Entretemps, cela fait presque un quart de siècle que l’on pouvait regarder à la télévision, tous les lundi soir – je crois que c’était sur la 1 – l’émission « Y a que la vérité qui compte ». Vous vous en souvenez encore, peut-être, de l’émission et e sa conception ? En tout cas, de temps en temps, il se trouve que j’ai, de manière inattendue, une petite heure libre où j’aime bien regarder l’un de ces épisodes anciens sur YouTube afin que mes faibles connaissances de français ne pourrissent pas dans mon environnement entièrement germanophone (je suis Allemand). Or, il m’est récemment arrivé d’entendre dire une jeune dame faisant partie de l’équipe de l’émission – et c’est vrai, je vous le jure :
« Mr Chose n’est pas venu bien qu’il ne savait pas qui l’avait invité. »
Cela m’a involontairement donné des nets frissons ; vous le comprendrez aussitôt : « bien que » + indicatif ! Brrrrrrrrrrrr ! Néanmoins, j’avoue bien que ce que « la belle Daphné », comme l’intitulait volontiers son « chef » Laurent Fontaine, voulait dire, la força dans une certaine aporie linguistique-grammaticale, car sa construction aurait exigé l’imparfait du subjonctif – qui a complètement disparu de l’oral :
« Mr Chose n’est pas venu bien qu’il ne sût pas qui l’avait / l’eût invité. »
Quelle beauté ! Mais… on ne va pas demander à la jeune femme de sortir l’imparfait du subjonctif de la naphtaline, d’accord ? (Néanmoins, je l’avoue bien, que lors de telles situations, ce serait probablement et plus belle et à la fois la plus correcte des options et que, pour des raisons de clarté, j’aimerais fort bien le réintroduire…) Hm. Bon. Donc, qu’est-ce qu’elle aurait dû faire ? Ma propre proposition serait… le passé du subjonctif :
« Mr Chose n’est pas venu bien qu’il n’ait pas su qui l’a / l’ait / l’avait / l’eût invité. »
(Prochain problème : le mode et le temps de la subordonnée…)
Mais le passé du subjonctif n’est qu’une proposition de ma part, ce n’est qu’une idée que me suggère mon sens de langue.
J'ai exposé cette situation à un francophone ces jours-ci, et il m'a dit, à mon grand étonnement, qu'il n'était pas juste que l'imparfait du subjonctif ait complètement disparu de l'oral. Macron, par exemple, dit-il, qui est passé par la formation hypokhâgne, est tout à fait capable de parler ainsi – et il le fait de temps en temps.
Hm. Qu’est-ce que vous en pensez, de cet affaire, vous, les locuteurs natifs ? De telles questions sont vraiment capables de m'empêcher de dormir…
Chaleureusement,
Achim



