" avec lien vers un téléchargement de
La naissance du jour sur Gallica
https://web.archive.org/web/*/https://85945.aceboard.fr/85945-2280-4463-0-Colette.htm
Quant à Rosemonde, la liste n'est heureusement pas terminée !
Pour en revenir à notre Princesse, je trouve qu'il y a dans ce modèle parfait du roman classique, une préfiguration du roman romantique : la scène de l'aveu au mari surpris par l'amant, la mort du Prince de Clèves causée par le chagrin et la passion… Est-ce bien raisonnable ?
Bonjour Léah,
Si la passion est bien présente dans la Princesse de Clèves, il ne me semble pas que ce soit une préfiguration de la passion romantique.
Au siècle classique, les moralistes se méfient de la passion comme destructrice, elle est en contradiction avec la mesure dont ils rêvent, elle est même risque majeur de péché.
Madame de Lafayette partage l'opinion de La Rochefoucauld, La Bruyère, Pascal, Racine et Bossuet… Elle n'est pas dans la continuité du baroque.
Pour les romantiques, au contraire, la passion est signe d'élection. Si elle se révèle redoutable, elle est désirable et donne du prix à la vie.
Certe ! Mais je n'ai pas écrit que la Princesse préfigurait la passion romantique, mais le roman (ou le théâtre) avec les scènes du secret surpris et de la mort grâce (ou par la faute de, c'est selon 😉 à la passion. Madame de Clèves se repent de la mort de l'époux, mais ne part pas avec l'amant : ce dénouement a également quelque chose de romantique, dans la recherche d'un destin de dépouillement. Quant à Monsieur de Clèves, finalement, il meurt heureux. Ravagé par sa passion…
Bonjour a tous,j'ai lu avec attention la Princesse de Cleves et je dois dire que ce livre m'a donner nombres de reflexions sur l'amour!!!je trouve egalement que leah a une vue d'ensemble extrement rapproché du texte mais seulement en globalité!!peut tu me donner des pistes de lecture approfondies stp
Bonsoir Floriano, ravie de croiser un fan de ce roman qui est un parfait bijou de notre littérature !
Et qu'entends-tu par pistes de lecture approfondies ?
et bien on dit que ce roman est un roman d'analyse pschychologique ce qui est vrai car selon moi la princesse se pose la question"doit elle succomber a l'adultere?" et je demande des pistes et des reflexions sur la lucidité de mmm cleves