Traduction d’un poème de James Joyce

Langues vivantes

33 réponses · Page 1 / 2

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour amis anglais et anglicistes
Que pensez-vous du procédé de traduc qui, pour proposer une version versifiée, a ajouté quelques mots qui n'existent pas dans l'original ? (perso je suis contre)


From dewy dreams, my soul, arise,
From love’s deep slumber and from death,
For lo ! the trees are full of sighs
Whose leaves the morn admonisheth.

Eastward the gradual dawn prevails
Where softy-burning fires appear,
Making to tremble all those veils
Of grey and golden gossamer.

While sweetly, gently, secretly,
The flowery bells of morn are stirred
And the wise choirs of faery
Begin (innumerously !) to be heard.

À la rosée du rêve arrache-toi, mon âme,
À la lourde torpeur de l’amour, à sa mort,
Voici que de soupirs les arbres sont emplis,
Eux dont le jeune jour admoneste les feuilles.

Déjà l’aube grandit et règne à l’orient
Où surgissent des feux qui brûlent doucement
Et elle fait trembler tous ces ors et ces gris,
L’impalpable réseau des toiles d’araignées.

Tandis que doucement, tendrement, en secret,
S’ébranlent du matin les carillons fleuris
Et que les chœurs savants de la grande féerie,
Innombrables ! — partout commencent à monter.

James Joyce, Poèmes (Chamber Music, Pomes Penyach), édition bilingue, Poèmes traduits de l’anglais et préfacés par Jacques Borel, Gallimard, 1967
Bonjour Léah,
exercices délicats: la traduction; la critique. 🙂
En plus James Joyce est reconnu pour une écriture obscure.
Irlandais, francophone, rebel, voyageur, son "Ulysse" est un momument.

1. Le rythme: – x4 pour chaque strophe.
Il est peu probable que l'on le retrouve en français. Mais ne devait-opn pas essayer de trouver un mètre, des pieds semblables pour les 3 strophes?
NB sweetly, gently secretly est une progression rhétorique (2+2+3 syllabes).
Finalement c'est cassé dans le dernier vers "Begin (innumerously) to be heard. (Sinon qu'il prononce le deuxième mot "in-num-'r'sly" (3 syllabes!)
2. La rîme: ABAB. Itou.
3. Assonances et alitération: dewy dreams => rosée de rêve ; dreams, souls, arise, love'sslumber ?; From….From = >À….À ; morn admonisheth => jeune jour ; gray, golden, gossamer ;
4. Le sens: slumber est difficile. C'est un mot poétique pour sommeil. Torpor = Torpeur, que je croyais un ralentissement de fonctions corporelles dans un sense plutôt médical ou l'étape avant la mort. Pourquoi "sa" mort au lieu de "la" ou "ma"?
"Prevails" = domine. "all those veils Of grey and golden gossamer" tu as plutôt interprété à ta guise. Je n'ai malheureusement pas d'abord le sens que le feu refleté dans les gouttelettes d'eau, prismiques, évoque le tremblement que l'on aperçoit. Ensuite veils = voiles. N'est-ce pas possible qu'il s'agit de la brume matinale qui prend graduellement (gradual = pas à pas) couleur?
"are stirred" & "to be heard" sont des modes passifs des verbes. {On ne sait pas par quoi les clochettes sont légerement sécouées d'ailleurs.} Le mode actif active de trop ces laisser-allers, je trouve; mais ce n'est pas pour autant que j'aurai une proposition meilleure!

Tout en tout, le sens est traduit, mais le sens intime/interne moins, dirais-je.

Voilà un premier jet!
Merci JSC !
Mais je n'ai pas interprété, la traduc est de Jacques Borel…
Torpeur, oui c'est un peu comme un engourdissement, (ou sur une longue période l'hibernation)
En français le rythme peut se rapprocher des octosyllabes, mais bien sûr on n'aura pas les accents ainsi distribués

For, lo ! : lo est-il un raccourci pour look ? Alors, regarde ! ou Alors, vois ! Le “voici que” de la traduc ne rend pas compte de cette interpellation
Bonsoir,

Je ne t'apprendrai pas que la traduction est un exercice hautement périlleux, à plus forte raison quand il s'agit de poésie.
Réussir l'adaptation d'un poème tel que celui-là, en alexandrins qui plus est, me comble personnellement d'admiration.
Je suis d'accord, si effectivement la tentative est présentée comme une adaptation et pas comme une traduction.
Je suis d'accord sur ce point.
Le métier de traducteur devrait s'appeler plutôt adaptateur. 😀
For, lo ! : lo est-il un raccourci pour look ? Alors, regarde ! ou Alors, vois ! Le “voici que” de la traduc ne rend pas compte de cette interpellation
"Lo" = over there (là bas), à mon sens. Souvent en couple avec "and behold" (et regarder).
Je me demande si je n'aurais pas préféré "voilà", voici indique trop de proximité, je trouve.
{"For" = conjonction causuale?(à cause de ceci), normalement}.

Alexandrins, hein? J'avoue de ne pas avoir trouvé, bien que…
Leah,

La traduction est une femme belle mais infidèle (D'ablancourt)
Alexandrins: je compte, je compte! Presque toujours 12 syllabes par ligne, mais il me semble que je m'arrange avec les 'e' muets de façon différente pour chacun pour arriver à 12.
Et les alexandrins n'ont-il pas un pied?
Et les alexandrins sans rîme? C'est pas du grand Art, hein?
Traduire de la poésie c'est certainement la tache la plus compliquée surtout de l'anglais au français.

La versification française est syllabique (car le français est une langue syllabique !)
Un alexandrin par exemple est un vers de 12 syllabes.
La versification anglaise doit prendre en compte l'accent de mot ( l'accent lexical ). Or la versification n'est pas simplement accentuelle car elle prend également en compte le nombre de syllabes, on a donc affaire à une versification accentuelle-syllabique.
Il faut donc au final faire attention au nombre de syllabes et à l'alternance de syllabe accentuée (donc forte) et de syllabe non accentuée (faible).
La plupart des types de pieds métriques les plus communs en anglais n'ont pas véritablement d'équivalent en français:
Le iamb (je ne sais pas si on utilise ce mot en français?) composé d'une syllabe non accentué suivie d'une syllabe accentuée.
Le trochée son inverse…

La tache est vraiment ardue.

Mais de toute manière que ce soit en poésie ou dans un autre genre, la traduction est toujours une trahison en quelque sorte.
Tu m'excuseras, Ina, mais ce ne m'est pas toujours clair si et quand tu parles de la versification anglaise ou française.

Pour ce qui concerne l'accent (tonique) en français, je recommande "La Prononciation Française" de Maurice Grammont (Ed. Delagrave 1914) bien que force soit de constater depuis la fin de la deuxième guerre mondiale un déclin majeur dans l'appréciation de cette notion et sa pratique.

Pour ce qui concerne les pieds, cet Anglais connaît
SPONDÉE ——
DACTYLE —––
IAMBE – —
TROCHÉE—–(attention, c'est aussi un faisceau de bourgeons ou - 🙂- le tenacier d'un bistrot).

On ne les trouve pas systématiquement chez M. Borel. Je le copnsidère comme une des impuretés de cette 'adaptation'.

Je croyais que ma langue natale était aussi syllabique! En vérité, je ne trouve pas le même nombre de syllabes dans les deux vers
S’é-bran-lent du ma-tin les ca-ril-lons fleu-ris (12)
et
Et que les chœurs sa-vants de la gran-de fé-e-rie, (13)
In-nom-brab-les ! — par-tout com-men-cent à mon-ter (12; 11 si on fait l'élision -cent_à)
étrangement n'est pas scandé comme
Déjà l’aube grandit et règne_à l’orient
L'anglaise que je ne suis pas connaît effectivement ces pieds + l'anapest ( UU~) et le pyrrhic (UU).

Je ne vais pas faire un cours de phonétique anglaise à un anglais! mais il me semble bien que votre langue soit accantual-syllabic.
Et la poésie anglaise est basée sur le rythme plutôt que sur le nombre de syllabes ( ce qu'on fait en français)

Pour mon message précédent effectivement il n'est pas bien clair.
Quand j'explique (et je ne suis pas douée pour expliquer c'est vrai!)je raisonne plus avec ma langue natale (langue pourtant dite de l'explication, quel paradoxe) qu'en français 🙂.


PS: Vous êtes excusé 🙂



D'ailleurs je précise, ce message n'est pas très clair non plus.
Dans la versification l'anglais est effectivement accantual-syllabic.
Mais la langue anglaise est accentuelle, peut être même La langue accentuelle par excellence!
Je déteste la linguistique!
Pourtant j'aime apprendre des choses. Comment ai-je pu aimer le français et l'anglais tout ce temps sans savoir une chose si fondamentle?
https://www.durationpress.com/archives/tyuonyi/whitepage/violence%20of%20the%20white%20page.pdf French and English verse
Impossible que tu me pardonnes si je ne le demandes pas.
Si tu n'es pas douée pour explique (ce que je me permets à douter) j'espère que tu ne te destines pas au noble métier de pédagogue!

Je vois que tu n'as aucune réponse à me donner concernant le nombre de syllabes dans les passages de Borel qui me posent problème.
Le "vous êtes excusé" c'est parce que vous avez commencé votre par phrase par "tu m'excuseras Ina"..vous oubliez ce que vous écrivez JSC 🙂

Pour Innombrables, je pense plutôt: In-nom-bra-bles.
Sinon pour le deuxième vers:
Et que les chœurs sa-vants de la grande fé-e-rie On ne coupe pas Gran-de ( je pense, à prendre avec des pincettes)
Si je puis me permettre, étant française 🙂 et grande compteuse (conteuse ?) de vers

S’é-bran-lent du ma-tin les ca-ril-lons fleu-ris (12)
et
Et que les chœurs sa-vants de la gran-dEU féerie, (12) féri, et pas fé-eu-ri
In-nom-brab-lEU !— par-tout com-men-cent TA mon-ter (12)

Déjà l’aube grandit et règnA l’Ori-ent (diérèse) (12)
Ina a écrit :vous oubliez ce que vous écrivez JSC 🙂
Je crains l'Alzheimer.
Quand j'écris autant……..
Qui donc avait raison en parlant d'alexandrins, hein ? <(appréciez la double rime riche ! 😂)
Je croyais que le "e" en fin de vers ne comptait pas.
Il ne s'agit donc que des "e" muets.

(autant pour moi Grande de toute manière n'est pas en fin de vers…je m'embrouille 🙂 )

Cependant je vais un peu insister parce que je n'y comprends plus rien.
J'ai cherché des explications sur le "e" muet.
Je suis tombée sur un site (accents poétiques) où on explique que dans le vers:
"Sur la place taillée en mesquines pelouses" de Rimbaud
le mot "pelouses" en fin de vers compte pour deux syllabes car l'oreille comprend "pe-louz"

Donc la règle n'est valable que pour les "e" en fin de vers?
Jean a écrit :Qui donc avait raison en parlant d'alexandrins, hein ? <(appréciez la double rime riche ! 😂)
Et les 14 ! syllabes. 😀
On dit double rime ou rime interne?
Le e final n'a jamais compté en poésie pour une syllabe !
Ce sont les EU à l'intérieur du vers (E dits muets, parce qu'écrits et non prononcés) qui comptent
On doit dire
Sur la placEU taillée en mesquinEU pelouz'
Dans la poésie actuelle, les E sont soit prononcés EU soit muets, selon le nombre e pieds voulus (le poète fait confiance au lecteur pour rétablir l'équilibre)
En poésie classique, tous les EU à l'intérieur du vers comptent pour une syllabe, tous ceux de la finale sont élidés
Du temps de Ronsard et du Bellay, certains EU à l'intérieur des mots étaient comptés (fé-eu-rie pouvait être ainsi lu pour trois syllabes)
Jean bien sûr que ce sont des alex dans cette traduc-adaptation, de facture classique