Vigny, La Maison du berger, À Éva - Si ton cœur, gémissant du poids de notre vie…

Entraide scolaire

52 réponses · Page 3 / 3

Bonjour.

J'aimerais avoir quelques précisions.

1) Dans le vers "Le saule a suspendu ses chastes reposoirs", le mot "reposoir", malgré sa connotation religieuse, désigne-t-il bien un endroit de repos, et le mot "suspendu" est-il seulement justifié par la forme tombante des branches de saules?

2) Dans le vers "Se balance en fuyant dans les grappes sauvages", les grappes en question ne seraient-elles pas celles des genévriers?

3) Vigny se comparerait-il à un berger qui conduit la femme aimée vers la rédemption, ou cette interprétation serait-elle saugrenue?

Merci d'avance de votre réponse. Cordialement et respectueusement.
1°) Le sens de reposoir ici est plutôt le sens religieux, celui que donne le dictionnaire de l'Académie de 1835 :
REPOSOIR. s. m. Autel qu'on élève et qu'on prépare dans les lieux où la procession passe le jour de la Fête-Dieu, pour y faire reposer le saint sacrement. Beau, riche reposoir. Reposoir bien paré, bien orné. La procession s'arrêta devant le reposoir. Paré comme un reposoir.
Vigny compare les branches pendantes du saule sur l'onde aux décorations des autels provisoires des processions (souvent des dais de grandes draperies tombantes ou de feuillages).
Toute la strophe évoque un édifice sacré :
La Nature t'attend dans un silence austère ;
L'herbe élève à tes pieds son nuage des soirs,
Et le soupir d'adieu du soleil à la terre
Balance les beaux lys comme des encensoirs.
La forêt a voilé ses colonnes profondes,
La montagne se cache, et sur les pâles ondes
Le saule a suspendu ses chastes reposoirs.

et même les vapeurs du soir peuvent éventuellement faire penser à l'encens.
Baudelaire va prendre lui aussi ce vocabulaire dans un poème des fleurs du mal :
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.


2°) Tiens, c'est étrange. Pourquoi spécialement des genévriers ? Je ne crois pas que le poète identifie précisément les "grappes sauvages", qui peuvent ici désigner des grappes de fleurs ou des grappes de fruits sauvages, de toutes sortes. Pour le chrétien de l'époque, l'acception la plus usuelle était celle de grappe de raisin sauvage, d'une vigne mal entretenue, d'une vigne sauvage, selon les paroles rappelées dans le cantique d'Esaïe le Vendredi-Saint :
Mon BienAimé avait une vigne sur un coteau, dans un pays fertile.
27. Et il l'environna d'une haie; il en ôta les pierres, et il la planta d'un cep qu'il choisit lui-même; et il bâtit une tour au milieu, et il y fit un pressoir. Et il s'attendait qu'elle produirait des raisins; mais elle a produit des grappes sauvages.
28. Et maintenant, habitants de Jérusalem et hommes de Juda, soyez juges entre moi et ma vigne.
29. Que pouvais-je faire pour ma vigne que je n'aie pas fait? Ai-je eu tort de m'attendre à ce qu'elle produirait des raisins, et elle a produit des grappes sauvages?
30. Et maintenant, voulez-vous savoir ce que je vais faire à ma vigne? J'ôterai sa haie, et elle sera broutée; je détruirai sa clôture, et elle sera foulée aux pieds.
31. J'en ferai un désert; elle ne sera plus taillée ni sarclée; les ronces et les épines y pousseront; et je commanderai aux nuées qu'elles ne fassent plus tomber de pluie sur elle.
mais je ne pense pas que Vigny ait ici une visée chrétienne. C'est un simple terme poétique.
Bonjour

Merci pour cette réponse détaillée.

Respectueusement

Bonjour.

Je viens de lire le poème « Le Mont des Oliviers » d’Alfred de Vigny, et j’avoue que la signification des vers 77 à 110 m’échappe, au moins en partie. Il se trouve, en effet, que mon esprit « prosaïque » ne se satisfait guère du flou et du vague.

C’est Jésus qui parle :
« Et si j’ai mis le pied sur ce globe incomplet,
Dont le gémissement sans repos m’appelait,
C’était pour y laisser deux Anges à ma place
De qui la race humaine aurait baisé la trace,
La Certitude heureuse et l’Espoir confiant,
Qui, dans le paradis, marchent en souriant.
Mais je vais la quitter, cette indigente terre,
N’ayant que soulevé ce manteau de misère
Qui l’entoure à grands plis, drap lugubre et fatal,
Que d’un bout tient le Doute et de l’autre le Mal.
Mal et Doute ! En un mot je puis les mettre en poudre.
Vous les aviez prévus, laissez-moi vous absoudre
De les avoir permis – C’est l’accusation
Qui pèse partout sur la création.
Sur son tombeau désert faisons monter Lazare.
Du grand secret des morts qu’il ne soit plus avare,
Et de ce qu’il a vu donnons-lui souvenir ;
Qu’il parle, - Ce qui dure et ce qui doit finir,
Ce qu’a mis le Seigneur au cœur de la Nature,
Ce qu’elle prend et donne à toute créature,
Quels sont, avec le ciel, ses muets entretiens,
Son amour ineffable et ses chastes liens ;
Comment tout s’y détruit et tout s’y renouvelle ;
Pourquoi ce qui s’y cache et ce qui s’y révèle ;
Si les astres des cieux tour à tour éprouvés
Sont comme celui-ci coupables et sauvés ;
Si la terre est pour eux ou s’ils sont pour la terre ;
Ce qu’à de vrai la fable et de clair le mystère,
D’ignorant le savoir et de faux la raison.
Pourquoi l’âme est liée en sa faible prison,
Et pourquoi nul sentier entre deux larges voies,
Entre l’ennui du calme et des paisibles joies
Et la rage sans fin des vagues passions,
Entre la léthargie et les convulsions ; »
Auriez-vous l’obligeance de répondre aux questions suivantes, si votre compréhension est meilleure que la mienne ?

1) Comment l’Espoir pourrait-il exister au paradis où l’on jouit de la béatitude ?
2) Pourquoi Jésus a-t-il besoin de Lazare pour révéler les secrets de l’au-delà ?
3) Quelle forme peuvent bien revêtir les muettes communications (« les muets entretiens ») de la Nature et du Ciel ?
4) Pourquoi les liens du Ciel (ou de l’humanité ?) et de la Nature sont-ils « chastes » ? « L’amour ineffable » de la Nature (pour l’homme, je suppose) n’est-il pas en contradiction avec son « indifférence », proclamée dans le poème « La Maison du Berger » ?
5) En quoi les astres des cieux sont-ils « tour à tour éprouvés » ? Comment pourraient-ils être, comme l’humanité, « coupables et sauvés » ?
6) Pourquoi « vagues » dans de « vagues passions » ?

Je vous en remercie d'avance.

Cordialement et respectueusement.
Si ton cœur, gémissant du poids de notre vie,
Se traîne et se débat comme un aigle blessé,
Portant comme le mien, sur son aile asservie,
Tout un monde fatal, écrasant et glacé;
S'il ne bat qu'en saignant par sa plaie immortelle,
S'il ne voit plus l'amour, son étoile fidèle,
Éclairer pour lui seul l'horizon effacé;

Si ton âme enchaînée, ainsi que l'est mon âme,
Lasse de son boulet et de son pain amer,
Sur sa galère en deuil laisse tomber la rame,
Penche sa tête pâle et pleure sur la mer,
Et, cherchant dans les flots une route inconnue,
Y voit, en frissonnant, sur son épaule nue
La lettre sociale écrite avec le fer;

Si ton corps frémissant des passions secrètes,
S'indigne des regards, timide et palpitant ;
S'il cherche à sa beauté de profondes retraites
Pour la mieux dérober au profane insultant;
Si ta lèvre se sèche au poison des mensonges,
Si ton beau front rougit de passer dans les songes
D'un impur inconnu qui te voit et t'entend,

Pars courageusement, laisse toutes les villes ;
Ne ternis plus tes pieds aux poudres du chemin ;
Du haut de nos pensers vois les cités serviles
Comme les rocs fatals de l'esclavage humain.
Les grands bois et les champs sont de vastes asiles,
Libres comme la mer autour des sombres îles.
Marche à travers les champs une fleur à la main.
Bonjour à tous, et merci de prendre le temps de lire ce sujet 🙂
Voici l'extrait que je dois analyser. Pour l'introduction de mon commentaire, je n'ai eu absolument aucun problème, tout s'est enchaîné relativement vite et j'ai, selon moi, respecté toutes les contraintes de l'introduction. Néanmoins, pour ce qui est du développement j'ai un peu plus de mal. Pour ce qui est des procédés, aucun problème; l'interprétation aussi, tout va bien. Par contre, il me manque le plus important : les axes d'analyse.
Pour ce commentaire, mon professeur aimerait que nous nous concentrions sur deux ou trois axes, personnellement je privilégierais deux axes pour les développer convenablement tous les deux. Or, je n'ai qu'un seul axe d'analyse en tête : deux êtres souffrants (peut être aussi reformuler sous la forme de "amour en souffrance"). Il m'en manque donc un…
En consultant certains sujets sur d'autres forums, j'avais vu un axe d'analyse sur la Nature mais cet axe concerne surtout l'autre partie du poème, et par ailleurs, j'ai l'impression que la partie que je dois étudier est beaucoup moins étudier que l'autre partie.
J'avais bien d'autres idées pour un nouvel axe comme : "une invitation subtile à rejoindre la campagne", "l'élégie de la campagne" ou encore "l'expression du "moi"" mais ces axes ne concernent pas tout le poème, juste certains extraits…
Est-ce que quelqu'un aurait une idée pour un dernier axe ?

Cordialement, MasterGeppo. 🙂
Il y a une remarque préliminaire qui s'impose :
I. Invitation au départ
(Trois SI pour commencer les septains)
Quelle est la situation d'énonciation ?
A qui s'adresse le poète ? Qui est Eva ? ( Marie Dorval, la comédienne ou une femme idéalisée et mystérieuse) ?
La maison du berger [lien invalide]

II. Une vision pessimiste de la vie

III. L'appel romantique à la solitude dans la nature
Merci pour ta réponse 🙂
J'ai quand même essayer de travailler de mon côté et j'ai trouvé trois axes, que je trouve assez bancals, pourrais-tu me dire si ils conviennent ou si ils sont "insuffisants" ?

I) Des êtres en souffrance.
II) Un poème adressé à une femme impersonnelle
III) L'élégie de la campagne
A quelle problématique ces axes répondraient-ils ?
Pour le moment, la seule problématique que nous devons traiter est : "en quoi ce poème est particulier ?"
Nous commençons seulement le commentaire, je suis en seconde donc… ^^'
Qui désignes-tu par "êtres en souffrance" ?

Que veux-tu dire par "femme impersonnelle" ?
Les êtres en souffrance seraient le poète et la femme à qui il parle dans ce poème, dans la première strophe que je dois étudier on retrouve le champ lexical de la souffrance et d'autres choses qui nous rappellent cela.
Pour la femme impersonnelle, j'aurais aussi put dire la femme inconnue. Car il ne lui donne pas de nom, ne la décrit pas, etc… C'est une femme X, en fait.
Il faudrait éviter les redites entre les axes I et II.
J'y tâcherais 🙂
Merci des conseils en tout cas !