Bonjour !
Planquée derrière mon bureau pour répondre. Je ferai brièvement…
En quoi ce poème est-il caractéristique de l'esprit que l'on nomme traditionnellement baroque ? Et d'ailleurs quel est-il ?
Ne nous lançons pas maintenant dans une caractérisation grand "c" _ d'ailleurs, l'heure de la libération approche _ contentons-nous d'en révéler certaines thématiques typiques.
La vanité des choses en est une. De fait l'art baroque s'illustre notamment dans la nature morte, la représentation symbolique du fait que tout est voué à mort certaine. Fleurs qui demain seront fanées, crânes qui autrefois étaient des hommes, sabliers qui décomptent nos jours, sont autant de rappels lancés aux vivants, omniprésents dans leur art, surchargeant leurs poèmes, de leur inéluctable finitude, de la vanité de leur vie. La tête de mort qui au détour d'un couloir vous surprend sur une allégorie, tandis que vous rayonnez au cours d'un bal d'un éclat que vous croyez immuable, c'est cela, c'est le baroque.
L'esprit baroque est en effet pénétré de l'idée que toute vie est également promise au même inéluctable destin _ les vies se valent-elle dès lors ? Si le roi après la mort peut être confondu avec le bourgeois, vaut-il mieux que lui pendant sa vie ? Ainsi souvent on retrouve l'idée que chaque vie vaut toute vie, que les succès, distinctions ou grâces que l'on cherche à acquérir dans le siècle sont fétus, ornements, agréments périssable. Comme les courrones de fleurs dont on agrémente un beau tableau : souvent il suffit d'un vent de malchance, d'infortune pour les disperser. Ainsi :
L'on monte et l'on descend avec pareil effort,
Sans jamais rencontrer l'état de consistance
ainsi l'homme dans son éclat, son abondance, sa vigueur :
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/d2/Arcimboldovertemnus.jpeg
peut aussi bien se trouver acculé à la décrépitude la plus totale :
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/e5/Giuseppe_Arcimboldo_-_Winter%2C_1573.jpg
L'idée qu'ici bas, tout n'est qu'apparence est aussi une idée profondément représentative de cet art : ce monde temporel, qui ploie sous les vanités, qui dit son rôle et se célèbre, qui cherche à s'illustrer alors qu'il est idifférent qu'il s'illustre, qui recherche les succès, les distinctions alors qu'il importe peu d'être distingué de ce qui est aussi périssable que nous, ce monde devient assimilé à une sorte de scène, sur laquelle les comédiens disent leur rôle et se prennent au jeu. L'homme de loi joue à l'homme de loi. Le roi joue le roi _ chacun dit son rôle et se prend pour ce qu'il est, et l'on feint d'accorder plus d'importance à tel ou tel quand en réalité nous sommes bien tous des acteurs du monde, de même importance. Le monde est un théâtre, une comédie que nous feignons de prendre au sérieux, une illusion que nous faisons semblant de croire. Voilà un thème puissamment baroque.
Des fruits peuvent être représentés de manière à former un homme : c'est bien la même matière, la même chair périssable. Seule son apparence identifie l'homme _ mais des fruits arrangés en homme font un homme. Ainsi nous verrons bien souvent un artiste baroque traiter des apparences. Apparence de vie qui n'est que mort retardée, apparence de mort, qui soudain ressuscite (voir au théâtre, les héros que l'on croit décédés réapparaissent, ex : Mélite, La folie du sage… ) "Le monde n'est qu'une illusion, puisqu'il est mortel et vit comme s'il était immortel, se célèbre, se peint, s'immortalise, s'illustre…"
https://1.bp.blogspot.com/_b5j0xrtP0rc/TG-iHtVllNI/AAAAAAAAAdA/krO6B7y6wzc/s1600/Georges_de_La_Tour_kucuk.jpg
ainsi les idées qui y sont développées sont bien imprégnées des grandes thématiques baroques.
Mais comment expliquer alors que le baroque, qui considère que "tout est vanité" se fait en même temps d'une telle profusion, d'une telle abondance de préciosités et de contrastes, de richesses et de jeux de lumières ? pourquoi sur le tableau, la jeune fille qui sait qu'elle finira décrépite comme sa féroce maquerelle s'orne -t-elle et se par-t-elle, et se fait-elle une gloire de son éphémère beauté ?
Travailler avec peine et travailler sans fruit,
Le dirai-je, mortels, qu'est-ce que cette vie ? Alors à quoi bon travailler ?
Le baroque est une esthétique de contraste. Car pour dire la vanité des choses, pour dire que le monde est une illusion, qu'il ne faut pas se fier à ses sens, pas se fier à ce qui est beau, jeune et agréable, on va utiliser la forme la plus belle possible, la plus agréable, on va chercher à ravir les sens. On va mettre un soin infini, une perfection de style à peindre une hideuse tete de mort. On va utiliser la forme délicate et galante du sonnet pour dire que les délicatesses et les badineries sont futiles. On va éblouir, brouiller la vue, orner jusqu'à l'excès son langage et faire ployer l'oeil sous un monceau de richesses. Ce poème en est la preuve : un sonnet ! La traditionnelle forme du compliment amoureux, de l'éloge élégiaque; le véhicule d'une célébration de la vie. Ici utilisé pour dire le peu de substance de la vie, qui "n'est qu'un songe". Une fumée. Et l'auteur met cette fumée en rime, il lui impose une mesure, il la matérialise au plus haut point en lui donnant harmonie, métrie, mesure, sonorité, musicalité, en faisant d'elle un éloge des sens, en lui donnant beauté, en la rendant sensible. Nous sommes en plein paradoxe. Ce qui est l'essence du baroque, d'ailleurs.
Sans le vouloir j'ai donc ainsi esquissé un plan des plus légitime :
En gros la chose, juste énumérée se présenterai ainsi :
I) Vanités et illusions, des thématiques baroques.
Parler en 1) de la thèse générale du poème qui est que
la vie est de peu de consistance. relever champs lexicaux de l'impalpable etc…
en 2) commenter l
'assimilation que l'auteur fait de la vie à un rêve. Comparer avec modèles connus, Hamlet, to be or not to be etc… pourquoi pas. voir deux trois idées :
https://fr.wikisource.org/wiki/Hamlet
Caldéron, la vie est un songe, DuBellay et Ronsard, sonnets etc…
en 3) Parler du thème de
l'apparence et des illusions. Car un rêve est insaissable _ il change de visage comme les masques baroques… relever procédés poétiques qui relèvent de l'illusion, la substitution d'un mot par un autre, les chiasmes, les anaphores, les déguisements du langage en somme…
Cela nous amène à constater la fabuleuse richesse du poème et du langage dont use l'auteur. Nous relevons le paradoxe : pourquoi, alors qu'il dit que la vie est "sans fruit", que travailler ne sert à rien, pourquoi travaille-t-il autant son style et l'embellit-il, pour en faire lui même une sorte d'illusion poétique ? De mirage chatoyant ?
En grand II) Nous commentons la forme du poème II) Le sonnet, une forme bien réelle _ou quelque chose comme ça.
relever les
caractéristiques du sonnet Donner exemple r
ichesses du vocabulaire ou registres, figures de style, ce qu'on voudra. Relever les contrastes, les antithèses systématiques qu'utilise l'auteur, comme s'il voulait attirer l'oeil par des tons accusés, des oppositions brillantes.
Enfin, en grand III) c'est le meilleur moment, on se sort de c e paradoxe par une pirouette encore plus baroque que tous le reste : c'est que justement en donnant à son idée, à son avertissement une forme délicieuse, ravissant les sens, attractive et ornée, il en a fait une œuvre d'art ! Une œuvre finie, et immortelle , non soumise au vieillissement. Il a converti l'illusion en quelque chose de bien sonore, de métrique, de récitable _ donc de bien réel. Et on finit sur des considérations générales : n'est ce pas là tout l'art baroque ? Rendre sensible l'illusion, immortelles les vanités du monde… etc d'où le dernier vers : un songe qui dure plus qu'une nuit n'est plus un songe.
Voilà une sorte de plan possible. Tout dépend bien sûr de ce qu'on veut en faire _ il y en a quantité d'autres. Mais j'ai déjà dépassé l'heure légale, et je finis toujours par en dire plus que je n'avais prévu.
Une prochaine fois, nous verrons si j'arrive à faire simple.
Bon courage : je ne garantis en rien la pertinence des idées que j'ai mises ici, mais lire la pensée de quelqu'un d'autre t'aide parfois à trouver et aligner tes propres idées. Je ne doute pas que tu es impatient(e) de t'atteler à a tâche de formuler tes propres problématiques. En tous les cas, pioche là dedans sans scrupules ! Il n'y a là que du lâchage de fin de journée _tiens, ma journée est finie ! _ Le baroque est un sujet des plus riches, et intéressants (si, si ! ), et je ne doute pas qu'il passionnera encore bien d'autres écoliers de la République, acculés à la dure nécessite de rendre un devoir. Même à sept heures du soir. Même avec dix heures de boulot dans les genoux.
😉