Vigny, La Maison du berger, À Éva - Si ton cœur, gémissant du poids de notre vie…
52 réponses · Page 1 / 3
J'ai de la difficulté a comprendre se poème vous pourriez m'aider svp
La maison du Berger (Lettre à Éva)
Si ton coeur, gémissant du poids de notre vie,
Se traîne et se débat comme un aigle blessé,
Portant comme le sien, sur son aile asservie,
Tout un monde fatal, écrasant et glacé ;
S'il ne bat qu'en saignant par sa plaie immortelle,
S'il ne voit plus l'amour, son étoile fidèle,
Eclairer pour lui seul l'horizon effacé ;
Si ton âme enchaînée, ainsi que l'est mon âme,
Lasse de son boulet et de son pain amer,
Sur sa galère en deuil laisse tomber la rame,
Penche sa tête pâle et pleure sur la mer,
Et, cherchant dans les flots une route inconnue,
Y voit, en frissonnant, sur son épaule nue
La lettre sociale écrite avec le fer ;
Si ton corps, frémissant des passions secrètes,
S'indigne des regards, timide et palpitant ;
S'il cherche à sa beauté de profondes retraites
Pour la mieux dérober au profane insultant ;
Si ta lèvre se sèche au poison des mensonges,
Si ton beau front rougit de passer dans les songes
D'un impur inconnu qui te voit et t'entend :
Pars courageusement, laisse toutes les villes ;
Ne ternis plus tes pieds aux poudres du chemin ;
De haut de nos pensers vois les cités serviles
Comme les rocs fatals de l'esclavage humain.
Les grands bois et les champs sont de vastes asiles,
Libres comme la mer autour des sombres îles.
Marche à travers les champs une fleur à la main
Merci de votre aide
Bonsoir,
Pourriez-vous m'aider. Je suis entrain de faire une étude sur le poème "A EVA" tiré de "LA MAISON DU BERGER" d'Alfred de Vigny et je bloque sur la 3e strophe. J'ai compris les deux premières et j'ai fini mon analyse, mais Je n'arrive pas à comprendre le sens de celle-ci.
Si ton corps, frémissant des passions secrètes,
S'indigne des regards, timide et palpitant ;
S'il cherche à sa beauté de profondes retraites
Pour la mieux dérober au profane insultant ;
Si ta lèvre au poison des mensonges,
Si ton beau front rougit de passer dans les songesD'un impur inconnu qui te voit et t'entend,
Pars courageusement, laisse toutes les villes
J'ai un petit souci aussi sur le dernier vers de la seconde strophe :
Y voit en frissonnant, Sur son épaule nue
La lettre sociale écrite avec le fer
Pourriez-vous m'éclaircir et m'orienter vers une voie ? SVP c'est assez urgentMerci
TexteBonjour Egvi,
La réponse à ta deuxième question est la marque au fer rouge apposée sur l'épaule du forçat. Pense aux Misérables d'Hugo.
La strophe que tu cites n'a pas un sens très clair. S'agit-il de l'actrice soumise aux regards impurs des spectateurs ? de la jeune femme pudique exposée aux yeux concupiscents de la foule ? En tous cas, Vigny semble y dénoncer le vice de la grande ville…
Merci Jean Luc
Effectivement je pensais aussi à la marque des bagnards, mais j'avais un doute.
Merci aussi pour le lien vers Doris Lessing
Dans les 2 premières strophes on voit bien que son coeur puis son âme sont déçus, voire au bord du désespoir.
Pour la 3e partie, je reste perplexe car autant je pensais que les 2 premières strophes concernaient davantage les sentiments ressentis par l'auteur, là, j'ai l'impression qu'il parle beaucoup plus d'Eva ? Et je suis perdue.
Que pensez-vous aussi de ce vers et d'après vous comment l'interpréter :
Si ta lèvre se sèche au poison des mensonges ?
A très vite
Eva, est-elle prostituée?
"Divine faute" de la 7ème strophe le suggère.
"Impur inconnu", "profane insultant", est-il le prochain client?
Son "âme enchaînée" par son travail et l'âme du poète la serait par les chaines de l'amour ainsi que par tout ce qui l'attache à la ville.
"Pars courageusement, laisse toutes les villes ;" est le début de la 4ème strophe.
C'est la célèbre invitation au voyage typiquement romantique. La nature résplendissante "La Nature t'attend dans un silence austère" est le sujet du reste du poème, comme cadre où l'amour des deux (physique et spirituel "de haut de nos pensées") et où se trouvera la roulotte du poète, symbole de mobilité, sécurité et…peut-être, du corps de la femme.
Quelle émotion!
Merci beaucoup JSB. Cà m'aide énormément.
Néanmoins et d'après vous à quoi correspond le vers :
"si ta lèvre se sèche au poison des mensonges" ?
A bientôt
Je ne sais pas si Eva était une prostituée. Mais il est vrai que le texte le laisse supposer. Néanmoins ce poème était dédié à la comédienne dont De Vigny était amoureux. Peut-on envisager que l'auteur soit si déçu de la vie qu'il mette tous les vices dans son texte ?
Bonjour Egvi et JSC,
Je ne crois pas que Vigny s'adresse à une prostituée.
Le poème est dédié à Eva, la mère des hommes, l'éternel féminin.
La "divine faute" renvoie plutôt au péché originel.
En fait Vigny célèbre la vocation féminine de compassion, de consolation.
Eva donc est soumise aux regards impurs et aux compliments séducteurs et faux. Voilà la signification de "Si ta lèvre se sèche au poison des mensonges". C'est aussi un renvoi implicite au serpent tentateur de la Genèse qui a conduit à la chute de l'humanité en provoquant la faute d'Eve.
De fait Vigny y a mis ses déceptions amoureuses, notamment dans sa liaison orageuse avec l'actrice Marie Dorval, d'où mon hypothèse d'adresse à une actrice au début. Au final, Vigny s'est enfoncé dans un pessimisme radical mais justement La Maison du berger est une tentative d'échapper aux miasmes par la retraite dans la nature salvatrice en compagnie de la femme aimée.
egvi a écrit :Néanmoins et d'après vous à quoi correspond le vers :
"si ta lèvre se sèche au poison des mensonges" ?
Bonjour.
Je ne prétends pas de détenir la vérité! J'ai posé des questions pour essayer de donner une optique possible sur le poème.
Dans cette optique le poison mensonger deviendrait les "je t'aime, mon amour" dits mille fois au cours de son travail, mais sans sincérité!
Évidement, le même mensonge est sur les lèvres de beaucoup d'autres personnes qui l'émettent.
Je ne m'oppose pas aux conseils du sage Jean-Luc, mais trouve assez paradoxal l'oxymoron "divine faute". Dieu, serait-il fautif? La femme, serait-elle divine si elle transgresse?
Effectivement Jean-Luc, je rejoins votre idée car De Vigny nous fait étrangement penser à La Bible. Je crois qu'il idéalise Eva mais qu'elle ne répond pas à ses attentes. Elle n'est finalement pas la femme qu'il voudrait qu'elle soit ?
Bonjour JSC,
Merci pour le compliment.
"Divine faute" n'est pas un oxymoron. Cette expression est plutôt une hypallage et signifie faute qui touche Dieu, qui a Dieu pour objet.
Vigny exprime ainsi une idée romantique, celle du rachat de l'amour fautif par la passion. Si le poème est en partie adressé à Marie Dorval, Vigny proposerait ainsi une ouverture vers le pardon par la conversion de la femme infidèle.
Merci, Jean-Luc pour ces éclaircissements.
On est bien d'accord sur
Jean-Luc a écrit :La Maison du berger est une tentative d'échapper aux miasmes par la retraite dans la nature salvatrice en compagnie de la femme aimée.
J'aimerais vérifier les débuts de chaques strophes /
"si ton coeur" "si ton âme" "si ton corps". Est ce que tous les 3 se rapportent à Eva.
Bonjour Egvi,
Cette question n'est pas inutile.
Je crois que le "tu" s'adresse en effet au destinataire, donc à Eva en premier lieu qui figure dans la dédicace, mais ensuite à toutes les femmes, et pourquoi pas à toutes celles et à tous ceux que la vie moderne écrase et désespère (2e strophe).
Les première et troisième strophes ne sont pas équivoques, elles visent plutôt des femmes.
C'est l'occasion de relever la structure anaphorique qui va en s'accélérant.
Que pensez vous du vers :
"si ton beau front rougit de passer dans les songes"
Que signifie-t-il ?
Merci
Bonjour Egvi,
Il s'agit de la rougeur de la honte quand Eva devient l'objet de la concupiscence d'un inconnu. Ce vers peut renvoyer à l'actrice exposée aux regards impudiques des spectateurs. Il exprime sans doute la jalousie d'Alfred de Vigny.
Merci çà confirme en mieux ce que je pensais. Merci à tous les 2 de m'avoir aidée.
Il me reste maintenant à faire ma conclusion de ces 3 strophes.
Egvi
bonjour. je suis en train de preparer mon analyse sur la troisieme partie de ce poeme, qui commence par " eva, qui donc es-tu?".
j'aimerais avoir votre aide concernant la 3eme strophe :
" ta parole joyeuse a des mots despotiques;
tes yeux sont si puissants, ton aspect est si fort,
que les rois d'Orient ont dit dans leurs cantiques
ton regard redoutable a l'égal de la mort;
chacun cherche à fléchir tes jugements rapides…
-mais ton coeur, qui dément tes formes intrépides,
cède sans coup férir à la rudesse du sort."
je n'arrive pas a savoir à qui il s'adresse?
je pense qu'il parle a éva, dans la continuité des strophes précédentes mais pourquoi aurait-elle des "mots despotiques"? est ce parce qu'elle "regne sur sa vie"?
mais je trouve que ce passage n'evoque pas la douceur et la feminité. alors peut etre parle t'il a la Nature?
et qu'entend l'auteur par " les rois d'orient ont dit dans leurs cantiques ton regard redoutable a l'egal de la mort"?
pouvez vous m'eclairer un peu?
La maison du Berger (Lettre à Éva)
Si ton coeur, gémissant du poids de notre vie,
Se traîne et se débat comme un aigle blessé,
Portant comme le sien, sur son aile asservie,
Tout un monde fatal, écrasant et glacé ;
S'il ne bat qu'en saignant par sa plaie immortelle,
S'il ne voit plus l'amour, son étoile fidèle,
Eclairer pour lui seul l'horizon effacé ;
Si ton âme enchaînée, ainsi que l'est mon âme,
Lasse de son boulet et de son pain amer,
Sur sa galère en deuil laisse tomber la rame,
Penche sa tête pâle et pleure sur la mer,
Et, cherchant dans les flots une route inconnue,
Y voit, en frissonnant, sur son épaule nue
La lettre sociale écrite avec le fer ;
Si ton corps, frémissant des passions secrètes,
S'indigne des regards, timide et palpitant ;
S'il cherche à sa beauté de profondes retraites
Pour la mieux dérober au profane insultant ;
Si ta lèvre se sèche au poison des mensonges,
Si ton beau front rougit de passer dans les songes
D'un impur inconnu qui te voit et t'entend :
Pars courageusement, laisse toutes les villes ;
Ne ternis plus tes pieds aux poudres du chemin ;
De haut de nos pensers vois les cités serviles
Comme les rocs fatals de l'esclavage humain.
Les grands bois et les champs sont de vastes asiles,
Libres comme la mer autour des sombres îles.
Marche à travers les champs une fleur à la main
Pourriez-vous m'aider à en faire l'analyse? Je l'ai commencée mais j'aimerai avoir quelques compléments =)
Bonjour je travail sur ce texte mais il y a certains point que je ne comprend toujours pas.
je me demande à qui de vigny s'adresse dans les 2 premières strophes. Et de qui parle t'il de lui ou d'Eva à qui il a d'édié ce poème.
Bonjour,
Si ton coeur, gémissant du poids de notre vie,
Se traîne et se débat comme un aigle blessé,
Portant comme le sien, sur son aile asservie,
Tout un monde fatal, écrasant et glacé ;
S'il ne bat qu'en saignant par sa plaie immortelle,
S'il ne voit plus l'amour, son étoile fidèle,
Eclairer pour lui seul l'horizon effacé ;
Si ton âme enchaînée, ainsi que l'est mon âme,
Lasse de son boulet et de son pain amer,
Sur sa galère en deuil laisse tomber la rame,
Penche sa tête pâle et pleure sur la mer,
Et, cherchant dans les flots une route inconnue,
Y voit, en frissonnant, sur son épaule nue
La lettre sociale écrite avec le fer ;
Si ton corps, frémissant des passions secrètes,
S'indigne des regards, timide et palpitant ;
S'il cherche à sa beauté de profondes retraites
Pour la mieux dérober au profane insultant ;
Si ta lèvre se sèche au poison des mensonges,
Si ton beau front rougit de passer dans les songes
D'un impur inconnu qui te voit et t'entend :
Pars courageusement, laisse toutes les villes ;
Ne ternis plus tes pieds aux poudres du chemin ;
De haut de nos pensers vois les cités serviles
Comme les rocs fatals de l'esclavage humain.
Les grands bois et les champs sont de vastes asiles,
Libres comme la mer autour des sombres îles.
Marche à travers les champs une fleur à la main.
La Nature t'attend dans un silence austère ;
L'herbe élève à tes pieds son nuage des soirs,
Et le soupir d'adieu du soleil à la terre
Balance les beaux lys comme des encensoirs.
La forêt a voilé ses colonnes profondes,
La montagne se cache, et sur les pâles ondes
Le saule a suspendu ses chastes reposoirs.
Le crépuscule ami s'endort dans la vallée
Sur l'herbe d'émeraude et sur l'or du gazon,
Sous les timides joncs de la source isolée
Et sous le bois rêveur qui tremble à l'horizon,
Se balance en fuyant dans les grappes sauvages,
Jette son manteau gris sur le bord des rivages,
Et des fleurs de la nuit entr'ouvre la prison.
Il est sur ma montagne une épaisse bruyère
Où les pas du chasseur ont peine à se plonger,
Qui plus haut que nos fronts lève sa tête altière,
Et garde dans la nuit le pâtre et l'étranger.
Viens y cacher l'amour et ta divine faute ;
Si l'herbe est agitée ou n'est pas assez haute,
J'y roulerai pour toi la Maison du Berger.
Elle va doucement avec ses quatre roues,
Son toit n'est pas plus haut que ton front et tes yeux ;
La couleur du corail et celle de tes joues
Teignent le char nocturne et ses muets essieux.
Le seuil est parfumé, l'alcôve est large et sombre,
Et là, parmi les fleurs, nous trouverons dans l'ombre,
Pour nos cheveux unis, un lit silencieux.
Je verrai, si tu veux, les pays de la neige,
Ceux où l'astre amoureux dévore et resplendit,
Ceux que heurtent les vents, ceux que la neige assiège,
Ceux où le pôle obscur sous sa glace est maudit.
Nous suivrons du hasard la course vagabonde.
Que m'importe le jour ? que m'importe le monde ?
Je dirai qu'ils sont beaux quand tes yeux l'auront dit.
Le tu renvoie à Eva à qui est dédié le poème.
Ton âme, distincte de mon âme, souligne bien que le destinataire est Eva, proche du poète par la similitude des sentiments.
Qui est Eva ? une femme particulière, la muse Marie Dorval, mais aussi par le nom mythique, toutes les femmes, du moins celles qui sont blessées par la vie moderne.