Les différentes phases du romantisme français

Littérature

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@Fleuve

Bien d'accord avec cette lecture historique de la Révolution.
Ce que j'ai voulu exprimer est que, chez les intellectuels, l'image de la Terreur a obscurci le bilan révolutionnaire et l'a fait rejeter. Il est intéressant de noter que Hugo s'est senti paradoxalement obligé de justifier ces horreurs dans Quatrevingt-treize.

@Jean-Luc

"Ce que j'ai voulu exprimer est que, chez les intellectuels, l'image de la Terreur a obscurci le bilan révolutionnaire et l'a fait rejeter."
Ça certainement, malheureusement.

Mais on trouve le même problème avec la 1ère Guerre Mondiale, d'où beaucoup d'artistes ont tiré la légitimité de leur anti-positivisme et anti-rationalisme (je pense aux expressionnistes allemands et aux surréalistes).

Il n'en reste pas moins vrai que c'est faux et dangereusement faux.

La science, sauf quand elle ne tombe pas dans les mains d'irrationnels précisément, ne fait QUE améliorer la condition humaine. Elle soigne les souffrances physiques et psychologiques, et brise les préjugés (contre les femmes, les homosexuels, etc.).

(Je vais regarder pour Hugo et Quatrevingt-treize)

Ce que je veux dire c'est que ces artistes anti-positivisme se fichent des morts de ces différents épisodes tragiques. Ils les utilisent juste de façon malhonnête et opportuniste comme des arguments à leur théorie fumeuse (ce qui ne fait que créer de nouveaux épisodes tragiques dans le futur, inspirés ou facilités par ces mêmes théories fumeuses).

Le monument que Mathilde fait aménager pour Julien n'est-il pas une caricature de sanctuaire romantique, avec son style pompeux, faussement antique, sa vue, sa grandiloquence mortuaire ? Pour Mathilde, la mise en scène se poursuit après la mort de Julien : elle réalise enfin son rêve narcissique, tragique et romanesque.
J'ai longtemps pris Stendhal pour un grand naïf, un fragile secrètement excité par des concupiscences latines (Stendhal et les italiennes…). Avec le recul, je perçois tout de même une distanciation ironique, surtout dans le Rouge et le Noir. La narration même vient castrer un des grands élans romantiques de Julien : son discours révolté lors du procès tourne court et se trouve expédié par du discours indirect libre / narrativisé, se perdant dans le brouhaha de la salle et les gémissements de femmes. Tout cela avait pourtant bien commencé !
Sans aller jusqu'à suggérer un bovarysme avant l'heure, il y a tout de même quelque chose dans ce traitement ridicule réservé à Julien, qui n'est pourtant pas mauvais bougre, au départ.

Je lis plusieurs messages sur ce fil qui me semblent confondre un peu facilement "anti-positivisme" et "refus de la science / du progrès technique". Je pense que ce n'est pas la même chose. Au XIXe, j'entends l'anti-positivisme (qui n'a d'ailleurs pas vraiment été posé en ces termes) comme une méfiance ou une résistance au scientisme dominant : certains émettent des réserves face à l'enthousiasme et à l'optimisme que provoque le progrès technique spectaculaire et rapide de ce temps. Si d'aucuns estiment que la science va libérer l'homme, réduire les inégalités, éradiquer les grands fléaux, diminuer la pénibilité des tâches, etc. certains restent prudents, ayant compris que c'est avant tout la nature humaine qu'il faut questionner afin de comprendre et prédire les évolutions de l'esprit scientifique et ses créations. Je ne vois là que du bon sens.
Que la verve romantique, à commencer par l'hyperbole hugolienne, puisse donner l'impression d'une condamnation univoque de la science et de la technique, je peux le comprendre. Néanmoins, je ne suis pas certain que les romantiques, même les plus nostalgiques au point de s'en retourner politiquement au point de départ à la fin du siècle, condamnent réellement le progrès, dont ils jouissent d'ailleurs bien souvent.

Je pense à Turner, qui peut peindre Le dernier voyage du Téméraire (The Fighting Temeraire tugged to her last berth to be broken up, 1839) pouvant aisément être vu comme une nostalgie de l'ancien mis à bas par le moderne, aussi bien que le Pluie, vapeur, vitesse (Rain, Steam and Speed, The Great Western Railway, 1844), où sa fascination pour la dernière prouesse technique est évidente.

Le positivisme XIXe est une forme de foi, invoquée pour combler le vide pressenti d'un monde sans dieu, ou d'un monde désenchanté, diraient les romantiques. Cette foi en la science, peut-être héritage radicalisé des Lumières, est une tentative de l'Homme d'inscrire sa nécessaire téléologie, sa fin dernière toujours inachevée et en devenir, dans une création engendrée par lui-même : l'accumulation de connaissances empiriques et son corollaire, le progrès technique et, pour certains, le progrès social qui en découlerait. Une façon d'inaugurer la solitude, en quelque sorte.

L'expérience de la Première Guerre Mondiale a été déterminante ; c'est aujourd'hui un propos facile, j'en conviens, quand on évoque le sujet de la foi placée dans la science et la technique, mais cela a imposé une certaine prise de conscience qui était auparavant assez marginale.

Être anti-positiviste signifie-t-il la même chose qu'être anti-rationnel ? N'est-ce pas faire preuve de rationalité éclairée que de se méfier d'une foi (par définition non raisonnable, non raisonnée et non raisonnante) excessive placée dans la science ? L'histoire nous prouve que s'il est bien un domaine de la pensée humaine instable, éphémère et en perpétuelle évolution, c'est bien la science. Selon Karl Popper (ou d'autres plus anciens, puisque même chez Avicenne / Ibn Sina, nous trouvons cette conception), c'est même ce qui la définit !
Ainsi, plutôt que de justifier cette prudence par une dialectique un peu stérile entre "bonne science/mauvaise science" ou "bon usage/mauvais usage", il conviendrait de justifier cette prudence à l'endroit du progrès (ou de ce qui est supposé a priori comme tel) par une compréhension de ses mécanismes : comment le progrès scientifique se produit-il ? comment produit-il du sens ? comment fait-il sens pour l'Homme, malgré sa nature par essence incomplète et inachevée ? comment (et pourquoi!) le progrès de la connaissance ramène-t-il sans cesse aux mêmes questions universelles relatives à la condition humaine ? quelles révolutions épistémologiques le développement des sciences fondamentales au XXe s. (mathématiques, sciences physiques notamment) a-t-il entraîné ? une science ne pouvant être expérimentée ou testée empiriquement est-elle encore une science, au sens de science de la nature (φύσις) ? comment le scientisme, encore largement dominant aujourd'hui, réagit-il à l'élargissement des sciences, qui sortent désormais de leur paradigme habituel ?

Je me dis souvent que l'ampleur des changements techniques qu'a pu connaître un homme du XIXe, disons comme Hugo (1802-1885), est inconcevable pour nous autres, aujourd'hui. Les rapports au monde, au temps, à la communication, à la vitesse, etc. furent radicalement bouleversés. On peut toujours m'objecter que l'avènement du numérique et d'internet à la fin du XXe s. est une plus grande révolution, mais l'informatique ne reste pour moi qu'un livre (puisque tout passe par l'écrit) avec des liens hypertext qui le connecte à d'autres livres ou pages…
Au début du XIXe, on voyage et communique peu ou prou comme durant les siècles précédents. À la fin du XIXe s., les trains rapides, la TSF, les rayons X, l'avion,… À l'échelle d'une seule vie, il y a de quoi avoir le vertige. Et du vertige à la peur…

Sans oublier que s'il est possible de taxer certains romantiques de réactionnaires, le passé qu'ils évoquent est en général un passé fantasmé, ce qui est par ailleurs la grande et fondamentale contradiction des réactionnaires de tout temps.

"ayant compris que c'est avant tout la nature humaine qu'il faut questionner afin de comprendre et prédire les évolutions de l'esprit scientifique et ses créations"
Questionner comment ? La science (y compris la philosophie bien comprise, mais aussi l'histoire, la sociologie, etc.) permet tout à fait, et ce très efficacement, de questionner la nature humaine et prédire les évolutions de l'esprit scientifique et ses créations.

"Néanmoins, je ne suis pas certain que les romantiques, même les plus nostalgiques au point de s'en retourner politiquement au point de départ à la fin du siècle, condamnent réellement le progrès, dont ils jouissent d'ailleurs bien souvent."
D'où leur hypocrite (et opportuniste) ambivalence…

"Le positivisme XIXe est une forme de foi, invoquée pour combler le vide pressenti d'un monde sans dieu, ou d'un monde désenchanté, diraient les romantiques. (…) Une façon d'inaugurer la solitude, en quelque sorte."
Le positivisme est la continuation des progrès scientifiques engendrés depuis Netwon, Bacon et Descartes. Les religieux et les romantiques ont la foi, pourquoi veulent-ils croire que tout le monde a la foi comme eux ?
De plus, est-ce qu'il y a des preuves de ces affirmations, ou c'est simplement une spéculation ?

"N'est-ce pas faire preuve de rationalité éclairée que de se méfier d'une foi (par définition non raisonnable, non raisonnée et non raisonnante) excessive placée dans la science ?"
Sauf si "la foi dans la science des scientifiques" est juste un homme de paille…

" Selon Karl Popper (ou d'autres plus anciens, puisque même chez Avicenne / Ibn Sina, nous trouvons cette conception), c'est même ce qui la définit !"
Indication que "la foi dans la science des scientifiques" est bien un homme de paille…

"comment produit-il du sens ? comment fait-il sens pour l'Homme, malgré sa nature par essence incomplète et inachevée ? comment (et pourquoi!) le progrès de la connaissance ramène-t-il sans cesse aux mêmes questions universelles relatives à la condition humaine ?"
Ce type de questions existentielles sert à rabaisser la science (dans lequel on peut inclure les sciences humaines récentes citées plus haut), voir la dénigrer, pour placer au-dessus un type de philosophie qui est très spéculatif ( "spéculation" = "Construction abstraite, commentaire arbitraire et invérifiable : Leur entretien secret a donné lieu aux spéculations des journalistes." Larousse)

En plus de dénigrer la science (ce qui est très dangereux), ces types de philosophie et de littérature font quelque d'autre de très dangereux : ils affirment qu'il y a quelque chose d'autre que la nature (car la science (et j'inclus l'Art bien compris) n'est rien d'autre que l'étude de la nature) :

_quelque chose de plus profond et complexe (leur métaphysique spéculative),
_de plus impénétrable (leur théorie de l'inconscient freudien/lacanien),
_quelque chose de plus transcendantal et spirituel (le mysticisme romantique).

En détournant les gens de la nature, ils les rendent inefficaces dans la résolution de leur problèmes, qui demande une grande application.

Étant inefficaces à résoudre leur problèmes, les émotions négatives s'accumulent, les gens ont une plus grande probabilité de se tourner vers ces masturbations de l'esprit pour se soulager.

Je vous vend un médicament qui vous donne mal à la tête, pour vous vendre un médicament contre la douleur dans la foulée.

Dernière chose très dangereuse : ils infusent un profond pessimisme. Un pessimisme dans la capacité de l'être humain à atteindre une certaine compréhension du monde (cf. les théories sur l'Absolu des romantiques allemands, des idéalistes allemands, des existentialistes, etc.); et un certain pessimisme dans la capacité de l'être humain à atteindre une certaine forme de bonheur (cf. les romantiques, les existentialistes, et les modernistes littéraires et picturaux).

Or manquer d'optimisme, et être pessimiste, est extrêmement dangereux. On ne peut prétendre arriver à nos objectifs (= mieux comprendre le monde, améliorer la condition humaine), qu'en étant un minimum confiant dans nos capacités à arriver à ces objectifs. Autrement, on ne fait même pas le premier pas.

Par conséquent, par leur pessimisme, ces types de philosophie et de littérature participent à l'ignorance et au tragique de la condition humaine.

Mais d'un point de vue matérialiste, c'est assez logique, car ils se nourrissent de l'ignorance et du tragique de la condition humaine.

Pour finir, nous aussi on peut faire de la spéculation sur nos adversaires pour les décribiliser, c’est facile :

Parce que l’ordre des sociétés libérales humanistes et capitalistes fait que par nature la place des gourous et des despotes est très limitée et contrainte, ils sont contraints de vivre et travailler comme tout le monde, c’est à dire comme des petits bourgeois honnêtes.

En plus on se fiche de leur charisme, car on cherche désormais ce qui est vrai (= scientifique) et bon (= réduit la souffrance pour le plus grand nombre). Horreur !

Ils sont pas contents, donc ils mettent à mal cet ordre à coup de théories philosophiques/artistiques fumeuses.

En bons matérialistes, ça leur permet surtout de vendre des livres et/ou de se construire cette aura mystique façon bon vieux temps révolu.

@Lucid_Lynx Je me dis souvent que l'ampleur des changements techniques qu'a pu connaître un homme du XIXe, disons comme Hugo (1802-1885), est inconcevable pour nous autres, aujourd'hui. Les rapports au monde, au temps, à la communication, à la vitesse, etc. furent radicalement bouleversés. On peut toujours m'objecter que l'avènement du numérique et d'internet à la fin du XXe s. est une plus grande révolution, mais l'informatique ne reste pour moi qu'un livre (puisque tout passe par l'écrit) avec des liens hypertext qui le connecte à d'autres livres ou pages…
Au début du XIXe, on voyage et communique peu ou prou comme durant les siècles précédents. À la fin du XIXe s., les trains rapides, la TSF, les rayons X, l'avion,… À l'échelle d'une seule vie, il y a de quoi avoir le vertige. Et du vertige à la peur…

À part le train, Hugo n'a connu aucun des progrès que tu cites ! Du reste, si certains de ces progrès trouvent leurs racines dans des découvertes de la fin du XIXe siècle, ils n'ont véritablement touché la vie quotidienne de tout le monde que bien plus tard dans le XXe siècle. Moi-même, au XXe siècle, j'ai encore connu la vie en Creuse très semblable à celle du XIXe siècle et même les siècles antérieurs, avec les labours avec les bœufs attelés, les veillées à la bougie (maison sans eau et sans électricité), etc. C'est dans la seconde moitié du XXe siècle que les progrès techniques se sont beaucoup accélérés. Et la révolution informatique va naturellement bien au-delà de l'écrit et de la lecture, puisque l'informatique gouverne toutes nos vies, notre organisation sociale,… L'aspect "grand livre" est bien pratique pour les amateurs de lecture, mais ce n'est qu'un aspect très secondaire de la révolution !

Manifestement, vous placez tous vos espoirs dans la science, vous aussi, dans une perspective assez univoque qui ne souffre aucun scepticisme. Ce n'est pas ma vision, alors que je fus bien scientifique de formation universitaire, avant de devenir un matérialiste défroqué et de me tourner vers les lettres, traître que je suis.

@Fleuve Tu fais un usage détourné de mes propos. La science, plus précisément une majorité de personnes œuvrant dans le domaine scientifique, évite soigneusement de se poser des questions relatives au sens de ce qu'ils font ou étudient. Pour s'en rendre compte, il faut avoir été dans un laboratoire, une équipe ou un milieu scientifique. Au mieux trouve-t-on l'universelle justification "j'aide la société, je contribue au progrès, je résous tel ou tel problème". C'est déjà très bien, mais c'est simpliste et parfois même faux !
Si la science évolue, par définition, la nature humaine elle n'évolue certes pas au même rythme. Par ailleurs, il est biaisé d'écrire que la nature humaine évolue : elle change.

D'accord sur l'hypocrisie des romantiques, ambivalents face à la technique, nostalgiques d'un passé fantasmé.

"Le positivisme est la continuation des progrès scientifiques engendrés depuis Newton, Bacon et Descartes." : Non. Le positivisme n'est pas la science ni le progrès scientifique, ce n'est ni une compréhension du monde ni une réalisation, à moins que par continuation tu aies voulu dire "conséquence". Le positivisme est une foi excessive placée en la science et ses réalisations espérées, en étant convaincu qu'elle est l'unique voie d'amélioration du sort humain. Je ne nie aucunement les bienfaits de la science, je dis juste que pour que cette science soit bénéfique et que ses mauvais usages soient réduits au minimum, elle doit s'accompagner d'autres chemins réflexifs, d'autres questionnements, auxquels elle ne peut pas répondre par elle-même, sauf à inclure la philosophie dans la science, ce qui est un autre débat.
Le positivisme, version XIXe, me semble bien être l'illusion de l'homme moderne persuadé d'être désormais maître de son devenir par le biais de la technique. Le positivisme au XIXe a bien servi à élaborer une sorte de téléologie de la libération de l'homme par la technique.

"Les religieux et les romantiques ont la foi, pourquoi veulent-ils croire que tout le monde a la foi comme eux ?" Parles-tu de prosélytisme ? C'est le propre des personnes en situation de croyance que de penser que les autres partagent avec eux, même à leur insu, ce fond commun. Là est la racine de bien des maux…

Je ne comprends pas ce que tu veux dire en écrivant : "sauf si la foi dans la science des scientifiques est un homme de paille" Pour être sincère, je ne suis pas loin de penser que toute foi placée en autre chose que soi-même est un "homme de paille", un fétiche.

Je désapprouve l'usage que tu fais de mes dernières questions, qui me semblent bien légitimes. Ni pour moi, ni pour ceux qui se les posent, elles ne servent à rabaisser la science. Bien au contraire. En revanche, je reconnais bien là la méthode universitaire consistant à rejeter hors du champ tout ce qui n'est pas de l'ordre de la synthèse bibliographique. Spéculation, avis personnel, opinion, croyance,… tous les qualificatifs sont permis pour rendre illégitime le produit d'autres processus de l'esprit. Heureusement, l'arrivée de la recherche-action change un peu la donne dans certaines UFR.
Rappelons aussi que tout un pan des sciences actuelles évoluent hors du paradigme de l'expérimentation (sciences fondamentales?) et relèvent donc du champ de la spéculation. Ce n'est souvent que plus tard, parfois par hasard et souvent par induction, que tel ou tel point semble se démontrer.
Me prêter des intentions, c'est ce qui relève selon moi de la plus haute spéculation
Je suis un fervent défenseur de la science et de ses méthodes — surtout de ses méthodes — et je pense que bien des préjugés et des bêtises actuelles peuvent être combattus par un minimum de culture scientifique (culture qui fait de plus en plus défaut parmi les jeunes générations, a contrario des discours technophiles dont on nous inonde). J'emploie mes vacances à faire de l'animation scientifique, puisque je suis guide de moyenne montagne dans un parc naturel, un domaine où 80% de l'action et de la réussite dépendent de la connaissance rationnelle du milieu. Reste 20%, qui ne sont pas dans les manuels et sont intransmissibles. Au vu des réactions ici manifestées, je ne me risque pas à disserter de cette frange de faits et de connaissances.

Peut-être ai-je en tête une dérive positiviste, une version hypertrophiée d'une foi excessive placée en la science et ses progrès comme seule voie d'amélioration de la condition humaine. Je voulais juste dire que la prudence et le scepticisme me paraissent sain, même et surtout face aux réalisations de la technique.

En somme, le positivisme pour moi, c'est Irène dans les Caractères de La Bruyère, qui se rend au sanctuaire d'Asclépios à Épidaure afin qu'un remède-miracle la guérisse de maux inhérents à la condition humaine (l'âge, l'approche de la mort).

Si on prend le parti, tout à fait sensé, d'inclure dans la science l'art et une partie de la philosophie (comme accès à connaissance et compréhension du monde manifesté), alors je pense être d'accord avec vous sur toute la ligne. Toutefois, cette large perspective n'est pas celle du grand public.

@Lucid_Lynx

La science, plus précisément une majorité de personnes œuvrant dans le domaine scientifique, évite soigneusement de se poser des questions relatives au sens de ce qu'ils font ou étudient.

Parce que ce n'est pas leur discipline. Et parce que chercher le "sens" des choses appartient à un mouvement bien particulier de la philosophie qui est la métaphysique spéculative.

Le positivisme est une foi excessive placée en la science et ses réalisations espérées, en étant convaincu qu'elle est l'unique voie d'amélioration du sort humain.

La science (si on y inclut, comme le fait Quine, aussi les sciences humaines modernes) est l'unique voie d'amélioration du sort humain.

Le positivisme, version XIXe, me semble bien être l'illusion de l'homme moderne persuadé d'être désormais maître de son devenir par le biais de la technique.

L'homme est maître de son devenir par le biais de la technique, car la nature de l'homme est de maîtriser et développer la technique et la connaissance scientifique. Il est juste question de lever les barrières qui l'empêchent de développer davantage ces techniques et connaissances.

Par "homme de paille", je parlais de [strawman] (https://en.wikipedia.org/wiki/Straw_man).

Je désapprouve l'usage que tu fais de mes dernières questions, qui me semblent bien légitimes. Ni pour moi, ni pour ceux qui se les posent, elles ne servent à rabaisser la science. Bien au contraire. En revanche, je reconnais bien là la méthode universitaire consistant à rejeter hors du champ tout ce qui n'est pas de l'ordre de la synthèse bibliographique. Spéculation, avis personnel, opinion, croyance,… tous les qualificatifs sont permis pour rendre illégitime le produit d'autres processus de l'esprit.

Que ça sert à rabaisser la science, c'est un fait (voir les déclarations de Braque, de Breton, de Ferré; ou La dialectique de la raison de Adorno et Horkheimer).
Que ce sont des spéculations, c'est factuel aussi, puisqu'il n'y a aucunes données, aucune analyse systématique.

tout ce qui n'est pas de l'ordre de la synthèse bibliographique

Je ne sais pas ce que "synthèse bibliographique" veut dire. Newton et Popper c'est de la synthèse bibliographique ?

"Je voulais juste dire que la prudence et le scepticisme me paraissent sains"

La méthode scientifique inclut en elle-même le scepticisme. C'est une méthode de vérification empirique d'hypothèses, dont les résultats sont par nature ouverts à la critique : les débats dans les sciences sont extrêmement féroces et parfois cruels (quand l'ensemble de l'œuvre d'un(e) scientifique a été désapprouvée par les avancées ultérieures).

Si on prend le parti, tout à fait sensé, d'inclure dans la science l'art et une partie de la philosophie (comme accès à connaissance et compréhension du monde manifesté), alors je pense être d'accord avec vous sur toute la ligne. Toutefois, cette large perspective n'est pas celle du grand public.

Dans la science j'inclus les sciences humaines modernes (le moralisme, la philosophie analytique, la linguistique, la sociologie, l'histoire, l'économie, etc.), et certains genres artistiques (les pamphlets, les contes philosophiques, le réalisme, le naturalisme, etc.) (donc en gros l'Art qui participe à la connaissance soit par la critique, soit par l'observation).

Et par "les sciences humaines modernes", je n'entends pas les courants métaphysiques, psychanalytiques, et romantiques mentionnés dans mon précédents commentaires.

Je distingue très nettement cet art "scientifique", d'un autre art, qui est l'art de divertissement (tout aussi exigeant, même si ça n'a rien à voir). L'art de divertissement c'est l'art qui divertit et qui vise à produire une expérience émotionnelle positive (la tristesse (Coldplay), la joie (les comédies), l'excitation (les blockbusters américains)).

J'exclus de l'art la propagande et la publicité.

Bien sûr dans les faits, ces trois catégories art scientifique, art de divertissement et propagande/publicité peuvent parfois se chevaucher (cf. Lully a fait de l'art en faveur de l'absolutisme n'est-ce pas ?).

Pardon :

*Dans la science j'inclus les sciences humaines modernes et moins modernes (le moralisme, la philosophie analytique, la philosophie grecque, la linguistique, la sociologie, l'histoire, l'économie, etc.)

*L'art de divertissement c'est l'art qui divertit et qui vise à produire une expérience émotionnelle positive (la tristesse (Coldplay), le calme (Julie Byrne), la joie (les comédies), l'excitation (les blockbusters américains)).

Il y a contradiction dans les termes entre "sciences" et "humaines".

Appartient aux domaine de la science un fait renouvelable ad vitam aeternam (même cause, même effet). Ce n'est pas le cas de l'histoire, par exemple.

Pourtant, on s'est aperçu relativement récemment que l'œil du spectateur influe sur les résultats.

Je crois bien que nous sommes loin de tout savoir dans ce domaine.

"Pourtant, on s'est aperçu relativement récemment que l'œil du spectateur influe sur les résultats."
Je crois qu'il est fait référence ici à la physique quantique. Mais la physique quantique est assez contentieuse…

"Il y a contradiction dans les termes entre "sciences" et "humaines"."

Quel thème proposerais-tu pour désigner ce qu'on appelle communément les "sciences humaines" (histoire, sociologie, etc.) ?
T'opposes-tu à l'idée que ce sont des sciences ?

Je crois que tu fais référence à cette définition de science (Larousse) :

Ensemble cohérent de connaissances relatives à certaines catégories de faits, d'objets ou de phénomènes obéissant à des lois et/ou vérifiés par les méthodes expérimentales.

Mais Wikipédia rappelle que science veut avant tout dire "connaissance" :

La science (du latin scientia, « connaissance », « savoir ») est dans son sens premier « la somme des connaissances » et plus spécifiquement une entreprise systématique de construction et d'organisation des connaissances sous la forme d'explications et de prédictions testables.

C'est aussi la deuxième définition du Larousse :

Chacune des branches de la connaissance, du savoir (souvent pluriel)

C'est ce qui permet d'écarter la métaphysique spéculative, la psychanalyse, les théories romantiques allemandes, de la "science", car ils ne produisent pas de connaissance.
Mais bien sûr l'histoire, la sociologie, l'économie, la littérature (comme discipline d'enseignement et de recherche), sont des sciences.

La question est dans quelle mesure peut-on leur appliquer les démarches hypothético-déductives propres aux sciences dites dures. En économie Hayek s'y oppose fermement par exemple, en opposition aux keynésiens. Mêmes débats en linguistique avec la branche de linguistique quantitative.

Bonjour Fleuve,

Je ne suis pas une scientifique. Mais je sais que toute connaissance n'est pas science.

Je reste sur ma définition de la science énoncée plus haut.

Et j'affirme que la littérature n'est pas une science, sauf au sens figuré peut-être. La linguistique est une science, oui. Et elle a fait beaucoup de mal à la littérature, telle qu'elle est désormais enseignée dans nos établissements scolaires. A l'université (d'après ce que j'ai pu observer), les linguistes sont mal vus par les littéraires et vice-versa.

J'aurais mille chose à dire à ce sujet, tu t'en doutes, mais ce n'est pas le lieu.

Par ailleurs, nous sommes largement sortis du sujet du fil qui est "les différentes phases du romantisme français." 🤠

Et j'affirme que la littérature n'est pas une science, sauf au sens figuré peut-être.

Ce qui nous ramène à la question, qu'est-ce que l'histoire, ou la littérature (comme discipline d'enseignement et de recherche), si ce ne sont pas des sciences.

Juste pour rappel, le Science Council définit la science ainsi:

Science is the pursuit and application of knowledge and understanding of the natural and social world following a systematic methodology based on evidence.

Enfin bref

@Fleuve Au final c'est un débat "positivisme" (moralistes classiques, empiricistes, rationalistes, utilitaristes, réalistes/naturalistes, logiciens, physicistes, philosophes analytiques) vs. "nihilisme" (romantiques, existentialistes, dadaïstes, surréalistes, théâtre de l'absurde, postmodernistes), si on reprend les termes caricaturaux assignés à chaque camps.

Dire que les deux sont conciliables me paraît un non-sens.

J'ai pensé à ça en tombant sur le travail du conservateur Leo Strauss.

Me fait penser un peu à ces deux grands mouvements (Renaissance, Lumières vs. romantisme, etc.) dont on avait parlé avec @Jean-Luc

@Fleuve

Bonjour Fleuve,

1/ Ce qui me paraît un non-sens, c'est de vouloir à tout prix faire entrer les auteurs dans telle ou telle catégorie.
2/ Je ne vois pas en quoi les romantiques sont des nihilistes, par exemple.
3/ Ces dénominations ont été données après-coup, pour faciliter l'histoire de la littérature.