Dans nos discussions avec @Jean-Luc à propos du romantisme français, JL fait souvent référence à un "premier romantisme français" et un "second romantisme français".
On trouve facilement des références à un "premier romantisme", "deuxième romantisme", etc. pour les romantismes anglais et allemands, mais je n'en ai pas trouvé pour le romantisme français.
Quels sont donc ces premier, deuxième, etc. romantismes français ? (en terme de dates, d'auteurs, etc.)
_Est-ce qu'il y a un avant et un après Hugo par exemple ?
_Un avant et un après, que sais-je, Baudelaire (ou Banville, qui est né quasiment au même moment) ?
Ce qui nous donnerait 3 phases : premier, deuxième, troisième (comprenant la dernière phase du romantisme, ainsi que le parnasse et le symbolisme)
@balteo
Quelques linéaments personnels :
Cette appellation est délicate tant ses frontières avec d’autres mouvements sont floues : en fait il s’agit d’une continuation et d’une évolution des thèmes et des comportements culturels du premier romantisme français.
À la frange du symbolisme ou du Parnasse, il consiste essentiellement, pour moi, dans une fuite de la réalité et la recherche de nouvelles voies de connaissance irrationnelles. De plus, les poètes et écrivains concernés ont évolué si bien que leur rattachement à cette mouvance peut être occulté.
Ce groupement est hétérogène dans ses productions, son style, ses personnalités.
J’y verrais Charles Baudelaire (et son parangon, Maurice Rollinat) et Paul Verlaine, Germain Nouveau, Rimbaud, Laforgue et Lautréamont, Barbey d’Aurevilly, Léon Bloy et Villiers de l’Isle-Adam, le Victor Hugo spirite de la « Bouche d’ombre ». Je crois qu’il faut ajouter la rébellion sous les aspects du dandysme ou de la « bohème » rimbaldienne. Ils sont réunis dans leur exécration du réalisme. Une autre similitude moins marquée est le satanisme.
Edmond Rostand n’est qu’un continuateur.
@Jean-Luc
Donc :
_premier romantisme : Germaine de Staël, Benjamin Constant, Châteaubriand, Lamartine, Vigny, Hugo
_deuxième romantique : Hugo, d'Aurevilly, Baudelaire, Villiers de l'Isle-Adam, Verlaine, Bloy, Lautréamont, Rimbaud
Où mettrais-tu Sand, Musset, Nerval ?
Et Jean Moréas ?
@Fleuve
Pour répondre à ta demande de classement :
Sand (le romantisme féministe et socialisant à la frange du réalisme), Musset et Nerval (il représente la veine allemande peu représentée en France) dans le premier romantisme. Il faut ajouter le frénétisme (approfondi et intériorisé plus tard par Lautréamont), Gautier (celui de la bataille d'Hernani), Charles Nodier…
Moréas symboliste dans le second
Ne pas oublier Rousseau comme précurseur du romantisme avec son "je" lyrique et son amour de la nature. Et sa Nouvelle Héloïse.
@Jean-Luc @fandixhuit
Par rapport aux seconds romantiques, la notion de "modernité" est-elle utile ? Peut-on dire qu'ils sont les premiers modernes, ou qu'ils annoncent la modernité ?
@fandixhuit
Le site Les Matérialistes explique que Rousseau n'est nullement un pré-romantique (j'avoue que j'ai pas bien saisi leur argument)
Il n'y a pas de « pré-romantisme » français, construction idéologique actuelle de la bourgeoisie pour tenter de nier les luttes de classes ayant eu lieu historiquement en France et prétendre qu'il y aurait eu continuité.
Il existe des auteurs ayant pavé la voie au romantisme, mais ils ne sont pas « pré-romantiques » et naturellement Rousseau n'en fait nullement partie.
C'est n'importe quoi ! On sait bien qu'à la fin du XVIIIe (sans doute à cause d'un trop-plein de rationalisme), les lecteurs s'ouvrent aux voies du cœur et du sentiment (et de la nature).
J'aurais pu tout aussi bien citer Paul et Virginie de l'abbé de Saint-Pierre.
@fandixhuit
A ce propos, le même article (Les Matérialistes.com) dit que le romantisme français n'était pas sentimentaliste.
Rien de cela en France, où le romantisme est unilatéralement réactionnaire, et ne consiste pas en le sentimentalisme romantique anglais ou allemand, dont l'équivalent français est Jean-Jacques Rousseau et Madame de Staël, qui a formulé cette conception et pour cette raison a été jeté dans les oubliettes par l'aristocratie, puis la bourgeoisie.
Mais il me semble que le mal du siècle a été pas mal développé en France nan? (Chateaubriand, Musset, Sand, Constant).
L'article cite même Chateaubriand:
Chateaubriand a lui-même explicitement souligné ce fait :
« L'auteur [c'est-à-dire Chateaubriand lui-même, dans son roman René] y combat en outre le travers particulier des jeunes gens du siècle, le travers qui mène directement au suicide.
C'est J.-J. Rousseau qui introduisit parmi nous ces rêveries si désastreuses et si coupables.
En s'isolant des hommes, en s'abandonnant à ses songes, il a fait croire à une foule de jeunes gens qu'il est beau de se jeter ainsi dans le vague de la vie. Le roman [de Goethe] de Werther a développé depuis ce germe de poison. » (Défense du Génie du christianisme)
J'ai comme l'impression que ce site se contredit.
@fandixhuit ”On sait bien qu'à la fin du XVIIIe (sans doute à cause d'un trop-plein de rationalisme)” Enfin ils étaient pas obligé d’en arriver au sentimentalisme le plus débridé des romantiques. Un léger psychologisme à la Stendhal ou à la Flaubert suffit largement si l’esprit matheux de Condorcet était trop froid à leur goût.
“J'ai comme l'impression que ce site se contredit.” À quel niveau ?
@Fleuve
Ne pas oublier que la Révolution et ses horreurs sont passées par là.
@Jean-Luc "Ne pas oublier que la Révolution et ses horreurs sont passées par là." Justement, ça demande d'être d'autant plus vigilants face à la dangerosité des passions et des pulsions égoïstes, c'est-à-dire faire usage de la raison !
Les scientifiques expliquent très bien qu'un moyen très important de faire face au stress est de savoir résoudre de façon efficace le problème, et d'éviter de tomber dans des stratégies contre-productives de gestion des émotions négatives (ruminations, catharsis, consommation de substances, etc.).
À peu près le contraire de ce que faisait les romantiques apparemment :D
Bushman, B. J. (2002). Does venting anger feed or extinguish the flame? Catharsis, rumination, distraction, anger, and aggressive responding. Personality and social psychology bulletin, 28(6), 724-731.
https://www.youtube.com/watch?v=wXD9x_GZWds
https://www.youtube.com/watch?v=_7BJsJcQQq4&t=580s
Voir aussi les conférences/interviews/livres de Sonia Lupien
Bon, les romantiques étaient "anti-positivistes" (comprendre anti-science) comme on dit, donc ça arrange pas les choses…
@Fleuve
Stendhal voulait écrire comme "le Code civil". Je ne vois p
Désolée, j'ai écrit toute une page… Je ne vais pas recommencer !
@fandixhuit
Je ne vois pas la page malheureusement… Si tu pouvais la réenvoyer, même en version raccourcie, je lirai avec grand plaisir
@Fleuve
Ton raisonnement ne tient pas historiquement.
La Révolution, qui s'était intellectuellement appuyée sur la Raison (voir la Fête et les écrits de philosophes), a sombré dans la déraison furieuse lors de la Terreur.
De plus, elle s'est attaquée au sacré par ses persécutions religieuses.
De quoi nourrir la nostalgie du temps d'avant en particulier dans l'Ouest de la France.
Un indice supplémentaire : chez Stendhal, dans le Rouge et le Noir, la fin de Julien est emblématique : Mathilde donne une sépulture romantique à son amant comme pour conjurer l'horreur de la guillotine républicaine…
@Jean-Luc
"La Révolution, qui s'était intellectuellement appuyée sur la Raison (voir la Fête et les écrits de philosophes), a sombré dans la déraison furieuse lors de la Terreur."
Il y avait plusieurs courants durant la Révolution, les Girondins contre les Montagnards. Et c'est les Montagnards qui ont gagné, et commis la terreur, en tuant ou emprisonnant nombre de Girondins (les "libéraux classiques" comme Condorcet, Olympe de Gouges, etc.).
Les Montagnards représentaient l'aile qu'on appellerait aujourd'hui communiste, et portaient les idées de JJ Rousseau (qui est considéré comme un contre-Lumières). Quoi qu'il en soit, ils étaient des "radicaux", qui n'étaient précisément pas satisfaits avec les idées des Lumières, car ils considéraient que leur liberté et leur égalité devaient se traduire par une répartition des richesses (idée qui était peu défendue chez les philosophes des Lumières, hormis un peu chez Diderot).
"De plus, elle s'est attaquée au sacré par ses persécutions religieuses."
Oui, les communistes sont très anti-religieux (voir Corée du Nord aujourd'hui)