Deux M1 en même temps : possible ou chimérique ?

La filière littéraire

12 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Je suis en licence 3 de philosophie et de lettres, et plus le temps passe, plus l'alternative est indécidable: passionnée à la fois par la philosophie (qui reste ma formation première) et par les lettres, je ne me vois pas renoncer à l'une ou l'autre d'ici la fin de l'année. Est-il possible de concilier deux masters en même temps ? Ou dois-je en abandonner illico l'idée ?
C'est possible et cela se fait.
Mais ce sera une année TRES chargée. Ne l'envisage que si tu es très travailleuse et très organisée.
bonjour,
je confirme: c'est possible; j'ai une amie qui entame cette année deux masters: lettres modernes et études théâtrales. Pour le moment, elle n'a pas l'air submergée de travail. Le tout est d'arriver à concilier les emplois du temps, mais en se débrouillant bien on peut suivre certains cours pour les deux masters, ce qui réduit le nombre d'heures. Je ne saurais en dire plus puisque les méandres de la fac me sont encore inconnus (je suis en prépa).

bon courage.
Merci pour ces réponses encourageantes. Je pensais en fait "harmoniser" mes deux masters en choisissant un domaine d'étude commun à la philosophie et aux lettres; comme un mémoire est à rendre dès le M1 dans les deux facs où j'étudie (Paris I pour la philo et Paris III pour les lettres), et que je suis passionnée par Rousseau (grâce à la Lettre à d'Alembert de ma khâgne, d'ailleurs ! oeuvre soit disant mineure que tout le monde décriait et dont je défendais la densité à corps et à cris), je pensais choisir Rousseau à la fois en lettres et en philo…évidemment pas le même sujet ni les mêmes oeuvres…mais au moins ce me permettrait de ne pas être trop "dispersée".

Ou alors, si je dissocie les deux, peut être Aloysius ou Cioran en lettres, Kierkegaard ou Jankélévitch en philo…
Une personne capable de trouver de l'intérêt à la Lettre à d'Alembert mérite à coup sûr d'être aidée. Par un psychothérapeute, par exemple. 😉

Toute plaisanterie mise à part, j'apprécie énormément, en tant que professeur, les gens qui, comme vous, savent porter plusieurs "casquettes". Mais c'est loin d'être le cas de tous mes collègues, et la pluridisciplinarité tant vantée (en principe) est souvent découragée dans les faits, par paresse, par sectarisme, ou par pure et simple incompétence.
A titre d'exemple, j'ai vu une étudiante brillantissime se faire violemment critiquer par le jury de sa soutenance de thèse (sur "la peinture chez Stendhal") au motif qu'elle faisait trop d'histoire de l'art et plus assez de littérature.
J'ai fait moi-même une thèse à cheval entre lettres et philo, et les membres littéraires de mon jury se sont empressés de condamner en bloc les considérations philosophiques qui outrepassaient leur culture générale.
Bien entendu, il y a d'heureuses exceptions, et le cloisonnement est peut-être moins hermétique de nos jours qu'il y a dix ans. Mais je vous recommande d'être très prudente et de bien vous renseigner lors du choix de vos directeurs de recherche.
Je commence à pressentir un sujet possible, s'agissant d'un mémoire sur Rousseau; relisant hier quelques pages du Journal de ce cher Kierkegaard, je me suis rendue compte, brusquement, d'un parallèle flagrant: tous deux se posant comme martyr de la Vérité (Kierkegaard: "il n'y a qu'une chose à faire pour servir la vérité: souffrir pour elle"; Rousseau: "non, je ne trouve rien de si grand, rien de si beau, que de souffrir pour la vérité"), leurs malheurs étant l'étalon de leur soumission à la Vertu (et on pense au pauvre Kierkegaard mourrant lapidé, tandis que ce cher Rousseau est chassé par des jets de pierres), tous deux soumis à l'inconstance intérieure malgré leur soumission à des idéaux transcendants (Rousseau et sa vie errante, Kierkegaard et ses fiancailles rompues).

Bref, plus je réfléchis et plus je vois des ressemblances frappantes entre ces deux hommes. Cela me donne envie d'aller plus avant (ce n'est pour l'instant que de l'ordre de l'intuition), d'autant plus que Kierkegaard et Rousseau sont deux penseurs que j'estime au plus haut point (distinctement, or maintenant je puis les réunir !).

Pensez-vous que ce pressentiment (d'une réunion fructueuse de ces deux auteurs) est légitime ? Et autre question, plus pragmatique: ce sujet serait il "littéraire", ou "philosophique" ? Je me vois mal dissocier les deux…j'ai parfois l'impression que ma double formation me joue des tours: je n'arrive pas du tout à trancher entre les deux approches; et par ailleurs ce me semble absurde…quand la philosophie enrichit la littérature et que la littérature magnifie la philosophie, pourquoi choisir ?
Tout ce que tu dis est bel et bon. Tu es une philosophe littéraire, ou une littéraire philosophe, soit. Mais en quoi cela nécessite-t-il d'en passer par un double cursus ?
D'une part, les universitaires de l'une ou l'autre des deux disciplines accepteront une approche qui trouve des ressources dans la discipline-soeur. Tu ne serais d'ailleurs pas la première à traiter un sujet "frontalier".
D'autre part, ta vie intellectuelle ne se limite pas à ton cursus universitaire. Quel que soit le cursus choisi, tu peux assouvir ton goût pour l'autre dans l'intimité de ta vie intellectuelle privée.
J'avoue que je ne comprends pas bien cet engouement actuel pour les "doubles cursus", en particulier chez les anciens khâgneux. Souvent, ce souhait de mener un double cursus ne comporte pas que de bonnes raisons : je crois qu'il faut aussi s'interroger un peu sur cette difficulté à trancher (sur son origine, et sur ses enjeux : intellectuels et professionnels).
Je ne voudrais pas que mon propos me fasse cataloguer d'office dans les "sectaires" dont parle Jean-Luc. Moi aussi, bien sûr, je trouve la double casquette intéresssante ; mais je ne vois pas bien en quoi il faudrait la matérialiser dans deux formations diplômantes différentes.
ENS a écrit :Tout ce que tu dis est bel et bon. Tu es une philosophe littéraire, ou une littéraire philosophe, soit. Mais en quoi cela nécessite-t-il d'en passer par un double cursus ?
D'une part, les universitaires de l'une ou l'autre des deux disciplines accepteront une approche qui trouve des ressources dans la discipline-soeur. Tu ne serais d'ailleurs pas la première à traiter un sujet "frontalier".
D'autre part, ta vie intellectuelle ne se limite pas à ton cursus universitaire. Quel que soit le cursus choisi, tu peux assouvir ton goût pour l'autre dans l'intimité de ta vie intellectuelle privée.
J'avoue que je ne comprends pas bien cet engouement actuel pour les "doubles cursus", en particulier chez les anciens khâgneux. Souvent, ce souhait de mener un double cursus ne comporte pas que de bonnes raisons : je crois qu'il faut aussi s'interroger un peu sur cette difficulté à trancher (sur son origine, et sur ses enjeux : intellectuels et professionnels).
Je ne voudrais pas que mon propos me fasse cataloguer d'office dans les "sectaires" dont parle Jean-Luc. Moi aussi, bien sûr, je trouve la double casquette intéresssante ; mais je ne vois pas bien en quoi il faudrait la matérialiser dans deux formations diplômantes différentes.
Evidemment que ma vie intellectuelle ne se limite pas à ma vie universitaire ! Seulement, les faits sont là (et sont peut être déplorables, mais c'est ainsi): les cours sont pour moi une base inestimable (même s'ils sont loin d'être essentiels): j'ai ce semestre choisi un séminaire sur Rousseau, et sans ces cours passionnants, je n'aurais peut être pas eu l'envie et le temps d'aller plus avant quant à ma réflexion sur Rousseau. Faire un double cursus, c'est me permettre d'avoir autant de temps pour les lettres que pour la philo, car au lieu d'avoir 20 heures de philo pure par semaine, je n'en ai que 10 (et 10 pour les lettres); si je n'avais fait qu'une licence de philo, j'aurais passé mon temps à faire de la philo uniquement, et j'aurais relégué les lettres au second plan. Me consacrer aux lettres non seulement "personnellement", de manière privée, mais aussi "scolairement" me permet d'assouvir encore davantage mon désir. Voila, c'est très prosaïque, et on peut trouver regrettable et décevant que j'aie besoin du support scolaire pour m'adonner pleinement à une "matière"…mais je suis en tout cas ravie de ce double cursus.

Seconde raison, non moins importante (bien que toujours prosaïque): je ne sais pas encore si je me destine au Capes de lettres ou à l'agreg/capes de philo. D'où la nécessité d'une double licence ! Faire uniquement de la philo, c'est décider tout de suite, faire un choix qui m'engage. Or je me sens de plus en plus attirée par les lettres…tout en ne pouvant rompre avec le projet de devenir prof de philo…Cruel dilemme, dont je préfère repousser l'issue à plus tard, puisque je peux jouir pour l'instant de deux possibles qui m'enchantent au plus haut point !
Lune a écrit :Seconde raison, non moins importante (bien que toujours prosaïque): je ne sais pas encore si je me destine au Capes de lettres ou à l'agreg/capes de philo. D'où la nécessité d'une double licence ! Faire uniquement de la philo, c'est décider tout de suite, faire un choix qui m'engage. Or je me sens de plus en plus attirée par les lettres…tout en ne pouvant rompre avec le projet de devenir prof de philo…Cruel dilemme, dont je préfère repousser l'issue à plus tard, puisque je peux jouir pour l'instant de deux possibles qui m'enchantent au plus haut point !
Ce point de vue (celui de la professionnalisation à court terme) est extrêmement important. Les temps sont durs pour tous les concours, et rien n'est donné nulle part. Mais les concours sont - statistiquement parlant - plus accessibles en lettres. Et on constate aisément que les étudiants avancés sont d'un niveau très hétérogène en lettres, alors qu'ils sont d'un niveau plus homogène, et globalement meilleur, en philosophie (ce qui débouche mécaniquement sur une concurrence plus rude aux concours).
Le hic c'est que je ne fais pas de latin (donc adieu à l'agreg) ni d'ancien français (et là ca devient problématique pour le CAPES)…c'est là que mon non choix est problématique: plus j'attends de choisir et plus je me ferme des portes, paradoxalement…si j'avais choisi une bonne fois pour toutes les lettres, je me serais inscrite en ancien français et en latin…enfin, je suppose que je peux me mettre à l'ancien français plus tard (certains cubes arrivent bien en M1 sans avoir jamais fait ni linguistique ni ancien français..).

Le second problème, c'est que, autant j'aime tout de la philosophie, autant je suis rebutée par de nombreux "chefs d'oeuvre de la littérature française". Ma légitimité à vouloir être prof de lettres en prend un coup si je reconnais que mon amour de la littérature se limite à Rousseau, Cioran, Aloysius, Lautréamont, Artaud et le discours de Stokholm de Saint John Perse !
Hé hé… J'enseigne moi-même les lettres depuis quinze ans, et, au début, les deux tiers des oeuvres m'ennuyaient ou m'exaspéraient. Mais à les travailler intensément, on apprend parfois à aimer celles qu'on aurait voulu brûler. Ne t'en fais pas pour ça. D'ailleurs, les meilleurs mariages sont les mariages de raison.
Bonjour bonjour,

Je vois que le débat est clot depuis quelques années, or il fait rage en moi, à l'instant present. Je suis "khûbe" et je voudrais savoir si, d'après vous, un double master représente plus ou moins de travail qu'une année de Khâgne. Et, Lune, peux-tu me dire quel a été ton choix, finalement? Si tu en es contente?
J'aimerais faire un master 1 de philo sur Nietzsche et un autre master de lettres (ou lettres comparées?) dont le sujet n'est pas encore défini. Je comprends bien le risqué de se disperser néanmoins, mon intérêt premier me porte vers la philo… sachant qu'il n'y a presque pas de poste de prof de philo, j'aimerais poursuivre les études de littérature (ce n'est pas sans plaisir non plus !).

Voilà voilà, j'espère que quelqu'un me lira…

Bien à vous