Le verbe "aller"
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Bonsoir…
En ce moment nous sommes en train d'étudier Jaccottet, plus précisément son oeuvre Poésie [je suis en 1ère L]
Aujourd'hui nous avons étudier Sur les pas de la lune dans L'ignorant
Dans un de ces vers, il écrit "je m'en fus" donc le verbe "aller" disparaît
Je vous demandais si vous pourriez m'expliquer la raison pour laquelle on supprime "aller"
J'espère que j'ai pu bien m'exprimer (je voulais aussi vous précisez qu'il ne s'agit pas d'un question posé pour un devoir ou autre, mon professeur de français s'est interrogé là-dessus donc j'aimerai bien comprendre)
Merci d'avance…j'espère avoir une réponse de votre part au plus tôt possible…
Sans le texte, ce que tu demandes est incompréhensible
Bonsoir Célinee,
Il est probable que ce ne soit pas une disparition du verbe "aller" (sous forme de participe) mais son remplacement par le verbe "être", comme dans :
- Je suis allé au cinéma. / J'ai été au cinéma.
Cela ne se passe pas pour tous les temps. Au présent, par exemple, la permutation ne se fait pas :
- Je vais au cinéma (je me déplace : action). Je suis au cinéma (je suis dans le lieu : état).
On lit souvent (j'invente) : Elles rendirent visite à leur amie, puis, sur le coup des cinq heures, elles s'en furent (au lieu de : elles s'en allèrent).
Ton "je m'en fus" (être au passé simple) est l'équivalent de "je m'en allai" (aller au passé simple) et non pas de je m'en fus allé (passé antérieur) avec disparition du participe…
Mais je n'ai pas l'explication… juste une constatation…
Muriel
En fait, le remplacement du verbe aller par le verbe être à certains temps (notamment le passé simple) remonte fort loin, au-delà même de la période classique (probablement au latin), où il fut critiqué (notamment par Voltaire), mais on n'en connaît pas bien l'origine ni la raison. Du moins n'en ai-je pas trouvé l'explication.
Ainsi existent je m'en fus, il s'en fut, nous fûmes pour je m'en allai, il s'en alla, nous allâmes.
Oups, grillé par Muriel …
À mon avis, il y a autre chose ; sinon la prof (de français, quand même !) ne se serait pas posé la question
C'est pourquoi le poème serait précieux. Malheureusement, celui-là, je ne l'ai pas dans ma bibli
Bonsoir à tous,
J'ai trouvé le poème (ou un extrait) :
« M’étant penché cette nuit à la fenêtre, je vis que le monde était devenu léger et qu’il n’y avait plus d’obstacles. Tout ce qui nous retient dans le jour semblait plutôt devoir me porter maintenant d’une ouverture à l’autre à l’intérieur d’une demeure d’eau vers quelque chose de très faible, de très lumineux comme l’herbe: j’allais entrer dans l’herbe sans aucune peur, j’allais rendre grâce à la fraîcheur de la terre, sur les pas de la lune, je dis oui, et je m’en fus… »
« Sur les pas de la lune… » Poème de Philippe Jaccottet, tiré de « L’ignorant » 1952-1956.
Muriel
Merci Muriel
Dans l'esprit du prof, ce remplacement de “être” pour “aller” doit dépasser la simple usage de l'un pour l'autre dans le langage courant. Il a du se demander pourquoi Jaccottet a choisi d'écrire “je m'en fus” pour “je m'en allai” ; l'effet produit dans le poème etc. Enfin, de la part d'un prof, la question me paraît plus de ce niveau-là
Perso je le ressens comme si l'auteur disparaissait, alors que “je m'en allai” ne donne pas cette dimension
Bonsoir !
Extraits du Grevisse n°803
Le verbe être peut remplacer le verbe aller, dans la langue courante, aux temps composés ; dans l'usage littéraire, au passé simple ou au subjonctif imparfait.
S'EN ALLER
Cette particularité s'observe seulement dans la langue littéraire, au passé simple et au subjonctif imparfait.
* Le petit prince s'en fut revoir les roses. (Saint-Exupéry)
* Je m'en fus au théâtre… (Céline)
* Le jeune homme s'en fut par une petite porte. (Aragon)
* C'est l'imagination qui veut que l'on s'en aille. C'est le fait qui voudrait qu'on se s'en fût pas. (Suarès)
Ces emplois ont été discutés déjà au temps de Voltaire.
Certains grammairiens (notamment Littré) ont prétendu que :
* Je suis allé à Rome. Exprime que j'y suis allé, sans plus.
* J'ai été à Rome. Exprime aussi que j'en suis revenu (au sens physique…).
Grevisse ne reprend pas cette distinction, après avoir observé qu'elle n'est pas observée.
Une citation bien significative :
* Moi aussi, je suis allé là où vous avez été. (Alain-Fournier)
En outre, "avoir été" l'emporte dans les emplois figurés.
* Cette horloge va bien, elle n'a jamais si bien été. (Grevisse)
Ces emplois de "être" pour "aller" remontent aux origines de la langue et même au latin.
Incidemment :
* Je m'en suis allé.
* Je me suis en allé. (Littéraire et critiqué)
* Allez-vous-en d'ici.
Bonsoir Edy
Beau résumé, que ne peut ignorer un prof de français
Je reste persuadée qu'il faut chercher la réponse ailleurs que dans les règles de grammaire, dans la sensibilité poétique
Juste une anecdote.
Il semble que Vaugelas, grammairien de son état, le fut jusque dans la mort, puisqu'au moment de trépasser il dit:
"je m'en vais ou je m'en vas"……
Je m'interroge aussi sur l'origine de cet usage.
Pourrait-on la trouver dans le statisme (relatif) d'ÊTRE et le mouvement d'ALLER?
Vaugelas, était-il normand?
Très interessante question JSC, mais qui tourne vers le HS par rapport à la demande de Célinee
C'est l'imagination qui veut que l'on s'en aille. C'est le fait qui voudrait qu'on se s'en fût pas. (Suarès)
Edy, dans cette citation que tu nous rapportes comment analyses-tu la tournure suivante: << qu'on se s'en fût pas >> ? Le pronom "se" introduit presque à mon sens une "double pronomisation" de l'action et même presque une impression de dépersonnalisation de cette action ! Peut-être que je me trompe, mais J'aimerais bien connaître ton analyse syntaxique sur la question !
Par avance merci !
Warulf
Merci d'ouvrir un nouveau fil pour ce nouveau sujet
Bonjour, Warulf !
Excusez la faute de frappe, qui rend le texte incompréhensible.
La citation exacte rapportée par Grevisse est :
* C'est le fait qui voudrait qu'on NE s'en fût pas. (Suarès)
→ C'est le fait qui voudrait qu'on NE s'en allât pas.
La langue soutenue emploie le subjonctif imparfait après un conditionnel.
* Je voudrais qu'on fît de ma peau une valise. (Paul Morand, grand voyageur, parlant de sa mort)
La langue courante dirait plutôt :
→ C'est le fait qui voudrait qu'on NE s'en aille pas. (Subj. présent)
Impossible d'utiliser ici le verbe être : il ne peut être substitué à "s'en aller" qu'au passé simple et au subjonctif IMPARFAIT.
→ Je voudrais qu'on fasse de ma peau une valise.
Merci Edy, J'avais effectivement été choqué par cette forme au premier abord ! Bien qu'ensuite je me la soit répétée jusqu'à lui trouver un intérêt ! Pour le subjonctif imparfait dans la subordonée, aprés un conditionnel présent dans la principale je suis d'accord c'est une forme trés usitée au XVIII ème, qui malheureusement tombe en désuétude aujourd'hui, même en littérature. Il faudrait la remettre à la mode !
Merci encore et bonne soirée !
je vous remercie à tous de m'avoir apporté des explications ..
c'est peut être en effet une manière d'évoquer l'instance , pour vraiment dire qu'il s'en va, mais qu'on ne peut expliquer car l'emploi remontent aux origines de la langue et au latin…
Merci beaucoup
"Je m'en vais ou je m'en vas, l'un et l'autre se dit ou se disent" dit-il en cet instant fatal.
Quelle est ta question, Beaulieu?
bonjour,
pourriez vous me donner la règle pour l'orthographe suivante :
"où irait-t'on ?"
ou bien : "où irait-on ?"
Merci
Michel Metz